Interview with the Honourable Andromache Karakatsanis
In this episode of Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions, we have an exclusive conversation with the Honourable Andromache Karakatsanis, the first Greek-Canadian justice and the Court's longest-serving current member since her appointment in October 2011. Known as a pragmatic jurist deeply committed to making justice accessible, Justice Karakatsanis authored the landmark Hryniak decision calling for a "culture shift" in civil procedure. She discusses balancing fair trial rights with victim dignity in sexual assault cases, the importance of judicial discretion as a safeguard against unconstitutional sentences, and her powerful conviction that "the rule of law is about more than just rules, it's about justice."
Entretien avec l'honorable Andromache Karakatsanis
Dans cet épisode de Façonner le Canada : 150 ans de décisions de principe, nous avons une conversation exclusive avec l'honorable Andromache Karakatsanis, la première juge d'origine gréco-canadienne et la membre actuelle siégeant depuis le plus longtemps au sein de la Cour depuis sa nomination en octobre 2011. Connue comme une juriste pragmatique profondément attachée à l'accessibilité à la justice, la juge Karakatsanis a rédigé l'arrêt de principe Hryniak qui appelle à un « changement de culture » dans la procédure civile. Elle y discute de la conciliation entre les droits à un procès équitable et la dignité des victimes dans les affaires d'agression sexuelle, de l'importance du pouvoir d'appréciation judiciaire en tant que protection contre les peines inconstitutionnelles, ainsi que de sa profonde conviction selon laquelle « la primauté du droit ne se résume pas à de simples règles, il s'agit de justice ».
The Honourable Andromache Karakatsanis, Justice of the Supreme Court of Canada
Supreme Court of Canada — appointed October 2011
Andromache Karakatsanis was appointed to the Supreme Court of Canada in October 2011, becoming the first Greek-Canadian to serve on Canada's highest court. She is currently the Court's longest-serving member.
Justice Karakatsanis's career is remarkable for its diversity. She practiced law in criminal, civil, and family matters before spending 15 years in senior leadership roles within the Ontario Public Service. She served as Assistant Deputy Attorney General, Secretary of Cabinet and Clerk of the Executive Council, Deputy Minister of Community Safety and Correctional Services, and Deputy Attorney General and Deputy Minister of Justice for Ontario. She was appointed to the Ontario Superior Court of Justice in 2002 and to the Court of Appeal for Ontario in 2010, before her elevation to the Supreme Court.
Justice Karakatsanis is recognized as a pragmatic jurist deeply committed to making the justice system more accessible. Her landmark decision in Hryniak v. Mauldin called for a "culture shift" toward more proportionate civil procedure. She chairs the National Action Committee on Access to Justice in Civil and Family Matters. Her judicial philosophy emphasizes that the rule of law must be about justice, not merely rules, and that every legal decision is ultimately about people.
L'honorable Andromache Karakatsanis, juge à la Cour suprême du Canada
Cour suprême du Canada — nommée en octobre 2011
Andromache Karakatsanis a été nommée à la Cour suprême du Canada en octobre 2011, devenant ainsi la première personne d'origine gréco-canadienne à siéger au sein de la plus haute juridiction du Canada. Elle en est actuellement la membre qui y siège depuis le plus longtemps.
La carrière de la juge Karakatsanis se distingue par sa diversité. Elle a exercé le droit dans les domaines criminel, civil et familial avant de passer 15 années à occuper des postes de haute direction au sein de la fonction publique de l'Ontario. Elle a notamment exercé les fonctions de sous-procureure générale adjointe, de secrétaire du Cabinet et greffière du Conseil exécutif, de sous-ministre de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels, ainsi que de sous-procureure générale et de sous-ministre de la Justice de l'Ontario. Elle a été nommée à la Cour supérieure de justice de l'Ontario en 2002 et à la Cour d'appel de l'Ontario en 2010, avant son accession à la Cour suprême.
La juge Karakatsanis est reconnue comme une juriste pragmatique profondément attachée à rendre le système de justice plus accessible. Sa décision de principe dans l'affaire Hryniak c. Mauldin a appelé à un « changement de culture » vers une procédure civile plus proportionnée. Elle préside le Comité d'action national sur l'accès à la justice en matière civile et familiale. Sa philosophie judiciaire souligne que la primauté du droit doit porter sur la justice, et non simplement sur les règles, et que chaque décision juridique concerne ultimement des personnes.
Contenu
Un parcours professionnel diversifié
Le parcours de la juge Karakatsanis comprend la pratique privée en droit criminel, civil et familial, suivie de 15 années de rôles de haute direction au sein de la fonction publique de l'Ontario, notamment en tant que sous-ministre de la Justice et sous-procureure générale. Lorsqu'on l'interroge sur sa distinction de doyenne de la Cour, elle répond avec humilité : « On n'a pas toujours l'impression que c'est le cas, mais parfois oui. »
Hryniak c. Mauldin : un appel à un changement de culture
Dans la décision de principe Hryniak c. Mauldin rendue en 2014, la juge Karakatsanis a rédigé les motifs d'un tribunal unanime selon lesquels « un changement de culture est nécessaire ». Elle a défendu le principe de proportionnalité, déclarant que « la meilleure forme de résolution d'un litige n'est pas toujours celle qui comporte la procédure la plus minutieuse ». Son expérience diversifiée a éclairé cette perspective : « J'avais été témoin de première main des luttes des Canadiens ordinaires pour accéder à une justice abordable et en temps opportun… Toute règle juridique doit fonctionner à la fois sur un plan systémique de principe — elle doit être cohérente — mais elle doit aussi fonctionner sur le terrain. » Une décennie plus tard, « je reçois encore des juges et des avocats qui me remercient pour la souplesse procédurale ». Le jugement lui-même énonce : « Sans un moyen efficace de faire respecter les droits, la primauté du droit est menacée. Le système de justice est là pour les gens. »
R. c. Goldfinch : la recherche de la vérité affranchie des mythes
Dans l'affaire R. c. Goldfinch (2019), la juge Karakatsanis a rédigé les motifs de la majorité selon lesquels l'expression « amis avec avantages » pour décrire une relation ne pouvait être admise simplement à titre de contexte, car elle risquait d'inciter le jury à souscrire à des mythes préjudiciables concernant le comportement sexuel d'une victime. « J'adore le droit criminel », explique-t-elle. « Il soulève des questions fondamentales sur le type de société dans laquelle nous voulons vivre. » Les affaires d'agression sexuelle soulèvent des préoccupations supplémentaires quant à la conciliation du droit de l'accusé à une pleine défense et « de la dignité et de la vie privée du plaignant ». « L'objectif de tout procès criminel est la recherche de la vérité. Il n'y a pas de place pour les mythes, en particulier ceux fondés sur le comportement sexuel d'une victime. »
Le pouvoir d'appréciation judiciaire comme garantie constitutionnelle
Dans son opinion dissidente en partie dans l'affaire R. c. Boutilier (2017), la juge Karakatsanis a soulevé des inquiétudes concernant la législation sur les délinquants dangereux qui a éliminé le pouvoir d'appréciation judiciaire en remplaçant « peut » par « doit », risquant de forcer les juges à imposer une incarcération indéfinie même lorsque cela n'est pas justifié. « Le pouvoir d'appréciation judiciaire peut constituer une soupape de sécurité », explique-t-elle. « Cela peut être une façon de préserver le choix politique du Parlement tout en accordant au juge un pouvoir d'appréciation dans un cas exceptionnel où la décision violerait les droits constitutionnels de l'individu. » Le concept d'incarcération indéfinie « non pas pour ce que la personne a fait, mais pour ce qu'elle pourrait faire » rend ces affaires « particulièrement complexes ».
