Entretien avec l'honorable Michelle O'Bonsawin
Entretien historique avec l’honorable Michelle O’Bonsawin, première personne autochtone à siéger à la Cour suprême du Canada.
Franco-Ontarienne et Abénakise de la Première Nation d’Odanak, elle partage son parcours unique, de Hanmer près de Sudbury jusqu’au plus haut tribunal du pays. Elle aborde la surreprésentation carcérale autochtone (32 % des hommes, 50 % des femmes incarcérés), l’héritage des arrêts Gladue et Ipeelee, et trois décisions marquantes qu’elle a contribué à façonner : C-92 sur l’autonomie des services à l’enfance, Jim Shot Both Sides et Restoule.
Une réflexion profonde sur la réconciliation vue comme un chemin vers l’avant.
CONTENU
Un parcours ancré dans deux cultures
Michelle O’Bonsawin a grandi à Hanmer, près de Sudbury en Ontario, dans une famille franco-ontarienne et abénakise de la Première Nation d’Odanak. Son parcours académique l’a menée jusqu’au doctorat en droit à l’Université d’Ottawa, où sa thèse portait sur l’application des principes Gladue dans les commissions d’examen en santé mentale.
La surreprésentation carcérale : des chiffres « effrayants »
Les statistiques sont saisissantes : les hommes autochtones représentent environ 32 % de la population carcérale; pour les femmes autochtones, c’est « encore plus effrayant » — environ 50 %. « Nous sommes 5 % de la population canadienne, mais nos chiffres sont tellement élevés. Il y a vraiment un débalancement. »
Les causes sont multiples : colonisation, écoles résidentielles, écoles de jour, discrimination, traumatisme intergénérationnel. « Je ne sais pas s’il y a une chose en particulier. Je pense qu’il y a une amalgamation de plusieurs choses. »
L’arrêt Gladue (1999) : une obligation pour les juges
En 1995-1996, le Parlement a modifié le Code criminel en ajoutant l’alinéa 718(2)e), obligeant les juges à considérer la situation particulière des délinquants autochtones lors de la détermination de la peine. L’affaire Gladue a été la première interprétation de cette disposition par la Cour suprême.
Tanis Gladue était une jeune femme autochtone de 19 ans, mère de deux enfants et enceinte, qui avait poignardé son conjoint après avoir appris son infidélité avec sa sœur. La Cour a établi que les juges ont l’obligation de considérer les circonstances particulières des délinquants autochtones, « avec l’espoir futur de voir les chiffres s’abaisser ».
Ipeelee (2012) : le constat d’échec
Treize ans plus tard, dans l’arrêt Ipeelee, la Cour a dû constater que malgré Gladue, « les chiffres ont continué à monter ». Elle a réitéré les obligations des juges et noté que ceux-ci « ne remplissent pas leurs obligations à tout moment ».
Une recherche de 2018 des professeures Marie-Ève Sylvestre et Denise Boileau de l’Université d’Ottawa a confirmé que « ce n’est pas automatique que les juges prennent tous leur rôle » en vertu de l’alinéa 718(2)e).
Trois décisions marquantes en droit autochtone
Depuis son arrivée à la Cour, la juge O’Bonsawin a contribué à trois décisions majeures :
- Renvoi relatif à la Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis (C-92) — Décision unanime (9-0) confirmant que les peuples autochtones ont le droit de traiter « d’une façon souveraine » des questions d’enfance, de jeunesse et de famille dans leurs propres communautés. « C’est la première fois que notre Cour a déterminé que les peuples autochtones au Canada ont un droit [d’autonomie gouvernementale] au sujet des questions de l’enfance. »
- Jim Shot Both Sides — Décision dont elle est l’auteure, concernant le Blood Tribe et la surface appropriée de leur réserve en vertu du traité. Elle a émis « une déclaration qui déterminait que la Couronne avait agi à titre déshonorable » et exprimé l’espoir d’une réconciliation future.
- Restoule — Décision unanime (9-0) rédigée par le juge Jamal sur l’interprétation des annuités des peuples Anishinaabe des traités Robinson-Huron et Robinson-Superior. La Cour a déterminé que la Couronne avait agi de façon déshonorante et « fortement recommandé aux parties de retourner à la table de négociations ».
La réconciliation : regarder vers l’avant
La juge O’Bonsawin partage la vision de son mentor, l’honorable Murray Sinclair : « Michelle, c’est vraiment important de pas juste miser sur le passé. La réconciliation, c’est beaucoup plus. »
Pour elle, la réconciliation est « du positif » : « C’est de se comprendre l’un l’autre, que la population canadienne puisse comprendre l’impact que le tout a eu sur notre peuple, mais aussi de regarder l’avenir puis de marcher dans la même voie, dans la même direction. »
Le rôle de la Cour et ses limites
La juge O’Bonsawin explique que la Cour n’est « pas une Cour qui a assez de faire du lobbying ». Elle rend des décisions « directement reliées à la situation de faits et les plaidoiries telles qu’elles nous sont présentées ». Quant à savoir combien de fois la Cour doit intervenir sur la surreprésentation carcérale : « C’est vraiment une question sociale. C’est une question parlementaire. Ce n’est pas nécessairement une question de la Cour suprême. »
La santé mentale : briser le stigma
Avant sa nomination, Michelle O’Bonsawin a travaillé au Groupe des services de santé Royal d’Ottawa sur les questions de santé mentale. Elle continue d’en parler comme conférencière, s’adressant à trois groupes : ceux qui sont touchés directement, les proches aidants, et « les non-croyants » qu’elle invite à s’auto-éduquer. « Le plus que nous en parlons, le moins qu’il y aura de stigma.»
Elle reconnaît que le stress du travail à la Cour affecte aussi les juges : « Des fois, on va moins bien dormir parce que nous allons penser au dossier.»
