Entretien avec l'honorable Michelle O'Bonsawin
Entretien historique avec l'honorable Michelle O'Bonsawin, première personne autochtone à siéger à la Cour suprême du Canada. Franco-Ontarienne et Abénakise de la Première Nation d'Odanak, elle partage son parcours unique, de Hanmer près de Sudbury jusqu'au plus haut tribunal du pays. Elle aborde la surreprésentation carcérale autochtone (32 % des hommes, 50 % des femmes incarcérés), l'héritage des arrêts Gladue et Ipeelee, et trois décisions marquantes qu'elle a contribué à façonner : C-92 sur l'autonomie des services à l'enfance, Jim Shot Both Sides et Restoule. Une réflexion profonde sur la réconciliation vue comme un chemin vers l'avant.
Interview with the Honourable Michelle O'Bonsawin
Historic interview with the Honourable Michelle O'Bonsawin, the first Indigenous person to sit on the Supreme Court of Canada. A Franco-Ontarian and Abenaki from the Odanak First Nation, she shares her unique journey, from Hanmer near Sudbury to the country's highest court. She discusses the overrepresentation of Indigenous people in the carceral system (32% of incarcerated men, 50% of incarcerated women), the legacy of the Gladue and Ipeelee decisions, and three landmark rulings she helped shape: C-92 on the autonomy of child and family services, Jim Shot Both Sides, and Restoule. A profound reflection on reconciliation seen as a path forward.
L'honorable Michelle O'Bonsawin
Juge à la Cour suprême du Canada
Michelle O'Bonsawin est née et a grandi à Hanmer, près de Sudbury en Ontario, dans une famille franco-ontarienne. Elle est membre de la Première Nation abénakise d'Odanak. Son parcours académique comprend un doctorat en droit de l'Université d'Ottawa, où sa thèse portait sur l'application des principes Gladue dans les commissions d'examen en santé mentale.
Avant sa carrière judiciaire, elle a travaillé au Groupe des services de santé Royal d'Ottawa, développant une expertise sur les questions juridiques liées à la santé mentale et aux droits des Autochtones. Elle a ensuite été nommée juge à la Cour supérieure de l'Ontario.
Sa nomination à la Cour suprême du Canada en septembre 2022 a marqué un jalon historique : elle est devenue la première personne autochtone à siéger au plus haut tribunal du pays. Dans son questionnaire de candidature, elle avait identifié sa « contribution la plus importante » comme étant son « effort pour aider toutes les personnes impliquées dans le système judiciaire et de santé mentale avec un accent particulier à l'égard des peuples autochtones ».
Elle considère son mentor, l'honorable Murray Sinclair (ancien sénateur et président de la Commission de vérité et réconciliation), comme une influence majeure dans sa vision de la réconciliation.
The Honourable Michelle O'Bonsawin
Justice of the Supreme Court of Canada
Michelle O'Bonsawin was born and raised in Hanmer, near Sudbury, Ontario, in a Franco-Ontarian family. She is a member of the Abenaki First Nation of Odanak. Her academic background includes a Ph.D. in law from the University of Ottawa, where her thesis focused on the application of Gladue principles in mental health review boards.
Prior to her judicial career, she worked at The Royal Ottawa Health Care Group, developing expertise on legal issues related to mental health and Indigenous rights. She was subsequently appointed a judge of the Superior Court of Ontario.
Her appointment to the Supreme Court of Canada in September 2022 marked a historic milestone: she became the first Indigenous person to sit on the country's highest court. In her application questionnaire, she identified her "most important contribution" as being her "effort to help all individuals involved in the justice and mental health systems with a particular focus on Indigenous peoples."
She considers her mentor, the Honourable Murray Sinclair (former Senator and Chair of the Truth and Reconciliation Commission), a major influence on her vision of reconciliation.
Contenu
Un parcours ancré dans deux cultures
Michelle O'Bonsawin a grandi à Hanmer, près de Sudbury en Ontario, dans une famille franco-ontarienne et abénakise de la Première Nation d'Odanak. Son parcours académique l'a menée jusqu'au doctorat en droit à l'Université d'Ottawa, où sa thèse portait sur l'application des principes Gladue dans les commissions d'examen en santé mentale.
La surreprésentation carcérale : des chiffres « effrayants »
Les statistiques sont saisissantes : les hommes autochtones représentent environ 32 % de la population carcérale; pour les femmes autochtones, c'est « encore plus effrayant » — environ 50 %. « Nous sommes 5 % de la population canadienne, mais nos chiffres sont tellement élevés. Il y a vraiment un débalancement. » Les causes sont multiples : colonisation, écoles résidentielles, écoles de jour, discrimination, traumatisme intergénérationnel. « Je ne sais pas s'il y a une chose en particulier. Je pense qu'il y a une amalgamation de plusieurs choses. »
L'arrêt Gladue (1999) : une obligation pour les juges
En 1995-1996, le Parlement a modifié le Code criminel en ajoutant l'alinéa 718(2)e), obligeant les juges à considérer la situation particulière des délinquants autochtones lors de la détermination de la peine. L'affaire Gladue a été la première interprétation de cette disposition par la Cour suprême. Tanis Gladue était une jeune femme autochtone de 19 ans, mère de deux enfants et enceinte, qui avait poignardé son conjoint après avoir appris son infidélité avec sa sœur. La Cour a établi que les juges ont l'obligation de considérer les circonstances particulières des délinquants autochtones, « avec l'espoir futur de voir les chiffres s'abaisser ».
Ipeelee (2012) : le constat d'échec
Treize ans plus tard, dans l'arrêt Ipeelee, la Cour a dû constater que malgré Gladue, « les chiffres ont continué à monter ». Elle a réitéré les obligations des juges et noté que ceux-ci « ne remplissent pas leurs obligations à tout moment ». Une recherche de 2018 des professeures Marie-Ève Sylvestre et Denise Boileau de l'Université d'Ottawa a confirmé que « ce n'est pas automatique que les juges prennent tous leur rôle » en vertu de l'alinéa 718(2)e).
Trois décisions marquantes en droit autochtone
Depuis son arrivée à la Cour, la juge O'Bonsawin a contribué à trois décisions majeures. Le Renvoi relatif à la Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis (C-92) : décision unanime (9-0) confirmant que les peuples autochtones ont le droit de traiter « d'une façon souveraine » des questions d'enfance, de jeunesse et de famille dans leurs propres communautés — « c'est la première fois que notre Cour a déterminé que les peuples autochtones au Canada ont un droit [d'autonomie gouvernementale] au sujet des questions de l'enfance ». Jim Shot Both Sides : décision dont elle est l'auteure, concernant le Blood Tribe et la surface appropriée de leur réserve en vertu du traité; elle a émis « une déclaration qui déterminait que la Couronne avait agi à titre déshonorable » et exprimé l'espoir d'une réconciliation future. Restoule : décision unanime (9-0) rédigée par le juge Jamal sur l'interprétation des annuités des peuples Anishinaabe des traités Robinson-Huron et Robinson-Superior; la Cour a déterminé que la Couronne avait agi de façon déshonorante et « fortement recommandé aux parties de retourner à la table de négociations ».