Pourquoi des juges raisonnables sont en désaccord
La juge Karakatsanis réfléchit aux décisions partagées : « Les affaires de la Charte traitent bel et bien de valeurs, de valeurs fondamentales, et souvent celles-ci sont en tension les unes avec les autres. Je pense qu'il est compréhensible que des juges raisonnables arrivent à des conclusions différentes sur la manière dont ces valeurs se manifestent dans une affaire particulière. » C'est pourquoi la transparence du raisonnement est cruciale : « Nous cernons quels sont les principes, quelles sont les valeurs que nous prenons en considération et comment nous les pondérons. »
Rendre la Cour accessible
La juge Karakatsanis relève plusieurs façons dont la Cour suprême est devenue plus accessible : des décisions en langage clair — « Nous écrivons pour le public, ainsi que pour les avocats et les juges »; des sections de synthèse — expliquant de quoi traite l'affaire, ce qu'elle décide et pourquoi; une participation généreuse des intervenants — « Cela améliore non seulement nos décisions, mais je pense que cela confère également de la légitimité à notre travail ». Au-delà de la Cour, elle préside le Comité d'action national sur l'accès à la justice en matière civile et familiale, qui en est à sa 13e année : « L'accès à la justice fait partie de chaque conversation sur la justice. C'est un réel progrès. »
Une vision de la justice axée sur la personne
« Pour transformer véritablement la culture juridique, il faut envisager la justice du point de vue de celles et ceux qui cherchent à résoudre leurs problèmes. »
Les droits de la Charte appartiennent à tout le monde
La juge Karakatsanis offre un rappel puissant au sujet des droits garantis par la Charte : « Malheureusement, le public perçoit souvent ces droits comme les droits des criminels. C'est parce que nombre d'entre eux surgissent lorsqu'une personne est accusée d'une infraction. » Elle se rappelle avoir dit à des lycéens : « Nous n'entendons parler des affaires que lorsque la police effectue une perquisition et trouve de la drogue. Nous n'entendons jamais parler des affaires où une perquisition est menée et où rien n'est trouvé… Ces décisions définissent les droits et limitent les pouvoirs de la police, non pas pour les accusés, mais pour tout le monde. Pour eux, pour moi, pour nos amis, notre famille, nos voisins. »
L'héritage : jurisprudence de la Charte et primauté du droit juste
Tournée vers l'avenir, la juge Karakatsanis cerne deux éléments essentiels des 150 ans d'histoire de la Cour : la jurisprudence de la Charte — « Enracinée dans un retour aux principes premiers. Quels sont les intérêts que la Charte cherche à protéger? »; et la primauté du droit en tant que justice — « La primauté du droit ne concerne pas seulement les règles et ne concerne pas seulement le droit. Il s'agit de justice. » Elle cite le juge Brian Dickson dans l'arrêt Big M Drug Mart : « Une société libre est celle qui vise l'égalité quant à la jouissance des libertés fondamentales… fondée sur le respect de la dignité inhérente et des droits inviolables de la personne humaine. » Elle invoque également Martin Luther King Jr. : « Le long arc de l'univers moral doit s'incurver vers la justice. »
Humilité et humanité
« Je suis juge depuis 23 ans et j'en suis venue à croire que la plus grande qualité judiciaire est l'humilité et l'humanité. Parce qu'en fin de compte, chaque loi, chaque décision concerne des personnes. » « La primauté du droit n'est pas seulement une question de règle ni une question de droit, mais c'est une question de justice. »
Décisions marquantes mentionnées
- Hryniak c. Mauldin (2014) — Changement de culture vers une procédure civile proportionnée et accessible
- R. c. Goldfinch (2019) — Protection des plaignants contre les mythes concernant le comportement sexuel
- R. c. Boutilier (2017) — Le pouvoir d'appréciation judiciaire en tant que garantie de la Charte dans les affaires de délinquants dangereux
- Carter c. Canada (2015) — Le droit à l'aide médicale à mourir (mentionné)
- Canada (Procureur général) c. Bedford (2013) — Conciliation entre la sécurité des travailleuses et travailleurs du sexe et l'ordre public (mentionné)
- R. c. Jordan (2016) — Le droit d'être jugé dans un délai raisonnable (mentionné)
- R. c. Big M Drug Mart (1985) — Principes fondamentaux de la Charte (cité)
Ressources et références
- Hryniak c. Mauldin, 2014 CSC 7
- R. c. Goldfinch, 2019 CSC 38
- R. c. Boutilier, 2017 CSC 64
- Carter c. Canada (Procureur général), 2015 CSC 5
- Canada (Procureur général) c. Bedford, 2013 CSC 72
- R. c. Jordan, 2016 CSC 27
- R. c. Big M Drug Mart Ltd., [1985] 1 R.C.S. 295
- Charte canadienne des droits et libertés — Articles 7, 8, 11 et 12
- Cour suprême du Canada — scc-csc.ca
- Le point — Résumés de décisions en langage clair
- Comité d'action national sur l'accès à la justice en matière civile et familiale
Episode Content
The Court's Longest-Serving Justice
Appointed in October 2011, Justice Karakatsanis is the first Greek-Canadian to serve on the Supreme Court and is currently its longest-serving member. When asked about this distinction, she responds with characteristic humility: "It doesn't always feel that way, but sometimes it does."
Hryniak v. Mauldin: A Call for Culture Change
In the landmark 2014 decision Hryniak v. Mauldin, Justice Karakatsanis wrote for a unanimous Court that "a shift in culture is required." She championed the principle of proportionality, stating that "the best form for resolving a dispute is not always that with the most painstaking procedure." Her diverse experience informed this perspective: "I had witnessed firsthand the struggles of ordinary Canadians in accessing affordable and timely justice… Any kind of legal rule has to work at both a principled systemic level — it has to be coherent — but it also has to work on the ground." A decade later, "I still get judges and lawyers thanking me for the procedural flexibility." The judgment itself states: "Without an effective means of enforcing rights, the rule of law is threatened. The justice system is there for people."
R. v. Goldfinch: Truth-Seeking Free from Myths
In R. v. Goldfinch (2019), Justice Karakatsanis wrote for the majority that the label "friends with benefits" to describe a relationship could not be admitted simply as context, as it risked inviting the jury to engage in harmful myths about a victim's sexual behavior. "I love the criminal law," she explains. "It raises fundamental questions about the kind of society we want to live in." Sexual assault cases raise additional concerns about balancing an accused's right to full answer and defence with "the dignity and privacy of a complainant." "The focus of every criminal trial is truth-seeking. There's no room for myths, especially those based on a victim's sexual behavior."
Judicial Discretion as a Charter Safeguard
In her partial dissent in R. v. Boutilier (2017), Justice Karakatsanis raised concerns about dangerous offender legislation that removed judicial discretion by changing "may" to "shall," potentially forcing judges to impose indefinite detention even when unwarranted. "Judicial discretion can be a safety valve," she explains. "It can be a way to preserve Parliament's policy choice while still permitting a judge the discretion in an exceptional case where the decision would breach the individual's constitutional rights." The concept of indefinite incarceration "not for what the person has done, but for what they might do" makes these cases "particularly challenging."
Why Reasonable Judges Disagree
Justice Karakatsanis reflects on split decisions: "Charter cases do actually talk about values, fundamental values, and often they're in tension with one another. I think it's understandable that reasonable judges can come to different conclusions about how those values play out in a particular case." This is why transparency in reasoning is crucial: "We identify what are the principles, what are the values that we are taking into consideration and how is it that we balance them."
Making the Court Accessible
Justice Karakatsanis identifies several ways the Supreme Court has become more accessible: plain language decisions — "We write for the public, as well as for the lawyers and judges"; overview sections — explaining what the case is about, what she decides, and why; generous intervener participation — "It not only makes our decisions better, but I think it also brings legitimacy to our work." Beyond the Court, she chairs the National Action Committee on Access to Justice on Civil and Family Matters, now in its 13th year: "Access to justice is part of every conversation in justice. That's real progress."
A Person-Centred Vision of Justice
"To truly transform legal culture, we must view justice from the perspective of those seeking to resolve their problems."
Charter Rights Belong to Everyone
Justice Karakatsanis offers a powerful reminder about Charter rights: "Unfortunately, the public often sees these rights as rights of criminals. That's because many of them arise when someone is charged with an offense." She recalls telling high school students: "We only hear about the cases when the police do a search and they find the drugs. We never hear about the cases where a search and nothing is found… Those decisions define the rights and limit the police powers, not for those accused, but for everyone. For them, for me, for our friends, our family, our neighbors."
The Legacy: Charter Jurisprudence and Just Rule of Law
Looking to the future, Justice Karakatsanis identifies two critical elements of the Court's 150-year legacy: Charter jurisprudence — "Rooted in going back to first principles. What are the interests that the Charter seeks to protect?" She quotes Justice Brian Dickson in Big M Drug Mart: "A free society is one which aims at equality with respect to the enjoyment of fundamental freedoms… founded in respect for the inherent dignity and inviolable rights of the human person." And the rule of law as justice — "The rule of law is about more than just rules and more than about law. It's about justice." She invokes Martin Luther King Jr.: "The long arc of the moral universe must bend towards justice."
Humility and Humanity
"I've been a judge for 23 years and I've come to believe that the most important judicial quality is humility and humanity. Because ultimately every law, every decision is about people."
Landmark Decisions Mentioned
- Hryniak v. Mauldin (2014) — Culture shift toward proportionate, accessible civil procedure
- R. v. Goldfinch (2019) — Protecting complainants from myths about sexual behavior
- R. v. Boutilier (2017) — Judicial discretion as a Charter safeguard in dangerous offender cases
- Carter v. Canada (2015) — The right to physician-assisted death (referenced)
- Canada (Attorney General) v. Bedford (2013) — Balancing safety of sex workers with public order (referenced)
- R. v. Jordan (2016) — The right to trial within a reasonable time (referenced)
- R. v. Big M Drug Mart (1985) — Foundational Charter principles (quoted)
Resources and References
- Hryniak v. Mauldin, 2014 SCC 7
- R. v. Goldfinch, 2019 SCC 38
- R. v. Boutilier, 2017 SCC 64
- Carter v. Canada (Attorney General), 2015 SCC 5
- Canada (Attorney General) v. Bedford, 2013 SCC 72
- R. v. Jordan, 2016 SCC 27
- R. v. Big M Drug Mart Ltd., [1985] 1 S.C.R. 295
- Canadian Charter of Rights and Freedoms — Sections 7, 8, 11, 12
- Supreme Court of Canada — scc-csc.ca
- Cases in Brief — Plain-language decision summaries
- National Action Committee on Access to Justice in Civil and Family Matters
Quiz — Testez vos connaissances
1. Quelle décision de principe la juge Karakatsanis a-t-elle rédigée, appelant à un « changement de culture » dans la procédure civile?
A) R. c. Jordan B) Hryniak c. Mauldin C) Carter c. Canada D) R. c. Goldfinch
Réponse : B) Hryniak c. Mauldin (2014)
2. Dans l'affaire R. c. Goldfinch, qu'est-ce que la juge Karakatsanis a écrit que les tribunaux doivent exclure des procès pour agression sexuelle?
A) Toute preuve de relations antérieures B) Le témoignage de témoins de moralité C) Des étiquettes telles que « amis avec avantages » utilisées simplement comme contexte, qui risquent d'inviter à des mythes préjudiciables D) Le témoignage d'experts sur le consentement
Réponse : C) Des étiquettes pouvant inciter le jury à souscrire à des mythes préjudiciables
3. Selon la juge Karakatsanis, pourquoi le public comprend-il souvent mal les droits garantis par la Charte?
A) La Charte est rédigée dans un langage complexe B) De nombreux droits de la Charte surgissent dans des affaires criminelles, de sorte que le public les perçoit comme les « droits des criminels » C) Les médias ne couvrent pas les affaires relatives à la Charte D) Les droits de la Charte ne s'appliquent qu'aux avocats
Réponse : B) Parce que de nombreuses affaires relatives à la Charte surviennent lorsqu'une personne est accusée d'une infraction
4. Quel rôle la juge Karakatsanis exerce-t-elle en dehors de ses fonctions de juge à la Cour suprême?
A) Présidente de l'Association du Barreau canadien B) Présidente du Comité d'action national sur l'accès à la justice en matière civile et familiale C) Présidente de la Cour internationale de justice D) Doyenne d'une faculté de droit
Réponse : B) Présidente du Comité d'action national sur l'accès à la justice en matière civile et familiale
5. Selon la juge Karakatsanis, quelle est la plus grande qualité judiciaire?
A) L'intelligence et la connaissance du droit B) La rapidité et l'efficacité C) L'humilité et l'humanité D) Le respect strict des précédents
Réponse : C) L'humilité et l'humanité
Quiz — Test Your Knowledge
1. What landmark decision did Justice Karakatsanis author calling for a "culture shift" in civil procedure?
A) R. v. Jordan B) Hryniak v. Mauldin C) Carter v. Canada D) R. v. Goldfinch
Answer: B) Hryniak v. Mauldin (2014)
2. In R. v. Goldfinch, what did Justice Karakatsanis write that courts must exclude from sexual assault trials?
A) All evidence of prior relationships B) Testimony from character witnesses C) Labels like "friends with benefits" used simply as context, which risk inviting harmful myths D) Expert testimony on consent
Answer: C) Labels that could invite the jury to engage in harmful myths
3. According to Justice Karakatsanis, why does the public often misunderstand Charter rights?
A) The Charter is written in complex language B) Many Charter rights arise in criminal cases, so the public sees them as "rights of criminals" C) The media doesn't cover Charter cases D) Charter rights only apply to lawyers
Answer: B) Because many Charter cases arise when someone is charged with an offense
4. What role does Justice Karakatsanis hold outside of her work as a Supreme Court justice?
A) Chair of the Canadian Bar Association B) Chair of the National Action Committee on Access to Justice in Civil and Family Matters C) President of the International Court of Justice D) Dean of a law school
Answer: B) Chair of the National Action Committee on Access to Justice in Civil and Family Matters
5. What does Justice Karakatsanis believe is the most important judicial quality?
A) Intelligence and legal knowledge B) Speed and efficiency C) Humility and humanity D) Strict adherence to precedent
Answer: C) Humility and humanity
Transcription complète
Transcription – Façonner le Canada
150 ans de décisions marquantes
Épisode 6 – La juge Andromache Karakatsanis
Durée : 00:27:49
Intro STD EN (00:02) Bienvenue à Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes. Le Canada que nous connaissons aujourd'hui ne s'est pas construit par hasard. Argument par argument, jugement par jugement, il a été façonné par le droit au sein d'un système de justice unique, né de l'union de la civil law et de la common law, et intégrant de plus en plus les traditions juridiques autochtones. Dans cette série, nous marquons le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada en décodant certaines décisions qui ont défini nos droits, nos libertés et notre identité collective. Du droit criminel aux droits autochtones et au partage des compétences, les décisions que nous avons choisies de partager avec vous ne relèvent pas seulement de l'histoire ancienne. Elles façonnent encore notre réalité aujourd'hui. Je suis votre animateur, Hugo Martin. Et je vous invite à me rejoindre pour des conversations exclusives avec les neuf juges de la Cour suprême et de grands experts constitutionnels alors que nous découvrons le contexte, l'impact et l'héritage durable de ces jugements.
Hon. Karakatsanis (01:11) Madame la juge Karakatsanis, bienvenue. Merci d'être avec nous. Merci de participer à Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes. Merci à vous. C'est un plaisir. Alors que nous célébrons le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada, c'est un plaisir de vous parler en tant que première juge d'origine gréco-canadienne et juge actuellement la plus ancienne en fonction au sein de la Cour, nommée en octobre 2011. Je dois dire, Madame la juge, que chaque fois que je fais des recherches sur vous, la première chose qui ressort, c'est que vous êtes la juge qui siège depuis le plus longtemps. On n'a pas toujours l'impression que c'est le cas, mais parfois si. Votre parcours professionnel se distingue par sa diversité. Il comprend la pratique privée en droit criminel, civil et familial, suivie de 15 années à des postes de haute direction au sein de la fonction publique de l'Ontario. Ce parcours a culminé avec votre nomination à la Cour supérieure de justice de l'Ontario en 2002 et à la Cour d'appel de l'Ontario en 2010. Tout au long de votre carrière, vous avez été reconnue comme une juriste pragmatique… profondément engagée à rendre le système de justice plus accessible. C'est un thème évident dans votre utilisation d'un langage clair et direct dans vos décisions judiciaires. Vos jugements ont souvent eu un impact profond sur le plan pratique. Je pense, par exemple, à la décision de la Cour dans l'affaire Hryniak c. Mauldin en 2014, que vous avez rédigée et qui a réformé la façon dont nos tribunaux abordent les litiges civils pour promouvoir une justice plus rapide et plus abordable. Je pense également à votre travail dans des affaires comme R. c. Goldfinch en 2019 et… à votre dissidence partielle dans R. c. Boutilier en 2017, où vous avez fourni des orientations sur des questions allant de la protection des plaignantes dans les agressions sexuelles à la sauvegarde des droits des contrevenants garantis par la Charte. En parlant de l'affaire Hryniak c. Mauldin… vous avez écrit qu'un changement de culture est nécessaire. Vous avez défendu le principe de proportionnalité, déclarant que la meilleure instance pour résoudre un différend n'est pas toujours celle dotée de la procédure la plus minutieuse, et vous avez appelé à des procédures proportionnées adaptées aux besoins de chaque affaire. C'était un appel à éloigner le système des procès complets conventionnels comme solution par défaut au profit de moyens plus abordables, rapides et justes… pour trancher les réclamations. Comment votre vaste expérience de terrain a-t-elle éclairé votre perspective sur les obstacles procéduraux auxquels font face les Canadiens ordinaires, et qu'est-ce qui vous a poussée à rédiger un appel unanime aussi fort en faveur de cette réforme culturelle?