La réconciliation : regarder vers l'avant
La juge O'Bonsawin partage la vision de son mentor, l'honorable Murray Sinclair : « Michelle, c'est vraiment important de pas juste miser sur le passé. La réconciliation, c'est beaucoup plus. » Pour elle, la réconciliation est « du positif » : « C'est de se comprendre l'un l'autre, que la population canadienne puisse comprendre l'impact que le tout a eu sur notre peuple, mais aussi de regarder l'avenir puis de marcher dans la même voie, dans la même direction. »
Le rôle de la Cour et ses limites
La juge O'Bonsawin explique que la Cour n'est « pas une Cour qui essaie de faire du lobbying ». Elle rend des décisions « directement reliées à la situation de faits et les plaidoiries telles qu'elles nous sont présentées ». Quant à savoir combien de fois la Cour doit intervenir sur la surreprésentation carcérale : « C'est vraiment une question sociale. C'est une question parlementaire. Ce n'est pas nécessairement une question de la Cour suprême. »
La santé mentale : briser le stigma
Avant sa nomination, Michelle O'Bonsawin a travaillé au Groupe des services de santé Royal d'Ottawa sur les questions de santé mentale. Elle continue d'en parler comme conférencière, s'adressant à trois groupes : ceux qui sont touchés directement, les proches aidants, et « les non-croyants » qu'elle invite à s'auto-éduquer. « Le plus que nous en parlons, le moins qu'il y aura de stigma. »
Le devoir de réserve
La juge explique cette obligation : « Nous ne voulons pas nous prononcer sur un dossier futur. Nous ne voulons pas émettre une opinion pour que plus tard, quelqu'un puisse dire que cette juge-là est en conflit d'intérêt. »
L'intérêt national vs l'intérêt privé
Même une affaire apparemment « minuscule » a un intérêt national : « Il y a quand même l'interprétation des différentes législations provinciales. Donc il y a un grand impact sur la population au large. »
Décisions marquantes mentionnées
- R. c. Gladue (1999) — Obligation de considérer les circonstances des délinquants autochtones
- R. c. Ipeelee (2012) — Réaffirmation des principes Gladue
- Renvoi relatif à la Loi C-92 (2024) — Autonomie gouvernementale autochtone en matière de services à l'enfance
- Jim Shot Both Sides (2024) — Surface de la réserve du Blood Tribe; conduite déshonorante de la Couronne
- Restoule (2024) — Annuités des traités Robinson; conduite déshonorante de la Couronne
Concepts juridiques expliqués
- Alinéa 718(2)e) du Code criminel — Obligation de considérer la situation particulière des délinquants autochtones
- Principes Gladue — Cadre d'analyse pour la détermination de la peine des Autochtones
- Rapport Gladue — Document présentant les circonstances particulières d'un délinquant autochtone
- Autonomie gouvernementale — Droit des peuples autochtones de se gouverner eux-mêmes
- Honneur de la Couronne — Obligation de la Couronne d'agir honorablement envers les peuples autochtones
- Devoir de réserve — Obligation des juges de ne pas se prononcer sur des questions futures
- Connaissance d'office — Faits qu'un tribunal peut reconnaître sans preuve formelle
Ressources
- Code criminel — Alinéa 718(2)e)
- Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis (C-92)
- Traité no 7 — Blood Tribe
- Traités Robinson-Huron et Robinson-Superior — Annuités des Anishinaabe
- Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones
Content
A Background Rooted in Two Cultures
Michelle O'Bonsawin grew up in Hanmer, near Sudbury, Ontario, in a Franco-Ontarian and Abenaki family from the Odanak First Nation. Her academic path led her to a Ph.D. in law at the University of Ottawa, where her thesis focused on the application of Gladue principles in mental health review boards.
Carceral Overrepresentation: "Frightening" Numbers
The statistics are striking: Indigenous men represent approximately 32% of the prison population; for Indigenous women, it is "even more frightening"—around 50%. "We are 5% of the Canadian population, but our numbers are so high. There is truly an imbalance." The causes are multiple: colonization, residential schools, day schools, discrimination, intergenerational trauma. "I don't know if there is one particular thing. I think there is an amalgamation of several things."
The Gladue Decision (1999): An Obligation for Judges
In 1995-1996, Parliament amended the Criminal Code by adding paragraph 718(2)(e), obligating judges to consider the particular circumstances of Indigenous offenders during sentencing. The Gladue case was the Supreme Court's first interpretation of this provision. Tanis Gladue was a 19-year-old Indigenous woman, a mother of two and pregnant, who had stabbed her common-law partner after learning of his infidelity with her sister. The Court established that judges have an obligation to consider the particular circumstances of Indigenous offenders, "with the future hope of seeing the numbers decrease."
Ipeelee (2012): The Acknowledgment of Failure
Thirteen years later, in the Ipeelee decision, the Court had to acknowledge that despite Gladue, "the numbers continued to rise." It reiterated the obligations of judges and noted that they "do not fulfill their obligations at all times." A 2018 study by University of Ottawa professors Marie-Ève Sylvestre and Denise Boileau confirmed that "it is not automatic that all judges take on their role" pursuant to paragraph 718(2)(e).
Three Landmark Decisions in Indigenous Law
Since her arrival at the Court, Justice O'Bonsawin has contributed to three major decisions. The Reference re An Act respecting First Nations, Inuit and Métis children, youth and families (C-92): a unanimous (9-0) decision confirming that Indigenous peoples have the right to address child, youth, and family matters "in a sovereign manner" within their own communities — "this is the first time our Court has determined that Indigenous peoples in Canada have a right [to self-government] regarding child welfare matters." Jim Shot Both Sides: a decision authored by her, concerning the Blood Tribe and the appropriate surface area of their reserve under the treaty; she issued "a declaration determining that the Crown had acted dishonorably" and expressed the hope for future reconciliation. Restoule: a unanimous (9-0) decision written by Justice Jamal on the interpretation of annuities for the Anishinaabe peoples of the Robinson-Huron and Robinson-Superior treaties; the Court determined that the Crown had acted dishonorably and "strongly recommended that the parties return to the negotiation table."
Reconciliation: Looking Forward
Justice O'Bonsawin shares the vision of her mentor, the Honourable Murray Sinclair: "Michelle, it is really important not to just focus on the past. Reconciliation is much more." For her, reconciliation is "positive": "It is about understanding one another, so that the Canadian population can understand the impact that all of this has had on our people, but also looking to the future and walking down the same path, in the same direction."
The Role of the Court and Its Limits
Justice O'Bonsawin explains that the Court is "not a court that engages in lobbying." It renders decisions "directly related to the factual situation and the arguments as they are presented to us." As for how many times the Court must intervene regarding carceral overrepresentation: "It is truly a social issue. It is a parliamentary issue. It is not necessarily a question for the Supreme Court."
Mental Health: Breaking the Stigma
Prior to her appointment, Michelle O'Bonsawin worked at The Royal Ottawa Health Care Group on mental health issues. She continues to speak about it as a lecturer, addressing three groups: those directly affected, caregivers, and "the non-believers" whom she invites to educate themselves. "The more we talk about it, the less stigma there will be."
The Duty of Reserve
The judge explains this obligation: "We do not want to comment on a future case. We do not want to express an opinion so that later, someone could say that this judge is in a conflict of interest."
National Interest vs. Private Interest
Even a seemingly "minuscule" case has national interest: "There is still the interpretation of various provincial legislations. So it has a major impact on the population at large."
Landmark Decisions Mentioned
- R. v. Gladue (1999) — Obligation to consider the circumstances of Indigenous offenders
- R. v. Ipeelee (2012) — Reaffirmation of Gladue principles
- Reference re An Act respecting First Nations, Inuit and Métis children, youth and families (C-92) (2024) — Indigenous self-government regarding child and family services
- Jim Shot Both Sides (2024) — Blood Tribe reserve surface area; dishonorable conduct of the Crown
- Restoule (2024) — Robinson Treaties annuities; dishonorable conduct of the Crown
Legal Concepts Explained
- Paragraph 718(2)(e) of the Criminal Code — The statutory obligation to consider the particular circumstances of Indigenous offenders
- Gladue Principles — The analytical framework used for the sentencing of Indigenous offenders
- Gladue Report — A document outlining the particular background and circumstances of an Indigenous offender to assist in sentencing
- Self-Government — The right of Indigenous peoples to govern themselves
- Honour of the Crown — The constitutional obligation of the Crown to act honorably in all its dealings with Indigenous peoples
- Duty of Reserve — The ethical obligation of judges not to comment publicly on active legal matters, political issues, or potential future cases
- Judicial Notice — Well-known or easily verifiable facts that a court can accept as true without requiring formal evidence
Resources
- Criminal Code — Paragraph 718(2)(e)
- An Act respecting First Nations, Inuit and Métis children, youth and families (C-92)
- Treaty No. 7 — Blood Tribe
- Robinson-Huron and Robinson-Superior Treaties — Anishinaabe Annuities
- United Nations Declaration on the Rights of Indigenous Peoples
Pour aller plus loin
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Quiz — Testez vos connaissances
1. Quelle « première » la nomination de la juge O'Bonsawin a-t-elle créée à la Cour suprême en 2022?
A) Première femme juge en chef B) Première personne autochtone à siéger à la Cour suprême
C) Première Franco-Ontarienne D) Première spécialiste en santé mentale
Réponse : B) Première personne autochtone à siéger à la Cour suprême du Canada
2. Selon les statistiques citées, quel pourcentage de la population carcérale féminine au Canada est autochtone?
A) 5 % B) 25 % C) 32 % D) 50 %
Réponse : D) Environ 50 %, alors que les Autochtones représentent 5 % de la population canadienne
3. Qu'est-ce que l'alinéa 718(2)e) du Code criminel oblige les juges à faire?
A) Imposer des peines plus sévères aux récidivistes B) Considérer la situation particulière des délinquants autochtones lors de la détermination de la peine
C) Offrir des programmes de réhabilitation D) Consulter les communautés autochtones
Réponse : B) Considérer la situation particulière des délinquants autochtones lors de la détermination de la peine
4. Qu'a établi la décision unanime sur la Loi C-92?
A) L'abolition des écoles résidentielles B) Le droit des peuples autochtones de diriger leurs propres services à l'enfance et à la famille
C) La création de tribunaux autochtones D) L'indemnisation des survivants
Réponse : B) Le droit des peuples autochtones de diriger leurs propres services à l'enfance et à la famille
5. Comment la juge O'Bonsawin définit-elle la réconciliation?
A) Une compensation financière pour les torts du passé B) Un regard vers l'avant où les peuples se comprennent et marchent dans la même direction
C) L'abolition des traités existants D) La création de nouveaux tribunaux
Réponse : B) Un regard vers l'avant où les peuples se comprennent et marchent dans la même direction
Quiz — Test your knowledge
1. What "first" did Justice O'Bonsawin's appointment create at the Supreme Court in 2022?
A) First female Chief Justice B) First Indigenous person to sit on the Supreme Court
C) First Franco-Ontarian D) First mental health specialist
Answer: B) First Indigenous person to sit on the Supreme Court of Canada
2. According to the cited statistics, what percentage of the female prison population in Canada is Indigenous?
A) 5% B) 25% C) 32% D) 50%
Answer: D) Approximately 50%, while Indigenous people represent 5% of the Canadian population
3. What does paragraph 718(2)(e) of the Criminal Code obligate judges to do?
A) Impose harsher sentences on repeat offenders B) Consider the particular circumstances of Indigenous offenders during sentencing
C) Offer rehabilitation programs D) Consult Indigenous communities
Answer: B) Consider the particular circumstances of Indigenous offenders during sentencing
4. What did the unanimous decision on Bill C-92 establish?
A) The abolition of residential schools B) The right of Indigenous peoples to run their own child and family services
C) The creation of Indigenous courts D) The compensation of survivors
Answer: B) The right of Indigenous peoples to run their own child and family services
5. How does Justice O'Bonsawin define reconciliation?
A) Financial compensation for past wrongs B) Looking forward where peoples understand each other and walk in the same direction
C) The abolition of existing treaties D) The creation of new courts
Answer: B) Looking forward where peoples understand each other and walk in the same direction
Transcription complète
Transcription – Façonner le Canada
150 ans de décisions marquantes
Épisode 06 – L'honorable Michelle O'Bonsawin
Durée : 19:25
Intro STD FR (00:02) Bienvenue à Façonner le Canada 150 ans de décisions marquantes. Le Canada que nous connaissons aujourd'hui ne s'est pas construit par hasard. Argument par argument, jugement par jugement, il a été façonné par le droit au sein d'un système de justice unique, né de la rencontre des systèmes britanniques et français et qui intègre désormais de plus en plus les traditions autochtones. Dans cette série, nous soulignons le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada en décodant les grandes décisions qui ont défini nos droits, nos libertés et notre identité collective. Droits criminels, droits autochtones, partage des compétences, des arrêts qui ne sont pas que de l'histoire ancienne. Ils façonnent encore notre quotidien. Je suis votre animateur, Hugo Martin, et à travers des rencontres exclusives avec les neuf juges de la Cour suprême et des experts constitutionnels, nous explorerons le contexte de ces jugements, leur impact et leur résonance aujourd'hui.