Hon. Karakatsanis Eh bien, merci… et merci de m'avoir invitée à ce balado. Vous avez raison, nous apportons tous nos expériences et nos perspectives dans ce travail. Et… il ne fait aucun doute que mes différentes expériences au sein du système de justice sont quelque chose qui éclaire ma façon de travailler. J'avais donc constaté de visu… les luttes des Canadiens ordinaires pour accéder à une justice abordable et rapide, tant dans leurs affaires individuelles que du point de vue du système de justice. Vous savez, en tant qu'avocate, décideuse dans un tribunal administratif et au sein des tribunaux, j'ai vu les retards procéduraux et les obstacles pour les plaideurs. Et puis, en tant que sous-ministre de la Justice… responsable de l'administration des tribunaux et de la supervision des tribunaux administratifs, j'ai abordé ces défis d'une perspective différente, celle de la politique juridique, de l'efficacité systémique et de la responsabilisation. Ainsi, n'importe quel type de… règle juridique doit fonctionner à la fois sur un plan systémique fondé sur des principes. Elle doit être cohérente, mais elle doit aussi fonctionner sur le terrain. Elle doit être quelque chose que les juges peuvent appliquer. Elle doit être quelque chose qui fonctionne pour les gens qui sont au cœur de notre travail. L'affaire Hryniak portait donc sur une règle de procédure civile dans une seule province. Mais la Cour a considéré l'affaire Hryniak comme le moyen de lancer un appel en faveur d'un changement culturel, pour essayer de relever les défis de l'accès à la justice… en donnant aux juges la souplesse dont ils avaient besoin pour travailler au sein des processus civils de toutes les juridictions, en soulignant la nécessité pour la procédure de s'adapter à l'affaire en particulier. Je dois dire que l'affaire Hryniak, je crois, est l'une de nos décisions les plus citées. Et une décennie plus tard, j'ai toujours des juges et des avocats… qui me remercient pour la souplesse procédurale qu'ils ont estimé pouvoir s'approprier pour leurs dossiers. Quant à la question du « pourquoi », eh bien, dans le jugement lui-même, nous affirmons : « Sans moyens efficaces pour faire respecter les droits, la règle de droit est menacée. » Le système de justice est là pour les gens ; si quelqu'un a l'impression d'avoir été traité de manière inéquitable, injuste, cela nuit véritablement à la possibilité de mener une belle vie.
Hugo Martin J'aimerais aborder votre travail en droit criminel et parler de l'affaire R. c. Goldfinch. Vous avez donc rédigé la décision de la majorité selon laquelle l'expression « amis avec bénéfices », pour décrire une relation, ne pouvait pas être admise simplement à titre de contexte. Vous avez ainsi conclu qu'elle risquait d'inciter le jury à se reposer sur un mythe préjudiciable et discrédité concernant le comportement sexuel d'une victime. Pour nos auditeurs, cela met en lumière l'immense défi que représente l'équilibre entre le droit d'un accusé à un procès équitable et le besoin profond de… protéger la dignité et la vie privée d'une victime, ainsi que son droit à un procès exempt de discrimination et de stéréotypes. Pourriez-vous nous guider à travers le rôle de la Cour dans le maintien de cette ligne difficile et expliquer pourquoi il est si crucial d'empêcher ces mythes de saper le processus de recherche de la vérité?
Hon. Karakatsanis Absolument. Eh bien… merci pour cette question. Je commencerai par dire que j'adore le droit criminel. Je l'ai toujours aimé. Il soulève… des questions fondamentales sur le genre de société dans laquelle nous voulons vivre,… sur les droits et libertés des individus d'une part, et sur notre droit à une société pacifique et sûre d'autre part. Il s'agit donc entièrement de concilier ces droits complexes et parfois concurrents, et j'aime le droit criminel depuis la faculté de droit et… tout au long de ma carrière. Les affaires d'agression sexuelle soulèvent… des préoccupations supplémentaires, non seulement quant au droit d'un accusé à une pleine défense et à un procès équitable, et bien sûr à la présomption d'innocence, mais aussi quant à la dignité et à la vie privée d'un plaignant. J'ai eu à traiter de nombreuses affaires d'agression sexuelle en tant que juge de première instance, et elles constituaient un défi, mais l'objectif de tout procès criminel est la recherche de la vérité et… les procès criminels exigent des preuves. Il n'y a pas de place pour les mythes, en particulier ceux fondés sur le comportement sexuel d'une victime. Je pense que l'affaire Goldfinch a donc véritablement reconnu à quel point ces mythes peuvent être insidieux, et en se concentrant sur la définition moderne du consentement et sur… le fait de dire clairement aux juges que le contexte ne pouvait pas se substituer à la précision pour identifier précisément en quoi le comportement sexuel peut parfois être pertinent. C'était un rappel de l'importance du droit d'un accusé à un procès équitable, mais aussi… du besoin profond de protéger la dignité et la vie privée de la victime, ainsi que le droit à un procès… pour tous, pour la société, qui soit exempt de discrimination et de stéréotypes.
Hugo Martin Vous avez écrit sur le pouvoir du gouvernement dans le processus de détermination de la peine. Dans votre dissidence partielle dans l'affaire R. c. Boutilier en 2017, vous avez tiré la sonnette d'alarme concernant la loi qui permet au tribunal de… désigner quelqu'un comme délinquant dangereux. À l'époque, le Code criminel a été modifié pour changer le mot « peut » en « doit », retirant ainsi le pouvoir discrétionnaire du juge et, par conséquent, ou… le forçant presque à imposer ce qui pouvait être une peine de détention indéfinie manifestement disproportionnée et inconstitutionnelle, même si le juge de première instance… jugeait cela injustifié. Cela touche directement à vos préoccupations concernant les pouvoirs de l'État, que vous avez soulevées dans d'autres dissidences. Pourriez-vous élaborer sur l'importance du pouvoir discrétionnaire des juges en tant que sauvegarde de la Charte dans notre système de justice?
Hon. Karakatsanis Eh bien, la Charte a conféré aux juges à la fois la responsabilité et le devoir de veiller à ce que les pouvoirs de l'État et la législation… respectent la Constitution. On nous demande donc parfois d'annuler des lois adoptées à des fins de sécurité publique. Nous commençons donc par examiner les principes sous-jacents… nous accordons de la valeur aux droits d'un individu,… mais nous souhaitons également, comme je l'ai dit plus tôt, vivre dans une société sûre. C'est donc un principe fondamental du droit criminel qu'une personne soit punie pour sa culpabilité morale et la gravité de l'infraction. Notre droit criminel a toujours été bâti sur une forte tradition voulant que la peine doive correspondre au crime. Les demandes relatives aux délinquants dangereux se situent donc en quelque sorte à la convergence de tous ces principes et intérêts concurrents. Et l'idée d'une incarcération indéfinie était nouvelle avec le régime des délinquants dangereux. Et l'incarcération indéfinie, non pas pour ce que la personne a fait, mais pour ce qu'elle pourrait faire… rend cela particulièrement difficile, je crois. J'ai approuvé des demandes de délinquants dangereux lorsque j'étais sous-ministre de la Justice — sous-procureure générale de l'Ontario —, et j'ai eu à traiter de telles affaires en tant que juge de première instance, et bien sûr maintenant en tant que juge d'appel. Le pouvoir discrétionnaire des juges peut constituer une soupape de sûreté… comme notre cour l'a affirmé dans le contexte des peines minimales. Et cela peut être une façon de préserver le choix politique du Parlement tout en permettant au juge d'exercer un pouvoir discrétionnaire… dans un cas exceptionnel où la décision violerait les droits constitutionnels de l'individu. C'est quelque chose que notre cour a énoncé dans sa jurisprudence : le pouvoir discrétionnaire des juges, le juge de première instance, cela est profondément ancré dans notre système… de justice et notre système de justice criminelle. Nous avons souvent… des décisions partagées. Nous avons discuté longuement avec vos collègues des décisions partagées et de la manière dont… ce processus fonctionne, et cela fait partie, je crois, de la beauté de la Cour…
Hugo Martin Oui, je le pense aussi, mais je pense que cela fait aussi partie des affaires de la Charte, car les affaires de la Charte abordent précisément des valeurs — des valeurs fondamentales —, et sont souvent en tension les unes avec les autres. Je pense qu'il est compréhensible que des juges raisonnables puissent arriver à des conclusions différentes sur la manière dont ces valeurs se manifestent dans une affaire particulière. Et c'est pourquoi je pense qu'il est si important que nous soyons transparents dans nos motifs et que nous identifiions quels sont les principes, quelles sont les valeurs que nous prenons en considération et de quelle manière nous les équilibrons. Il est inhérent, je crois, à la nature de la prise de décision sous le régime de la Charte que des juges raisonnables puissent être en désaccord.
Hugo Martin Madame la juge, vous siégez à la Cour depuis 2011, une période de changements sociétaux et technologiques incroyables. De ce point de vue unique et compte tenu de votre engagement personnel envers l'accès à la justice, avez-vous vu le rôle de la Cour ou peut-être son approche évoluer pour répondre aux besoins modernes des Canadiens? Le système de justice, du point de vue de la Cour, devient-il plus accessible?