Me Hugo Martin (01:03) Madame la juge O'Bonsawin soyez la bienvenue et merci de participer à Façonner le Canada, 150 ans de sommes à la Cour suprême du Canada où votre nomination a été officialisée en septembre 2022. Cet événement a marqué un jalon historique. Vous êtes devenue la première personne autochtone...
Hon. Michelle O'Bonsawin (01:11) Merci.
Me Hugo Martin (01:22) à siéger à la plus haute instance judiciaire du pays. Votre parcours est profondément ancré dans vos racines franco-ontariennes et abénakises de la Première Nation d'Odanak. Vous avez grandi à près de Sudbury en Ontario. Votre cheminement académique est Votre portait sur l'application, dans les commissions d'examen, des principes de l'affaire Gladue, une cause historique de 1999 qui enjoint aux tribunaux de considérer les circonstances particulières des délinquants autochtones, incluant leur héritage, les facteurs systémiques et historiques désavantageux et leur rapport à leur communauté, notamment lorsqu'ils déterminent la peine afin de contrer la surreprésentation carcérale de cette communauté. Les statistiques démontrent que les personnes autochtones sont surreprésentées dans le milieu carcéral au Canada. Pouvez-vous nous en
Hon. Michelle O'Bonsawin (02:07) Des fois, je n'ai pas toujours les réponses à toutes ces questions, mais je peux vous dire que toute la question des hauts taux de carcérations pour les personnes autochtones, je vais vous donner des chiffres. Donc, pour les hommes, c'est environ à 32 % de la population carcérale, c'est des hommes autochtones. Pour les femmes, encore plus effrayant, à environ 50 %. de la population, Nous sommes 5 % de la population canadienne, mais nos chiffres sont tellement élevés dans ce milieu. Il y a vraiment débalancement. La question a été étudiée de longue date. Il y a eu plusieurs commissions, la Commission de vérité et au sujet des femmes autochtones la Commission la Commission Ouimet, longtemps passé. plusieurs regards à cette question, puis le tout a mené, en 1995, au Parlement canadien, de faire des modifications au Code criminel ajouter la l'alinea 718 (2) e) qui parle de l'obligation du procès, lorsqu'elles ou ils vont émettre une peine, de prendre en considération la situation particulière du délinquant autochtone. Puis la question était mise de l'avant pour essayer de diminuer les Qu'est-ce qui a mené à cette grande hausse? Il y a toutes sortes de choses, la les écoles résidentielles, les écoles de jour, la discrimination. Il y a tellement de différentes Je ne pas s'il y a une chose en particulier. Je pense amalgamation de plusieurs choses. modifier le Code criminel pour ajouter cette obligation au juge qui émettait la peine, c'était avec l'espoir que nous allons voir les chiffres s'amoindir. Mais vraiment, l'opposé se voit. rentrer dans la question du dossier de la première fois que la Cour suprême allait évaluer et regarder la question du Code criminel. Puis, Tanis Gladue était une jeune femme autochtone de 19 Elle avait, au moment de l'incident, deux jeunes enfants et elle enceinte de nouveau. Son conjoint de avait dit qu'il avait eu des relations avec sa sœur. avait un problème de glande thyroïde qui pouvait l'amener à suragir dans certaines situations. Puis elle a fini par le poingarder au cœur. Il est la question devant la Cour était pour évaluer si le avait imposé la peine avait vraiment fait en regardant la question de La réponse était non. notre Cour a vraiment évalué tout l'aspect social, la question empirique qui démontrait les augmentations des chiffres carcéraux. Puis la Cour avait dit c'était obligatoire pour les juges de procès de considérer les circonstances du délinquant autochtone, mais aussi avec l'espoir futur de voir que les chiffres allaient Mais nous avons vu en 2012, lorsque notre Cour, pour une deuxième fois, a regardé à la question une question de nouveau à reconsidérer cette affaire, puis à voir est-ce que c'est juste pour émettre une peine ou non. Puis la Cour était vraiment claire qu'il y a des qui persistent toujours en vertu du Code criminel, que les juges ne remplissent pas leurs obligations à tout La Cour a noté les questions empiriques de nouveau, toute la recherche sociale qui démontrait que les chiffres ont continué à monter. Puis le Dr. Zinger, a, chaque année, dans les dernières années, émit les statistiques. Puis nous une continuité à l'augmentation. qui est vraiment
Me Hugo Martin (05:52) vous sentez des à la Cour, dans ces décisions, donc de savoir si elles vont être appliquées dans les tribunaux de première dans les tribunaux ou d'appel dans les
Hon. Michelle O'Bonsawin (06:01) vraiment, je dois dire, nous, nous sommes pas une Cour qui a assez de faire, disons, du Nous allons déterminer la matière telle qu'elle nous est présentée. Donc, c'est le dossier avec les faits particuliers qui est associé au dossier et nous allons rendre une décision directement reliée à la situation de faits et les plaidoiries telles qu'elles nous sont présentées. Donc, je dois dire, c'est difficile à répondre à une telle question parce que... Les dossiers viennent devant nous façon particulière, puis notre obligation, ce n'est pas de faire du nouveau droit ou faire des modifications en vertu de nos pensées de qu'est-ce le droit générique devrait C'est vraiment de rendre une décision par l'entremise du dossier tel qu'il nous est présenté.
Me Hugo Martin (06:48) Dans votre questionnaire de candidature à la Cour suprême, vous avez mentionné « ma contribution la plus importante au droit et à la poursuite de la justice au Canada est sans contredit mon effort pour aider toutes les personnes impliquées dans le système judiciaire et de santé mentale avec un accent particuliers à l'égard des peuples À travers votre rôle à la Cour, comment est-il encore possible de poursuivre vos efforts en matière de promotion de la santé mentale?