Hon. Karakatsanis Eh bien, je pense qu'en ce qui concerne la Cour suprême du Canada, il ne fait aucun doute que la réponse est oui. Je commencerai par la façon dont nous rédigeons nos décisions. Nous écrivons effectivement pour le public, ainsi que pour les avocats et les juges. Et nous utilisons un langage simple afin que les gens puissent comprendre. Je rédige un aperçu qui indique… de quoi traite l'affaire, ce que je décide et pourquoi je le décide. Nous sommes tout à fait conscients que ce que nous écrivons est destiné au public. Cela fait partie de la responsabilisation de la Cour que d'expliquer notre décision d'une manière que le public peut comprendre. Nous sommes accessibles, nous sommes généreux… en permettant aux intervenants de présenter des observations devant nous. Ceux-ci vont des universitaires aux organisations de la société civile, en passant par les gouvernements et d'autres organisations, et leur participation améliore nos décisions. Car cela garantit non seulement que nous comprenons les conséquences de nos décisions pour une variété de… contextes différents, ce qui améliore nos décisions. Mais je pense que cela apporte également de la légitimité à notre travail. Nous écoutons… les points de vue et les perspectives de groupes et d'organisations de tout le pays. Je pense que cela fait également partie de l'accessibilité. Et enfin, je pense que chaque décision que nous rédigeons, nous pensons à l'accès à la justice. Il y a celles qui traitent de la procédure et du processus, qui ont un lien évident et direct avec les coûts et les délais. Mais même dans nos questions juridiques les plus de fond, nous devons tenir compte non seulement de ce qui est le plus juste dans les circonstances, mais aussi de la manière que cela aura un impact sur la capacité des gens à obtenir une résolution de leurs problèmes juridiques, ainsi que sur leur capacité à obtenir un résultat juste. Il y a donc toujours une gamme de décisions possibles, allant d'une audience individualisée complexe à quelque chose qui se rapproche d'une règle claire. Et ces options, je crois, sont également éclairées par ce qui fonctionnerait sur le terrain, ce qui serait accessible. Je devrais ajouter qu'indépendamment de mon travail de juge à la Cour suprême, je préside le Comité d'action national sur l'accès à la justice en matière civile et familiale. Dans cette capacité, je m'implique… auprès des intervenants et des partenaires de la justice de tout le pays pour tenter de trouver des moyens d'aider les gens à résoudre leurs problèmes juridiques… sans aller nécessairement au tribunal, si possible. C'est donc une perspective beaucoup plus large. C'est notre 13e année en tant que Comité d'action national, et je pense qu'il est juste de dire que l'accès à la justice fait partie de chaque conversation en matière de justice. C'est donc un réel progrès. Et il y a eu de superbes initiatives à travers le pays. Mais je pense que le consensus est qu'il subsiste un défi en matière d'accès à la justice que nous devons surmonter. Nous avons vraiment fait une priorité de parler aux Canadiens de la nature de notre travail. J'ai consacré des décennies à promouvoir l'accès à la justice dans divers rôles. Je suis convaincue que, pour transformer véritablement la culture juridique, il faut envisager la justice du point de vue de celles et ceux qui cherchent à résoudre leurs problèmes. Pour moi, une vision de la justice centrée sur la personne se doit de placer réellement les individus, les personnes, au cœur de notre travail afin de bâtir une justice adaptée, inclusive et accessible.
Hugo Martin Alors que la Cour fait face aux 150 prochaines années avec des défis que nous pouvons à peine imaginer, depuis… l'intelligence artificielle jusqu'aux nouvelles questions de vie privée numérique en passant par l'accès à la justice comme nous l'avons mentionné, quelle décision historique ou quel principe fondamental du passé de la Cour croyez-vous constituer la fondation la plus essentielle, et quelle part de cet héritage de 150 ans sera, selon vous, la plus critique pour naviguer vers notre avenir?
Hon. Karakatsanis C'est ma 15e année à la Cour et… j'ai vu des changements sociétaux et juridiques majeurs, ainsi que de très grandes affaires. Il y a eu des moments où je suis entrée dans une salle d'audience bondée avec un véritable sens de l'histoire, consciente que notre décision allait avoir un impact sur des millions de Canadiens. Cela apporte vraiment un profond sentiment… d'humilité et de responsabilité. Je pense donc à des affaires comme Carter, vous savez, le droit à la mort assistée par un médecin, Bedford, pour reconnaître la nécessité de concilier la sûreté et la sécurité des travailleuses et travailleurs du sexe avec l'ordre public, Jordan donnant effet au droit d'un accusé à un procès dans un délai raisonnable. Et l'intérêt du public à ce que les affaires soient jugées au fond. Et évidemment, des développements clés en droit autochtone. Ce sont des affaires qui marquent des changements sociétaux et juridiques majeurs, et elles impliquent des questions sociales controversées. Comme je l'ai dit, des personnes raisonnables, et pas seulement des avocats raisonnables, peuvent être en désaccord sur les bonnes réponses à ces questions. Ainsi, pour naviguer vers l'avenir, je pense que la clé est de maintenir la confiance du public… envers la Cour, envers la Cour suprême du Canada, de préserver la légitimité de la Cour. Le public se montre de plus en plus sceptique à l'égard des institutions publiques et nous ne pouvons pas tenir cette confiance et cette légitimité pour acquises. La Cour n'a aucun pouvoir d'exécution. Elle n'a que ses mots et son intégrité, et cela exige… l'acceptation du public. Dans notre travail, nous devons donc être à la fois explicites et transparents dans nos jugements lorsque nous répondons à ces questions difficiles, afin que le public puisse comprendre les réponses et avoir confiance en notre intégrité pour y répondre. Je pense donc qu'il y a deux aspects de l'héritage de 150 ans… que je considère comme les plus critiques. Le premier est l'héritage de notre jurisprudence relative à la Charte. C'est une jurisprudence qui est en fait citée partout dans le monde. Elle est enracinée dans un retour aux principes fondamentaux. Quels sont les intérêts que la Charte cherche à protéger? Quel genre de société essayait-elle de… protéger? Le juge en chef — enfin, je suppose qu'il était alors simplement le juge Brian Dickson dans l'affaire Big M Drug Mart — et j'adore cette citation : « Une société libre est une société qui vise l'égalité en ce qui concerne la jouissance des libertés fondamentales. Le genre de libertés que protège la Charte doit assurément être fondé sur le respect de la dignité intrinsèque et des droits inviolables de la personne humaine. » Retourner donc à ces principes fondamentaux, en identifiant pourquoi ces questions sont si importantes… je pense que cela aide toujours à guider lorsque l'on doit faire des choix difficiles. Mais ces décisions peuvent souvent aller à l'encontre de l'opinion publique, en particulier lorsqu'elles concernent les droits individuels ou les droits des minorités. Malheureusement, le public perçoit souvent ces droits comme étant les droits des criminels. C'est parce que nombre d'entre elles surgissent lorsqu'une personne est accusée d'une infraction. J'avais l'habitude de dire aux étudiants du secondaire, lorsque j'étais juge de première instance et qu'ils venaient assister à nos requêtes en vertu de la Charte, que… nous n'entendons parler des affaires que lorsque la police effectue une perquisition et trouve de la drogue. C'est à ce moment-là qu'une accusation est portée. Nous n'entendons jamais parler des affaires où une perquisition est effectuée et où l'on ne trouve rien. Je rappellerais à ces étudiants que ce sont ces décisions qui définissent les droits et limitent les pouvoirs de la police, non pas pour ces accusés, mais pour tout le monde. Pour eux, pour moi, pour nos amis, notre famille, nos voisins. Ce sont les droits et libertés fondamentaux qui appartiennent à chaque personne dans la société. Et c'est quelque chose qu'il est bon de rappeler au public. Mais elles apparaissent dans les affaires criminelles. C'est là que ces droits sont définis et que les limites du pouvoir de l'État sont définies. Notre jurisprudence relative à la Charte… est donc très solide, fondamentale, enracinée dans les principes fondamentaux, et je pense qu'elle fournira une base très solide pour l'avenir. Et ensuite, en second lieu, j'ajouterais quelque chose que j'ai fini par ressentir plus fortement avec le temps, à savoir que la règle de droit concerne la justice. Lorsque nous articulons nos motifs pour… décider d'une affaire d'une manière particulière, il convient de se rappeler que la règle concerne bien plus que de simples règles et bien plus que le simple droit. Elle concerne la justice. J'adore ce rappel de Martin Luther King Jr. selon lequel « le long arc de l'univers moral doit s'incurver vers la justice », car le droit n'est pas seulement la règle de droit. Il doit s'agir d'une règle de droit juste. Je suis juge depuis 23 ans et j'en suis venue à croire que la qualité judiciaire la plus importante est l'humilité et l'humanité. Car en fin de compte, chaque loi, chaque décision concerne des personnes. En tant que juges, nous devons apporter notre indépendance d'esprit avec l'humilité de l'âme, en reconnaissant que… la justice est un bien commun et un droit humain fondamental. Pour moi, la primauté du droit, la règle du droit, n'est pas seulement une question de règle ni une question de droit, mais c'est une question de justice. Nous sommes tous animés par l'engagement envers une société plus juste qui contribue à une vie meilleure pour toutes et tous. La justice est un bien commun et un besoin humain fondamental. Merci. Merci. Oh, merci.