Hon. Michelle O'Bonsawin (07:16) Moi, je suis vraiment chanceuse parce qu'à plusieurs je suis demandée d'agir à titre de conférencière. Puis lors de ces conférences, je me permets de parler de la santé mentale. En reliée à nos jeunes, reliée au peuple autochtone, une variété de situations, parce que la santé mentale touche environ 50 % de Donc moi je parle toujours de trois catégories de gens lorsque nous parlons de la question de santé mentale. Ceux qui sont touchés directement, les proches aidants, les amis, les membres de la famille qui supportent ces personnes qui sont touchées par la santé mentale. puis je parle souvent au troisième groupe, les Je vais leur demander de faire l'effort s'auto-éduquer au sujet de la question de santé qu'avec plus de connaissances va venir, une meilleure compréhension de l'impact de la santé mentale sur les c'est quelque chose que nous devons parler, nous ne devons pas craindre des réactions des y a quand même un grand stigma attaché à parler du fait que la personne est touchée ou un membre de la famille est touchée par des éléments de la santé mentale. Mais je crois vraiment, le plus que nous en parlons, le moins qu'il y aura de stigma rattaché à cette grande question qui tant de personnes canadiennes. Je ne sais pas si peux dire que je peux avoir un impact spécifique, mais je peux dire que j'amène quand même ma perspective qui est unique à moi. Nous avons eu trois dossiers assez significatifs dans le milieu de droit autochtone. le dossier C-92 au sujet la création d'une nouvelle loi en 2019 du gouvernement fédéral, qui traitait de la question des enfants, des jeunes. et des familles, des personnes Inuit et Métis. Puis, c'est la première fois que notre a déterminé que les peuples autochtones au Canada ont un droit de traiter d'une façon souveraine au des questions de des jeunes et des familles dans les propres communautés. Donc, nous avons maintenu le projet de loi C-92 qui est par la suite devenu la au Canada en 2019. prochain dossier, j'étais l'auteur, Jim Un dossier quand même intéressant au sujet du Blood Il y avait une question de était la surface de la réserve en vertu du traité qui avait été négociée entre le Blood Tribe la Couronne. Puis, enfin, j'ai émis une déclaration qui déterminait que la Couronne agi à titre puis je souhaitais que dans le futur, les relations allaient s'améliorer pour qu'il y ait une L'autre dossier qui est très important est le dossier Restoule, le juge eu la plume. C'était une question à l'interprétation des des peuples anishinaabe dans le nord de l'Ontario, donc de part chez nous, parce que viens du nord de de l'Uron Supérieur. Puis notre Cour, encore 9-0, a déterminé que la Couronne avait agi à titre Par contre, nous avons fortement recommandé aux de retourner à la table de négociations avec nos mots qui soufflent à leurs oreilles pour s'assurer le à titre honorable en des anishinaabe lors des négociations futures.
Me Hugo Martin (11:08) on parle de réconciliation. Comment est-ce que la Cour suprême son rôle d'appliquer la loi, les principes de droit, tout en prenant en considération l'importance de la réconciliation avec les peuples autochtones?
Hon. Michelle O'Bonsawin (11:21) Pourquoi Nous pouvons prendre connaissance du fait que la couronne n'a pas agi de façon très appropriée envers les peuples autochtones dans le Nous sommes tous conscients de l'impact, par des écoles résidentielles, des écoles du jour, du traumatisme qui impacte les peuples autochtones par l'entremise du système qui avait été Donc, je crois que comme juges à notre Cour nous sommes tous conscients de ces impacts. Puis c'est quelque chose que nous tenons en compte. Mais je crois que la réconciliation, c'est pas vraiment de considérer les choses qui sont arrivées au passé. Pour moi, la réconciliation, c'est d'aller vers l'avant, d'essayer de se comprendre comme peuple, puis de marcher dans la même piste. Mon mentor, le grand honorable Murray Sinclair, me disait toujours ça : ''Michelle c'est vraiment important de pas miser sur le passé. mais La réconciliation, c'est beaucoup plus''. C'est vraiment plus de se comprendre l'un l'autre la canadienne puisse comprendre l'impact que le tout a eu sur notre peuple, mais aussi de regarder de l'avenir puis de marcher, comme je disais, dans cette direction. Parce que Pour moi, c'est du positif, la réconciliation. Je me fais souvent demander qu'est-ce que c'est la réconciliation pour toi. Moi, c'est tellement de différentes choses, mais la grande chose, c'est de se comprendre un l'autre et vraiment marcher dans la même voie, dans un futur où nous nous comprenons un l'autre, puis nous reconnaissons nos propres traditions, cultures, nos droits, etc.
Me Hugo Martin (13:06) Comment est-ce que Cour balance l'intérêt national et l'intérêt
Hon. Michelle O'Bonsawin (13:10) Lorsqu'on regarde les questions je vais plus minuscule versus le national, nous avons une obligation à vertu de la Loi sur la Cour suprême de puis émettre des permissions d'appel sur des questions qui ont un intérêt C'est le test que nous devons suivre. Des fois, la population canadienne va lire nos et vont dire « bien là, c'est pas un intérêt national ». Mais il y a du plus large dans ces décisions-là. Donc, penser un peu plus large lorsque vous allez lire les questions et vous OK, mais il quand l'interprétation des différentes législations Donc, un grand impact sur la population au large.
Me Hugo Martin (13:50) Dans le cadre du 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada et de son rôle envers la société canadienne, comment est-ce que vous percevez l'évolution du dialogue entre les traditions juridiques autochtones et le système
Hon. Michelle O'Bonsawin (14:05) nous avons des dossiers qui viennent devant la Cour, donc j'ai une obligation de réserve qui a trait vraiment à cette question. avons gouvernementale, les traditions et la culture spécifique aux peuples autochtones quant on on trait à la question des sociologues, vraiment nous pour comprendre. Puis pas juste des des aînés, des communautés autochtones vont nous aider et nous parce Il y a le droit autochtone canadien, où les différents tribunaux vont émettre des décisions qui touchent les personnes autochtones. Mais il y a aussi les ordres et les autochtones à nous, à les peuples autochtones. Donc, il y a quand même un contre-balancement entre les deux, puis je crois qu'un peut informer l'autre.
Me Hugo Martin (14:52) J'aimerais ça prendre la balle au bond pour nos auditeurs. Madame la juge, vous nous avez dit : « j'ai quand même un devoir de réserve ». Pouvez-vous nous en parler un petit
Hon. Michelle O'Bonsawin (15:10) pour la raison nous ne voulons pas une opinion au sujet de quelque particulier, pour que plus tard, quelqu'un puisse dire, non, cette juge-là est en conflit d'intérêt, elle nous a dit, a-b-c à ce sujet-là, puis lorsque nous apporté cette question devant la Cour suprême, elle avait déjà des
Me Hugo Martin (15:30) Quelle décision, groupe de décisions ou enseignements la Cour nous a donné et sur laquelle on peut puiser pour avancer pour les 150 prochaines années? Il y en a eu plusieurs.
Hon. Michelle O'Bonsawin (15:42) Je vous ai déjà parlé de Gladue, puis Ipeelee, c’est une question Parce qu'en 2018, les professeurs, mais maintenant la présidente Marie-Eve Sylvestre de l'Université d'Ottawa et la professeure Denis-Boileau ont fait une grande recherche pour regarder quel était l'impact de 718 (2) e) décisions qui ont été émises par les juges qui émettaient des peines. Puis je dois que c'est pas automatique que les juges prennent tous leur rôle. Puis n'y a pas toujours considération au sujet des délinquant autochtone. Donc moi, je crois que ce qui est important, c'est d'avoir cette parler de l'impact que les juges de procès puissent avoir sur le délinquant autochtone
Me Hugo Martin (16:47) Donc on peut regarder de l'avant en bâtissant sur ces principes-là, de Gladue entre Mais combien de fois est-ce que la Cour devrait intervenir? Combien de fois est-ce que nos dossiers devraient cheminer jusque vers la Cour Votre rôle, c'est aussi d'éduquer les juristes et de façonner un petit peu le chemin juridique.
Hon. Michelle O'Bonsawin (17:09) Ça, c'est vraiment dur à déterminer, combien de Puis évidemment, la réponse, c'est on le sait pas parce que nous avons eu la décision Gladue, nous avons eu la décision Ipeelee. La dernière était en 2012. C'est vraiment une question, je crois, C'est une question parlementaire. C'est pas nécessairement une question de la Cour suprême du Canada.
Full transcript
Transcript – Shaping Canada
150 Years of Landmark Decisions
Episode 06 – The Honourable Michelle O'Bonsawin
Duration: 19:25
Épisode 7 : Entretien avec la juge Michelle O’Bonsawin
Intro STD FR (00:02) Welcome to Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions. The Canada we know today was not built by chance. Argument by argument, judgment by judgment, it has been shaped by law within a unique justice system born from the encounter of British and French systems, and which now increasingly integrates Indigenous traditions. In this series, we mark the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada by decoding the major decisions that have defined our rights, freedoms, and collective identity. Criminal law, Indigenous rights, division of powers—rulings that are not just ancient history. They still shape our daily lives. I am your host, Hugo Martin, and through exclusive meetings with the nine Supreme Court judges and constitutional experts, we will explore the context of these judgments, their impact, and their resonance today.
Me Hugo Martin (01:03) Justice O'Bonsawin, welcome and thank you for participating in 'Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions'. We are at the Supreme Court of Canada, where your appointment was made official in September 2022. This event marked a historic milestone. You became the first Indigenous person...
Hon. Michelle O'Bonsawin (01:11) Thank you.
Me Hugo Martin (01:22) ...to sit on the country's highest judicial instance. Your background is deeply rooted in your Franco-Ontarian and Abenaki roots from the Odanak First Nation. You grew up near Sudbury, Ontario. Your academic path is... Your research has focused on the application, in review boards, of the principles from the Gladue case—a landmark 1999 ruling that directs courts to consider the particular circumstances of Indigenous offenders, including their heritage, systemic and historical disadvantaged factors, and their connection to their community, notably when determining sentencing, in order to combat the overrepresentation of this community in correctional facilities. Statistics show that Indigenous people are overrepresented in the carceral system in Canada. Can you tell us about this?
Hon. Michelle O'Bonsawin (02:07) Sometimes I don't always have the answers to all these questions, but I can tell you that the entire issue of high incarceration rates for Indigenous people... I'll give you some numbers. So, for men, it's about 32% of the carceral population—Indigenous men. For women, even more frightening, around 50% of the population. We make up 5% of the Canadian population, but our numbers are so high in this environment. There is truly an imbalance. The question has been studied for a long time. There have been several commissions: the Truth and Reconciliation Commission, inquiries concerning Indigenous women, the Ouimet Commission long ago... Various perspectives have looked at this question, and it all led, in 1995, to the Canadian Parliament making amendments to the Criminal Code to add Section 718.2(e), which speaks of the obligation of the trial judge, when issuing a sentence, to take into consideration the particular situation of the Indigenous offender. And the issue was put forward to try to decrease the numbers. What led to this great increase? There are all kinds of things: residential schools, day schools, discrimination. There are so many different factors. I don't know if there is one thing in particular. I think it's an amalgamation of several things. Amending the Criminal Code to add this obligation for judges issuing sentences was done with the hope that we would see numbers drop. But truly, the opposite has happened. To get into the background of the first time the Supreme Court evaluated and looked at the Criminal Code issue: Tanis Gladue was a young Indigenous woman from British Columbia. At the time of the incident, she had two young children and was pregnant again. Her common-law partner had told her he had relations with her sister. She had a thyroid gland problem that could lead her to overreact in certain situations. And she ended up stabbing him in the heart. He died. The question before the Court was to evaluate whether the judge who imposed the sentence had really done so by looking at the question of Gladue principles. The answer was no. Our Court truly evaluated the entire social aspect, the empirical question demonstrating the increases in carceral numbers. And the Court stated that it was mandatory for trial judges to consider the circumstances of the Indigenous offender, but also with the future hope of seeing numbers decrease. However, we saw in 2012 when our Court, for a second time, looked at the question—a matter to reconsider this case and see whether it is just for issuing a sentence or not. And the Court was truly clear that there are barriers that still persist under the Criminal Code, that judges do not fulfill their obligations all the time. The Court noted the empirical questions again, all the social research showing that numbers continued to rise. And Dr. Zinger has issued statistics every year in recent years. And we see a continuous increase, which is truly troubling.
Me Hugo Martin (05:52) Do you feel there are challenges at the Court regarding these decisions, specifically whether they will be applied in trial courts or appellate courts across the provinces?
Hon. Michelle O'Bonsawin (06:01) Really, I must say, we are not a court that makes it our business to do, let's say, judicial activism. We will determine the matter as it is presented to us. Therefore, it is the file with the particular facts associated with the case, and we will render a decision directly related to the factual situation and the arguments as they are presented to us. So, I must say, it is difficult to answer such a question because... Cases come before us in a particular way, and our obligation is not to make new law or make modifications based on our thoughts of what generic law should be. It is truly to render a decision through the file as it is presented to us.
Me Hugo Martin (06:48) In your Supreme Court application questionnaire, you mentioned: "My most important contribution to the law and the pursuit of justice in Canada is undoubtedly my effort to help everyone involved in the justice and mental health systems, with a particular focus on Indigenous peoples." Through your role on the Court, how is it still possible to continue your efforts in promoting mental health?