Outro STD EN (24:00) Merci de nous avoir rejoints pour cet épisode de Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes. Comme nous l'avons exploré aujourd'hui, le droit n'est pas statique, il est vivant. Chaque décision de la Cour suprême ajoute une pierre à la fondation de notre société. Pour des liens vers les décisions discutées et plus d'informations sur nos invités, visitez shaping-canada.ca et assurez-vous de lire les notes d'émission. Abonnez-vous sur votre plateforme de balado préférée pour ne rien manquer de cette série marquant le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada. Merci à tous ceux et celles qui ont contribué à ce projet. La Cour suprême du Canada, le très honorable Richard Wagner, juge en chef du Canada, les honorables Nicolas Kasirer, Suzanne Côté, Andromache Karakatsanis, Sheila Martin, Malcolm Rowe, Mahmoud Jamal, Michelle O'Bonsawin et Marie-Josée Hogue. Les professeurs Louise Langevin, Jocelyn Downie, Kerri Froc, Naomi Metallic, Karen Drake, Denis Nadeau, Félix Mathieu, Érik Labelle Eastaugh, Marcus Moore, Joel Bakan, Howard Kislowitz, Richard Moon et François Tanguay-Renault. Merci à maître Michel Lebrun, Mmes Sandrine Raymond, Laurence Lapérière et Laurence Thériault, M. Peter Warren, et notre productrice, Constance Saint-Pierre. Ce projet a été rendu possible grâce au gouvernement du Canada. Je suis Hugo Martin. À la prochaine.
Full transcript
Transcript – Shaping Canada
150 years of landmark decisions
Episode 06 – Justice Andromache Karakatsanis
Duration: 00:27:49
Narration (00:02) Welcome to Shaping Canada, 150 years of landmark decisions. The Canada we know today wasn't built by chance. Argument by argument, judgment by judgment, it was forged by law within a unique justice system born from the union of the civil law and common law and increasingly Indigenous legal traditions.
Narration (00:32) In this series, we mark the Supreme Court of Canada's 150th anniversary by decoding some rulings that defined our rights, our freedoms, and our collective identity. From criminal law to Indigenous rights and the division of powers, the decisions we chose to share with you are not just ancient history. They still shape our reality today.
Narration (00:58) I am your host, Hugo Martin, and I ask you to join me for exclusive conversations with the nine justices of the Supreme Court and leading constitutional experts as we uncover the context, the impact, and the lasting legacy of these judgments.
Hugo Martin (01:11) Madame Justice Karakatsanis, welcome. Thank you for being with us.
Juge Karakatsanis (01:18) Merci de participer à Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes. Merci à vous. C'est un plaisir.
Hugo Martin (01:25) It is a pleasure to speak with you as the first Greek-Canadian justice and the court's current longest-serving justice of the Supreme Court.
Juge Karakatsanis (01:31) (rires) It doesn't always feel that way, but sometimes it does.
Hugo Martin (01:36) Your career path is remarkable for its diversity. It includes private practice in criminal, civil, and family law, followed by 15 years in senior leadership roles within the Ontario Public Service. This path culminated in your appointment to the Ontario Superior Court of Justice in 2002 and the Court of Appeal for Ontario in 2010.
Hugo Martin (02:18) Throughout your career, you have been recognized as a pragmatic jurist, deeply committed to making the justice system more accessible. This is a theme evident in your use of clear and direct language in your judicial decisions. Your judgments have often had a profound impact practically.
Hugo Martin (02:45) I'm thinking, for example, Hryniak v. Mauldin in 2014, which you authored and which reformed how our courts approach civil disputes to promote more timely and affordable justice. It was as early as 2014. I also think of your work in court cases like R. v. Goldfinch in 2019 and your partial dissent in R. v. Boutilier in 2017, where you provided guidance on issues from protecting complainants in sexual assaults to safeguarding the Charter rights of offenders.
Hugo Martin (03:22) Speaking of Hryniak v. Mauldin, you wrote that a shift in culture is required. You championed the principle of proportionality, stating that the best form for resolving a dispute is not always that with the most painstaking procedure, and calling for proportional procedures tailored to the needs of the particular case. This was a call to move the system away from the conventional full trials as default answer in favor of more affordable, timely, and just ways to adjudicate claims. What drove you to author such a strong, unanimous call for this cultural reform?
Juge Karakatsanis (04:00) Well, thank you, and thank you for having me on this podcast. We all bring our experiences and our perspectives with us to this job, and there's no doubt that my different experiences in the justice system is something that informs the way I do my work.
Juge Karakatsanis (04:26) So I had witnessed firsthand the struggles of ordinary Canadians in accessing affordable and timely justice, both in their individual cases, but also from the perspective of the justice system. As a lawyer, an adjudicator in an administrative tribunal, and in the courts, I saw the procedural delays and barriers for the litigants. And then, as Deputy Minister of Justice, with responsibility for the administration of the courts and oversight of tribunals, I approached those challenges from a different perspective, from legal policy and systemic efficiency and accountability.
Juge Karakatsanis (05:22) So any kind of legal rule has to work at both a principled systemic level—it has to be coherent—but it also has to work on the ground. It has to be something that judges can apply, it has to be something that works for the person, the people who are at the heart of our work.
Juge Karakatsanis (05:49) So Hryniak was about one rule of civil procedure in one province. But the court saw Hryniak as the means to call for a culture change, to try to address the challenges of access to justice by giving judges flexibility that they needed to work within the civil processes of all jurisdictions, by emphasizing the need for the process to fit the particular case.
Juge Karakatsanis (06:23) I have to say that Hryniak, I think, is one of our most cited cases, and a decade later, I still get judges and lawyers thanking me for the procedural flexibility, [knowing] they felt that they could take responsibility for their cases. As for the question why, in the judgment itself we say: without an effective means of enforcing rights, the rule of law is threatened.
Hugo Martin (06:40) This court has been a champion of making the justice system more accessible and more timely. This was as early as 2014 in a civil case. So we're not just talking prosecuting faster; we're talking about how can we make this system accessible and timely, including the civil system. I think it was very inspiring, and I must say that Hryniak—myself, I like to throw it in when I plead once in a while.
Hugo Martin (07:22) You know, I mean, I think we sometimes forget that the justice system is there for people, and that if someone feels that they've been treated unfairly, unjustly, that really gets in the way of living a good life. So, sometimes it's a good reminder.
Hugo Martin (07:44) I'd like to turn to your work in criminal law and talk about R. v. Goldfinch — not the book, nor the song. You wrote for the majority ruling that the label "friends with benefits", to describe a relationship, could not be admitted simply as context. So you found that it risked inviting the jury to engage in an harmful and discredited myth about a victim's sexual behavior.
Hugo Martin (08:24) This highlights the immense challenge of balancing an accused's rights to a fair trial with the need to protect a victim's dignity, privacy, and their right to a trial free from discrimination and stereotypes. Could you walk us through why it is so critical to prevent these myths from undermining the truth-seeking process?
Juge Karakatsanis (08:52) Right. Well, thank you for that question. I'll start by saying I love the criminal law, I always have. It raises fundamental questions about the kind of society we want to live in, about the rights and freedoms of individuals on the one hand, and our right to a peaceful and safe society as well. So it is all about balancing these complex and sometimes competing rights, and I've loved criminal law since law school and throughout my career.
Juge Karakatsanis (09:41) Sexual assault cases raise additional concerns, not only about an accused person's right to full answer and defense—and of course the presumption of innocence—but also about the dignity and privacy of a complainant. And I did many sexual assault cases as a trial judge, and they were challenging, but the focus of every criminal trial is truth-seeking. Criminal trials call for evidence; there's no room for myths, especially those based on a victim's sexual behavior.
Juge Karakatsanis (10:33) So Goldfinch, I think, really recognized how insidious those myths can be. It was the evidence about, you know, prior sexual activity between them and its relevance to the issue of consent. And by focusing on the modern definition of consent, and on really telling judges that context could not be a substitute for precision in identifying precisely how sexual behavior can sometimes be relevant, it was a reminder, yes, of the importance of an accused person's right to a fair trial, but also, as you said, the profound need to protect a victim's dignity, privacy, and the right to a trial for all, for society, that is free from discrimination and stereotypes.
Hugo Martin (11:30) I'd like to turn to another area where you've written about the government's power in the sentencing process, the punishment to impose on a criminal. In your partial dissent in R. v. Boutilier—which I think should have been the majority opinion…
Juge Karakatsanis (11:53) (rires) I feel that way every time I write a dissent!
Hugo Martin (11:55) But you raised an alarm about the law that allows a court to designate someone as a dangerous offender, the labeling of… The criminal code at the time was modified by changing the word "may" to "shall", and therefore removed the judge's discretion—I would say the option—and as a result, more or less forced them to impose what could be a grossly disproportionate and unconstitutional sentence of indefinite detention, even if the trial judge felt it was unwarranted.
Hugo Martin (12:35) This speaks directly to your concerns about state powers, which you've raised in other dissents. Could you elaborate on the importance of discretion as a Charter safeguard in our justice system?
Juge Karakatsanis (12:56) Okay, thank you. Well, the charter has given judges both the responsibility and the duty to ensure that state powers and legislation comply with the Constitution. So we are asked sometimes to strike down legislation that's passed for public safety purposes. That is a job that the charter gives us.