Hon. Michelle O'Bonsawin (07:16) I am truly fortunate because on several occasions I am asked to act as a speaker. And during these conferences, I allow myself to speak about mental health—related to our youth, related to Indigenous people, a variety of situations—because mental health affects about 50% of Canadians in their lifetime. So I always speak of three categories of people when we talk about the mental health issue: those directly affected, caregivers, friends, family members who support these individuals affected by mental health issues. And I often speak to the third group: the general public. I ask them to make the effort to educate themselves on the mental health issue, because with more knowledge comes a better understanding of the impact of mental health on individuals. It is something we must talk about; we must not fear reactions. There is still a great stigma attached to talking about the fact that a person or a family member is affected by mental health elements. But I truly believe that the more we talk about it, the less stigma there will be attached to this major issue that affects so many Canadians. I don't know if I can say I have a specific impact, but I can say that I nevertheless bring my unique perspective. We have had three quite significant files in the Indigenous law realm. There was File C-92 concerning the creation of a new law in 2019 by the federal government, which dealt with the issue of children, youth, and families, Inuit and Métis individuals. And this is the first time our Court determined that Indigenous peoples in Canada have the right to deal in a sovereign manner with the issues of children, youth, and families within their own communities. Therefore, we upheld Bill C-92, which subsequently became law in Canada in 2019. The next file—I was the author of it—was Jim Shot Both Sides, a quite interesting file concerning the Blood Tribe. There was a question of what the surface area of the reserve was under the treaty negotiated between the Blood Tribe and the Crown. And finally, I issued a declaration determining that the Crown acted dishonorably, and I hoped that in the future, relations would improve so there would be reconciliation. The other file that is very important is the Restoule file, where Justice Jamal wrote the reasons. It was a question of interpreting the treaties of the Anishinaabe peoples in northern Ontario—so from my home region, coming from north of Lake Superior. And our Court, again 9–0, determined that the Crown had acted dishonorably. However, we strongly recommended that the parties return to the negotiating table with our words ringing in their ears to ensure the Crown acted honorably toward the Anishinaabe during future negotiations.
Me Hugo Martin (11:08) When we talk about reconciliation, how does the Supreme Court balance its role of applying the law and legal principles while considering the importance of reconciliation with Indigenous peoples?
Hon. Michelle O'Bonsawin (11:21) Why? We can take cognizance of the fact that the Crown did not act very appropriately toward Indigenous peoples in the past. We are all aware of the impact through residential schools, day schools, of the trauma impacting Indigenous peoples through the system that was created. So I believe that as judges on our Court, we are all aware of these impacts. And it is something we take into account. But I believe reconciliation is not really about considering things that happened in the past. For me, reconciliation is about moving forward, trying to understand each other as peoples, and walking the same path. My mentor, the great Honourable Murray Sinclair, always told me: "Michelle, it is truly important not to dwell on the past, but reconciliation is much more." It is truly more about understanding one another so that Canadian society can understand the impact this has all had on our people, but also looking to the future and walking, as I was saying, in that direction. Because for me, reconciliation is positive. I am often asked what reconciliation means to you. For me, it is so many different things, but the big thing is understanding one another and truly walking the same path, in a future where we understand each other and recognize our own traditions, cultures, rights, etc.
Me Hugo Martin (13:06) How does the Court balance the national interest and the Indigenous interest?
Hon. Michelle O'Bonsawin (13:10) When we look at questions—I'll call it lowercase versus national—we have an obligation under the Supreme Court Act to review and grant leave to appeal on questions of national importance. That is the test we must follow. Sometimes the Canadian public will read our decisions and say, "Well now, that's not a national interest." But there is a broader scope in those decisions. So, think a bit more broadly when you read the questions and say, "Okay, but there is the interpretation of various legislations." Therefore, it has a major impact on the public at large.
Me Hugo Martin (13:50) Within the framework of the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada and its role toward Canadian society, how do you perceive the evolution of the dialogue between Indigenous legal traditions and the common law and civil law systems?
Hon. Michelle O'Bonsawin (14:05) We have files coming before the Court, so I have a duty of judicial reserve truly pertaining to this question. We have governmental reports, traditions, and culture specific to Indigenous peoples when we deal with the issue of sociologists, truly for us to understand. And not just sociologists, but elders from Indigenous communities will help us and teach us. Because there is Canadian Indigenous law, where various courts will issue decisions affecting Indigenous individuals. But there are also orders and laws internal to Indigenous peoples themselves. So there is a counterbalancing between the two, and I believe one can inform the other.
Me Hugo Martin (14:52) I'd like to jump on that for our listeners. Justice, you told us: "I nevertheless have a duty of judicial reserve." Can you talk to us a little bit about that?
Hon. Michelle O'Bonsawin (15:10) ...for the reason that we do not want an opinion on a particular matter, so that later, someone can say, no, that judge is in a conflict of interest, she told us a-b-c on this matter, and when this question was brought before the Supreme Court, she already had her mind made up.
Me Hugo Martin (15:30) What decision, group of decisions, or teachings has the Court given us that we can draw upon to move forward for the next 150 years? There have been several.
Hon. Michelle O'Bonsawin (15:42) I already spoke to you about Gladue, and Ipeelee is a question... Because in 2018, professors—now President Marie-Eve Sylvestre of the University of Ottawa and Professor Denis-Boileau—did extensive research to look at the impact of Section 718.2(e) decisions issued by judges handing down sentences. And I must say it's not automatic that judges take on their role fully. And there isn't always consideration regarding the Indigenous offender. So I believe what is important is to have this discussion, to talk about the impact trial judges can have on the Indigenous offender.
Me Hugo Martin (16:47) So we can look forward by building on those principles, of Gladue among others. But how often should the Court intervene? How often should our files make their way to the Supreme Court? Your role is also to educate jurists and shape the legal path a little bit.
Hon. Michelle O'Bonsawin (17:09) That is really hard to determine, how many times. And obviously, the answer is we don't know, because we had the Gladue decision, we had the Ipeelee decision. The last one was in 2012. It's really a question, I believe... It's a parliamentary question. It's not necessarily a question for the Supreme Court of Canada. En
Article de blogue
« Marcher dans la même voie » : la juge Michelle O’Bonsawin et une justice à visage humain
La première juge autochtone de la Cour suprême, des principes Gladue à la réconciliation
Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes — Épisode 6, avec l’honorable Michelle O’Bonsawin
L’année 2025 marque le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada, et nous avons eu l’honneur de nous entretenir avec l’honorable Michelle O’Bonsawin, dont la nomination, en septembre 2022, a marqué un jalon historique : elle est la première personne autochtone à siéger au plus haut tribunal du pays.
Franco-Ontarienne et membre abénakise de la Première Nation d’Odanak, ayant grandi près de Sudbury, la juge O’Bonsawin apporte à la Cour une perspective nourrie par le droit, la santé mentale et les réalités vécues par les peuples autochtones. Sa contribution la plus importante au droit canadien, estime-t-elle, réside dans ses efforts pour accompagner les personnes qui naviguent entre les systèmes judiciaire et de santé mentale — une conversation nécessaire sur l’humanisation de la justice, des principes Gladue jusqu’aux défis de la santé mentale.
L’état du droit : la crise de la surreprésentation
L’un des plus grands défis du système de justice canadien demeure la surreprésentation alarmante des Autochtones dans les prisons. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les hommes autochtones forment environ 32 % de la population carcérale, et les femmes autochtones, chiffre plus effrayant encore, près de 50 % — alors que les peuples autochtones ne représentent qu’environ 5 % de la population canadienne. Étudiée de longue date par plusieurs commissions, cette question a mené le Parlement, en 1995, à modifier le Code criminel pour y ajouter l’alinéa 718.2 e), qui oblige les juges à tenir compte de la situation particulière des délinquants autochtones au moment de déterminer la peine.
Cette disposition a été au cœur de l’arrêt R. c. Gladue (1999), la première fois que la Cour suprême se penchait sur la question. Tanis Gladue, une jeune femme de 19 ans, mère de deux enfants et de nouveau enceinte, avait mortellement poignardé son conjoint; la Cour devait déterminer si le juge avait correctement tenu compte de sa situation. Sa réponse fut non — et, s’appuyant sur les données empiriques démontrant la hausse de l’incarcération, elle a affirmé le caractère obligatoire de cet examen, dans l’espoir de voir les chiffres diminuer. Treize ans plus tard, dans R. c. Ipeelee (2012), la Cour a dû réaffirmer ces obligations, souvent inégalement remplies, tandis que les statistiques — celles que publie chaque année l’enquêteur correctionnel — continuaient de grimper.
La juge O’Bonsawin, dont le doctorat portait sur l’application des principes Gladue devant les commissions d’examen en santé mentale, connaît bien l’écart qui persiste entre les intentions de la Cour et la réalité des chiffres : la prise en compte des facteurs systémiques — colonisation, pensionnats, écoles de jour, discrimination — n’est pas encore systématique. Sa solution : maintenir le dialogue ouvert, pour aider les juges à saisir pleinement leur rôle dans la réduction de ces iniquités.
Le devoir d’honneur et la réconciliation
Comment concilier l’application de la loi et l’impératif de réconciliation? Les juges de la Cour, explique-t-elle, sont pleinement conscients de l’impact des actions déshonorantes de la Couronne — le traumatisme intergénérationnel né des pensionnats, des écoles de jour et du système qui fut imposé. Mais la réconciliation, pour elle, ne consiste pas à s’attarder au passé. Reprenant les mots de son mentor, le regretté sénateur Murray Sinclair, elle la définit comme un mouvement vers l’avant : apprendre à se comprendre les uns les autres, et « marcher dans la même voie », en reconnaissant mutuellement traditions, cultures et droits.
Ce leadership s’est illustré en 2024 dans l’arrêt Shot Both Sides c. Canada, qu’elle a rédigé. Bien que la revendication de droits fonciers issus de traités (DFIT) de la Blood Tribe ait été jugée prescrite, la juge O’Bonsawin a conclu qu’un jugement déclaratoire était justifié : préciser ces droits, reconnaître la conduite déshonorante de la Couronne, contribuer aux efforts futurs de réconciliation et aider à rétablir l’honneur de la Couronne. La même année, dans un renvoi unanime, la Cour a confirmé la constitutionnalité de la Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis (loi C-92), reconnaissant pour la première fois le droit des peuples autochtones de traiter de façon souveraine les questions d’enfance, de jeunesse et de famille dans leurs propres communautés. Elle évoque enfin l’arrêt Restoule (2024) sur l’interprétation des traités conclus avec les Anishinaabe du nord de l’Ontario — sa région d’origine — où la Cour, à l’unanimité, a constaté le manquement de la Couronne à son honneur tout en recommandant fermement aux parties de retourner à la table de négociation.
Le droit autochtone et l’avenir
La juge O’Bonsawin distingue soigneusement deux réalités : le droit autochtone canadien — les décisions des tribunaux qui touchent les personnes autochtones — et les ordres et traditions juridiques propres aux peuples autochtones. Les deux, croit-elle, peuvent s’informer mutuellement. Pour que la Cour comprenne bien ces traditions lorsqu’elle aura à trancher de futures questions, l’apport des sociologues, des aînés et des communautés sera essentiel. Sur ce chantier d’avenir, elle rappelle toutefois son devoir de réserve : une juge ne saurait se prononcer d’avance sur des questions susceptibles de lui être un jour soumises.
L’impact de la santé mentale
Sa contribution la plus personnelle tient sans doute à son engagement envers les personnes qui croisent à la fois le système judiciaire et celui de la santé mentale. Avocate générale au Groupe des services de santé Royal Ottawa pendant huit ans, elle y a œuvré à l’intersection de la santé mentale et des principes Gladue. Puisque la santé mentale touche environ la moitié de la population, elle parle volontiers de trois groupes : les personnes directement touchées, leurs proches aidants, et celles et ceux qui restent sceptiques ou peu sensibilisés. À ces derniers, son message est clair : il faut s’auto-éduquer, car « plus nous en parlons, moins il y aura de stigmatisation » rattachée à cette grande question. C’est aussi cela, humaniser la justice.
À propos de notre invitée
L’honorable Michelle O’Bonsawin est née en 1974 à Hanmer, en Ontario, près de Sudbury. Avant sa nomination à la Cour suprême en septembre 2022, elle a exercé comme avocate plaidante à la Gendarmerie royale du Canada et à Postes Canada, se spécialisant en droit du travail, en droits de la personne et en protection de la vie privée. En 2017, elle est devenue la première personne autochtone nommée à la Cour supérieure de justice de l’Ontario. Titulaire d’un doctorat en droit de l’Université d’Ottawa — consacré à l’application des principes Gladue devant les commissions d’examen —, elle y a également enseigné le droit autochtone.
Conclusion : le chemin vers une justice informée
La juge O’Bonsawin apporte à la Cour une perspective essentielle, enrichie par son expérience du droit criminel, de la santé mentale et des enjeux autochtones. Les décisions récentes le montrent : la Cour s’appuie sur son histoire jurisprudentielle — de Gladue à Ipeelee — pour avancer vers une justice plus équitable et inclusive. Son travail assure que la Charte et le Code criminel sont interprétés non seulement à la lumière des principes juridiques, mais aussi du contexte social et historique des peuples autochtones — et qu’au bout de chaque dossier, il y a d’abord des personnes.
Abonnez-vous à Façonner le Canada
Envie d’entendre la juge O’Bonsawin parler, dans ses propres mots, des principes Gladue, de la réconciliation et de la santé mentale? Écoutez l’épisode 6 de Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes, sur votre plateforme d’écoute préférée. Abonnez-vous pour ne rien manquer de cette série soulignant le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada, partagez-la avec vos collègues et vos proches, et dites-nous en commentaire quelle décision de la Cour vous a le plus marqué.
Invitée : L'honorable Michelle O'Bonsawin, juge à la Cour suprême du Canada
Animation : Me Hugo Martin · Réalisation : Me Hugo Martin
Recherche : Sandrine Raymond
Édition et révisions : Laurence Laperrière, Laurence Thériault
Production : Rivercast Média s.a.
Guest: The Honourable Michelle O'Bonsawin, Justice of the Supreme Court of Canada
Hosting: Me Hugo Martin · Direction: Me Hugo Martin
Research: Sandrine Raymond
Editing and revisions: Laurence Laperrière, Laurence Thériault
Production: Rivercast Média s.a.