Juge Karakatsanis (13:30) So we start by looking at the underlying principles. We value an individual's rights, but we also, as I said earlier, want to live in a safe society. So it's a fundamental principle of criminal law that a person is punished for their moral blameworthiness and the gravity of the offense. Our criminal law has always been built on a strong tradition that the punishment must fit the crime.
Juge Karakatsanis (14:12) Dangerous offender applications kind of sit at the convergence of all of these competing principles and interests. And the idea of indefinite incarceration was new with the dangerous offender regime, and indefinite incarceration not for what the person has done, but for what they might do. I think that makes them particularly challenging.
Juge Karakatsanis (14:48) I signed off on dangerous offender applications when I was a Deputy Minister of Justice, the Deputy Attorney General in Ontario, and I dealt with them as a trial judge, and of course now as an appeal court judge. But you ask about judicial discretion, and judicial discretion can be a safety valve, as our court has said in the context of minimum sentences, and it can be a way to preserve Parliament's policy choice while still permitting a judge the discretion in an exceptional case where the decision would breach the individual's constitutional rights.
Juge Karakatsanis (15:42) So, you know, that's something that our court has set out in its jurisprudence. Judicial discretion, the trial judge at first instance—that's deeply ingrained in our system of justice and our system of criminal justice.
Hugo Martin (15:58) Madam Justice, you have been on the court since 2011, a period of incredible societal and technological change. From this unique vantage point, and given your personal commitment to access to justice, has the justice system, from the court's perspective, become more accessible?
Juge Karakatsanis (16:32) Well, I think in terms of the Supreme Court of Canada, there's no doubt that the answer is yes. I'll start by the way we write our decisions. We do write for the public, as well as for the lawyers and the judges, and we use plain language so that people can understand. I write an overview that will tell a layperson what the case is about, what I decide, and why I decide it.
Juge Karakatsanis (17:21) We are very much aware that what we write is for the public. It's part of the accountability of the court to explain our decision in a way that the public can understand. We're generous in allowing interveners to make submissions before us—from academics, from social society organizations, governments, other organizations—and their participation makes our decisions better.
Hugo Martin (17:58) Sometimes you even invite interveners…
Juge Karakatsanis (18:03) Sometimes we do. Because it not only makes sure that we understand the consequences of our decisions for a variety of different contexts, it makes our decisions better, but I think it also brings legitimacy to our work. We are listening to the views and perspectives of groups and organizations from across the country. I think that is part of accessibility as well.
Juge Karakatsanis (18:49) Every decision we write, when we're making substantive decisions, we think about access to justice. Every decision in a Supreme Court—those that deal with procedure and process, and they have an obvious and direct relationship to cost and delay—but even in our most substantive legal issues, we need to consider not only what is most just in the circumstances, but how it will impact on people's ability to access resolution to their legal problems, as well as their ability to obtain a just result.
Juge Karakatsanis (19:43) So, you know, there's always a range of possible decisions from one that involves a complex individualized hearing to something that's closer to a bright line rule. And those options, I think, are informed as well by what will work on the ground, what would be accessible.
Juge Karakatsanis (20:07) I should add that quite apart from my job as a Supreme Court judge, I chair the National Action Committee on Access to Justice on Civil and Family Matters. So in that capacity, I am involved with stakeholders and justice partners from across the country in trying to find ways to help people resolve their legal problems without going to court sometimes, if possible. So that's a much broader perspective.
Juge Karakatsanis (20:41) Even in that context, I have to say because we're just now, this is our 13th year as a National Action Committee, I think it's fair to say that access to justice is part of every conversation in justice. So that's real progress, and there have been some really exciting initiatives across the country. But I think the consensus is there still is an access to justice challenge that we need to overcome, and we need to rededicate ourselves to it.
Juge Karakatsanis (20:55, en français) J'ai consacré des décennies à promouvoir l'accès à la justice dans divers rôles. Je suis convaincue que, pour transformer vraiment la culture juridique, il faut envisager la justice du point de vue de celles et ceux qui cherchent à résoudre leurs problèmes. Pour moi, une vision de la justice centrée sur la personne se doit de placer réellement les individus, les personnes, au cœur de notre travail afin de bâtir une justice adaptée, inclusive et accessible.
Hugo Martin (21:40) Madam Justice Karakatsanis, this podcast series is about 150 years of landmark decisions that have shaped Canada. As the court faces the next 150 years with challenges that we can barely imagine—from artificial intelligence to new issues of digital privacy, to access to justice like we said—what landmark decision or core principle from the court's past form the most essential foundation, and what part of that 150-year legacy will be, in your view, the most critical for navigating our future?
Juge Karakatsanis (22:24) Okay, well, that's a big question! This is my 15th year on the court, and I've seen major societal and legal changes and some very big cases. There have been times when I've entered a packed courtroom with a real sense of history, recognizing that our decision was going to impact millions of Canadians. It really brings a profound sense of humility and responsibility.
Juge Karakatsanis (23:08) I mean, I'm thinking about cases like Carter (the right to physician-assisted death), Bedford (to recognize the need to balance safety and security of sex workers with public order), Jordan (giving effect to an accused's right to a trial within a reasonable time and the public's interest in having cases decided on the merits), and obviously key developments in Aboriginal law. These are cases that mark major societal and legal changes, and they involve controversial social issues. So as I said, reasonable people, not just reasonable lawyers, can disagree on the right answers to these questions.
Juge Karakatsanis (24:04) So in navigating the future, I think the key is to maintain the public confidence and the legitimacy of the Supreme Court of Canada. The public is increasingly skeptical of public institutions, and we cannot take that confidence and that legitimacy for granted. The court has no enforcement power; it has only its words and its integrity, and that requires public acceptance. So in our work, we've got to be both explicit and transparent in our judgments when we answer these difficult questions, so that the public can understand the answers and have confidence in our integrity in answering those questions.
Juge Karakatsanis (25:01) I think there are two aspects of the 150-year legacy that I would view most critical. First is the legacy of our Charter jurisprudence. It is jurisprudence that is actually cited around the world, and it is rooted, going back to first principles: what are the interests that the Charter seeks to protect? What kind of society was it trying to protect?
Juge Karakatsanis (25:38) As then-Justice Brian Dickson said in Big M Drug Mart—and I love this quote: "A free society is one which aims at equality with respect to the enjoyment of fundamental freedoms. The kind of freedoms the Charter protects must surely be founded in respect for the inherent dignity and inviolable rights of the human person".
Juge Karakatsanis (26:12) So going back to those first principles, identifying why these questions are so important, I think always helps guide you when you have to make some difficult choices. But those decisions can often run against public opinion, especially when they're about individual rights or minority rights. Unfortunately, the public often sees these rights as rights of criminals. That's because many of them arise when someone is charged with an offense.
Juge Karakatsanis (26:50) I used to tell the high school students, when I was a trial judge and they would come in to watch our Charter motions, I used to tell them that we only hear about the cases when the police do a search and they find the drugs—that's when a charge is laid. We never hear about the cases where there's a search and nothing is found. So I would remind those students that it is those decisions that define the rights and limit the police powers, not for those accused, but for everyone—for them, for me, for our friends, our family, our neighbors. These are the fundamental rights and freedoms that belong to every person in society, and that's something worth reminding the public of.
Juge Karakatsanis (27:58) And second, I would add something that I've come to feel more strongly over time, and that is that the rule of law is about justice. When we are articulating our reasons for deciding a case in a particular way, it's worth remembering that the rule of law is about more than just rules and more than about law; it's about justice. I love Martin Luther King Jr.'s reminder that the long arc of the moral universe must bend towards justice. Law is not just the rule of law; it must be a just rule of law.
Juge Karakatsanis (28:40) I've been a judge for 23 years, and I've come to believe that the most important judicial quality is humility and humanity, because ultimately every law, every decision is about people. As judges, we must bring our independence of thought with humility of spirit, recognizing that justice is a common good and a basic human right.
Juge Karakatsanis (28:40, en français) Pour moi, la primauté du droit, la règle du droit, n'est pas seulement une question de règle ni une question de droit, mais c'est une question de justice. Nous sommes tous animés par l'engagement envers une société plus juste qui contribue à une vie meilleure pour toutes et tous. La justice est un bien commun et un besoin humain fondamental.
Hugo Martin (29:05) Madame Justice Karakatsanis, merci beaucoup d'avoir partagé votre expérience avec nous, mais d'avoir aussi été aussi généreuse. Thank you.
Juge Karakatsanis (29:16) Oh, thank you.
Narration (29:45) Thank you for joining us for this episode of Shaping Canada, 150 years of landmark decisions. As we've explored today, the law is not static, it is living. Every Supreme Court ruling adds another stone to the foundation of our society.
Narration (30:08) For links to the decisions discussed and more information about our guests, visit shaping-canada.ca and make sure to read the show notes. Subscribe on your favorite podcatcher so you don't miss any part of this series marking the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada.
Narration (30:30) Thank you to everyone who contributed to this project: the Supreme Court of Canada, the Right Honorable Richard Wagner, Chief Justice of Canada; the Honourables Nicolas Kasirer, Suzanne Côté, Andromache Karakatsanis, Sheila Martin, Malcolm Rowe, Mahmoud Jamal, Michelle O'Bonsawin, and Mary Moreau; Professors Louise Langevin, Jocelyn Downie, Kerry Froc, Naomi Metallic, Karen Drake, Denis Nadeau, Félix Mathieu, Éric Labelle-Eastaugh, Marcus Moore, Joel Bakan, Howie Kislowicz, Richard Moon, and François Tanguay-Renault.
Narration (31:15) Thank you to Maître Michel Lebrun, Miss Sandrine Raymond, Laurence Leperrière, and Laurence Thériault, Mr. Peter Warren, and our producer, Constance Saint-Pierre.
Narration (31:30) This project has been made possible by the Government of Canada. I am Hugo Martin. Until next time.
Blog article
"Humility and Humanity": The Case for Justice on a Human Scale
Justice Andromache Karakatsanis and her call for a "culture shift"
Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions — Episode 6, with the Honourable Andromache Karakatsanis
The year 2025 marks the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada. As part of our commemorative series, we had the privilege of speaking with Justice Andromache Karakatsanis, the first Canadian of Greek descent to sit on the country's highest court — and, today, its longest-serving justice.
Her path is a rare one: private practice, then senior leadership at the very top of the Ontario public service, before the bench. That experience as a high-level administrator gives her a deeply pragmatic view of institutions, grounded in the realities of the field. Our conversation quickly revealed the thread running through her career: a determination to bring about a "culture shift" that makes justice more accessible and less costly. It is a pursuit that, in her view, demands a person-centred conception of justice — and judges who show, above all, humility and humanity.
The State of the Law: The Need for a "Culture Shift"
Before joining the Supreme Court, Justice Karakatsanis practised criminal, civil, and family law before spending some fifteen years in senior leadership across the Ontario public service — rising to Deputy Attorney General of Ontario and then Secretary of the Cabinet and Clerk of the Executive Council, the province's most senior public servant.
From those many vantage points, she had a front-row view of the difficulties Canadians face in reaching affordable and timely justice. As a lawyer and before administrative tribunals, she saw the procedural delays and barriers confronting litigants; as Deputy Minister of Justice, responsible for the administration of the courts, she approached the same problems through the lens of legal policy, systemic efficiency, and accountability. For her, a legal rule must be coherent in principle, but it must also work on the ground — something judges can apply, and something that serves the people at the heart of the courts' work. Without an effective means of enforcing rights, she reminds us, the rule of law itself is threatened. That conviction is what led to her call for fundamental reform.
The Case of Hryniak v. Mauldin: When Efficiency Meets Fairness
To promote more timely and affordable justice, Justice Karakatsanis authored the Supreme Court's unanimous decision in Hryniak v. Mauldin (2014). What began as a case about a single rule of civil procedure in a single province became the vehicle for a call to genuine culture change.
At its heart lies the principle of proportionality: the best forum for resolving a dispute, she wrote, is not always the one with the most painstaking procedure. Hryniak moved the system away from the conventional full trial as the default answer, in favour of proportionate procedures tailored to the needs of each case. She sees in it a direct source of accessibility — the decision gives judges the flexibility to fit the process to the dispute. A decade on, she notes, Hryniak remains one of the Court's most-cited rulings, and judges and lawyers still thank her for the latitude that lets them take responsibility for their own cases.
Criminal Law: Balancing Rights and Countering Myths
Her commitment to access to justice carries into her approach to criminal law — a field she loves precisely because it raises fundamental questions about the kind of society we want, and about the balance between the rights of the individual and everyone's right to a peaceful, safe society.
In R. v. Goldfinch (2019), writing for the majority, she held that a label like "friends with benefits" could not be admitted simply as "context" in a sexual assault trial, at the risk of inviting the jury to indulge harmful and discredited myths about a complainant's sexual behaviour. The focus of every criminal trial, she insists, is truth-seeking, and there is no room for such myths; context can never be a substitute for precision in identifying exactly how a person's sexual behaviour might, in a given case, be relevant. The task is to protect the complainant's dignity and privacy against discrimination and stereotype, while safeguarding the accused's right to a fair trial.
The Vital Role of Judicial Discretion
Justice Karakatsanis has also voiced serious concerns about the powers of the state. In her partial dissent in R. v. Boutilier (2017), she sounded the alarm over the erosion of judicial discretion — the shift from "may" to "shall" in the Criminal Code's dangerous-offender provisions. What makes the issue so difficult, she notes, is the very nature of indefinite detention: a person is no longer confined for what they have done, but for what they might do.
Yet it is a cardinal principle of criminal law that punishment must be proportionate to the gravity of the offence and to moral blameworthiness. Judicial discretion, in that light, acts as a safety valve: it can preserve Parliament's policy choice while allowing a judge, in the exceptional case, to avoid a sentence that would be grossly disproportionate and unconstitutional. That tension reflects a broader truth about Charter litigation, where fundamental values compete — and where, she readily acknowledges, reasonable judges can disagree, which is why transparent reasons that name the principles at stake, and how they are weighed, matter so much.
The Future: The Charter, a Beacon for All
After fifteen years on the Court, Justice Karakatsanis has witnessed sweeping social and legal change — and some very big cases: Carter and medical assistance in dying, Bedford and the safety and security of sex workers, Jordan and the right to be tried within a reasonable time, along with major developments in Indigenous law. These are decisions, she notes, on which reasonable people — not just reasonable lawyers — can differ.
Facing the challenges ahead, from artificial intelligence to digital privacy, she points to two parts of the 150-year legacy she considers most essential. The first is the Court's Charter jurisprudence, cited around the world and rooted in first principles. She finds its clearest expression in Justice Brian Dickson, who wrote in R. v. Big M Drug Mart that the freedoms the Charter protects must be founded on respect for the inherent dignity and inviolable rights of the human person. The second is the demand for justice itself: echoing Martin Luther King's image of the moral arc of the universe bending toward justice, she insists that the rule of law must be more than a matter of rules — it must be a just rule of law.
Such decisions often run against public opinion, especially when they concern the rights of minorities or of the accused. When she was a trial judge and high-school students came to watch Charter motions, she would remind them that we only hear about a search when the police find something and lay a charge — never about the searches that turn up nothing. Yet it is precisely those rulings that define our rights and limit the power of the state, not for the accused alone, but for everyone — for us, our families, our neighbours. Because the Court has no power of enforcement, only its words and its integrity, maintaining public confidence and legitimacy through clear, transparent judgments is, for her, the key to the next 150 years.
About Our Guest
The Honourable Andromache Karakatsanis was born in Toronto, the daughter of Greek immigrants. A graduate in English literature from the University of Toronto and in law from Osgoode Hall Law School (York University), she was called to the Ontario Bar in 1982 and practised criminal, civil, and family litigation. Her public-service career carried her from the helm of the Liquor Licence Board of Ontario to Deputy Attorney General of the province, and then to Secretary of the Cabinet and Clerk of the Executive Council — Ontario's most senior public servant, leading the entire provincial public service.
Appointed to the Ontario Superior Court of Justice in 2002 and to the Court of Appeal for Ontario in 2010, she was elevated to the Supreme Court of Canada in October 2011, becoming the first justice of Greek descent in the country. Known for her pragmatism and for the clarity of her judgments, she received an honorary Doctor of Laws from the Law Society of Ontario in 2022. She chairs the National Action Committee on Access to Justice in Civil and Family Matters.
Conclusion: People-Centred Justice
To truly transform legal culture, Justice Karakatsanis believes, we must view justice from the perspective of those seeking to resolve their problems, and place people at the very heart of the courts' work — in order to build a justice system that is responsive, inclusive, and accessible. The most important judicial qualities, in her eyes, are humility and humanity, because in the end every law and every decision is about people. Justice, she concludes, is a common good and a fundamental human need.
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Want to hear Justice Karakatsanis in her own words — on the "culture shift," the balance between rights and state power, and justice on a human scale? Listen to Episode 6 of Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions, available on your favourite podcast platform. Subscribe to catch every episode of our 150th anniversary series, share it with your colleagues and friends, and tell us in the comments which Supreme Court decision you believe has most shaped Canada.
Invitée : L'honorable Andromache Karakatsanis, juge à la Cour suprême du Canada
Animation : Me Hugo Martin · Réalisation : Me Hugo Martin
Recherche : Laurence Thériault
Révision et édition : Laurence Laperriere, Laurence Thériault
Production : Rivercast Média s.a.
Guest: The Honourable Andromache Karakatsanis, Justice of the Supreme Court of Canada
Hosting: Me Hugo Martin · Direction: Me Hugo Martin
Research: Laurence Thériault
Editing and revision: Laurence Laperriere, Laurence Thériault
Production: Rivercast Média s.a.