Le devoir de réserve
La juge explique cette obligation : « Nous ne voulons pas nous prononcer sur un dossier futur. Nous ne voulons pas émettre une opinion pour que plus tard, quelqu’un puisse dire que cette juge-là est en conflit d’intérêt. »
L’intérêt national vs l’intérêt privé
Même une affaire apparemment « minuscule » comme Koseki (un litige immobilier entre deux personnes) a un intérêt national : « Il y a quand même l’interprétation des différentes législations provinciales. Donc il y a un grand impact sur la population ontarienne au large.»
Décisions marquantes mentionnées
- R. c. Gladue (1999) — Obligation de considérer les circonstances des délinquants autochtones
- R. c. Ipeelee (2012) — Réaffirmation des principes Gladue
- Renvoi relatif à la Loi C-92 (2024) — Autonomie gouvernementale autochtone en matière de services à l’enfance
- Jim Shot Both Sides (2024) — Surface de la réserve du Blood Tribe; conduite déshonorante de la Couronne
- Restoule (2024) — Annuités des traités Robinson; conduite déshonorante de la Couronne
Concepts juridiques expliqués
- Alinéa 718(2)e) du Code criminel — Obligation de considérer la situation particulière des délinquants autochtones
- Principes Gladue — Cadre d’analyse pour la détermination de la peine des Autochtones
- Rapport Gladue — Document présentant les circonstances particulières d’un délinquant autochtone
- Autonomie gouvernementale — Droit des peuples autochtones de se gouverner eux-mêmes
- Honneur de la Couronne — Obligation de la Couronne d’agir honorablement envers les peuples autochtones
- Devoir de réserve — Obligation des juges de ne pas se prononcer sur des questions futures
- Connaissance d’office — Faits qu’un tribunal peut reconnaître sans preuve formelle
Ressources
- Code criminel — Alinéa 718(2)e)
- Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis (C-92)
- Traité no 7 — Blood Tribe
- Traités Robinson-Huron et Robinson-Superior — Annuités des Anishinaabe
- Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones
L’honorable Michelle O’Bonsawin, juge à la Cour suprême du Canada
Michelle O’Bonsawin est née et a grandi à Hanmer, près de Sudbury en Ontario, dans une famille franco-ontarienne. Elle est membre de la Première Nation abénakise d’Odanak. Son parcours académique comprend un doctorat en droit de l’Université d’Ottawa, où sa thèse portait sur l’application des principes Gladue dans les commissions d’examen en santé mentale.
Avant sa carrière judiciaire, elle a travaillé au Groupe des services de santé Royal d’Ottawa, développant une expertise sur les questions juridiques liées à la santé mentale et aux droits des Autochtones. Elle a ensuite été nommée juge à la Cour supérieure de l’Ontario.
Sa nomination à la Cour suprême du Canada en septembre 2022 a marqué un jalon historique : elle est devenue la première personne autochtone à siéger au plus haut tribunal du pays. Dans son questionnaire de candidature, elle avait identifié sa « contribution la plus importante » comme étant son « effort pour aider toutes les personnes impliquées dans le système judiciaire et de santé mentale avec un accent particulier à l’égard des peuples autochtones ».
Elle considère son mentor, l’honorable Murray Sinclair (ancien sénateur et président de la Commission de vérité et réconciliation), comme une influence majeure dans sa vision de la réconciliation.
Quiz — Testez vos connaissances
1. Quelle « première » la nomination de la juge O’Bonsawin a-t-elle créée à la Cour suprême en 2022?
A) Première femme juge en chef
B) Première personne autochtone à siéger à la Cour suprême
C) Première Franco-Ontarienne
D) Première spécialiste en santé mentale
Réponse : B) Première personne autochtone à siéger à la Cour suprême du Canada
2. Selon les statistiques citées, quel pourcentage de la population carcérale féminine au Canada est autochtone?
A) 5 %
B) 25 %
C) 32 %
D) 50 %
Réponse : D) Environ 50 %, alors que les Autochtones représentent 5 % de la population canadienne
3. Qu’est-ce que l’alinéa 718(2)e) du Code criminel oblige les juges à faire?
A) Imposer des peines plus sévères aux récidivistes
B) Considérer la situation particulière des délinquants autochtones lors de la détermination de la peine
C) Offrir des programmes de réhabilitation
D) Consulter les communautés autochtones
Réponse : B) Considérer la situation particulière des délinquants autochtones lors de la détermination de la peine
4. Qu’a établi la décision unanime sur la Loi C-92?
A) L’abolition des écoles résidentielles
B) Le droit des peuples autochtones de diriger leurs propres services à l’enfance et à la famille
C) La création de tribunaux autochtones
D) L’indemnisation des survivants
Réponse : B) Le droit des peuples autochtones de diriger leurs propres services à l’enfance et à la famille
5. Comment la juge O’Bonsawin définit-elle la réconciliation?
A) Une compensation financière pour les torts du passé
B) Un regard vers l’avant où les peuples se comprennent et marchent dans la même direction
C) L’abolition des traités existants
D) La création de nouveaux tribunaux
Réponse : B) Un regard vers l’avant où les peuples se comprennent et marchent dans la même direction
Invité: L’honorable Michelle O’Bonsawin, juge à la Cour suprême du Canada
Animation : Me Hugo Martin
Réalisation : Me Hugo Martin
Recherche : Sandrine Raymond
Édition et révisions : Laurence Laperriere, Laurence Thériault
Production : Rivercast Média s.a.
Interview with the Honourable Michelle O'Bonsawin
Historic interview with the Honourable Michelle O’Bonsawin, the first Indigenous person to sit on the Supreme Court of Canada.
A Franco-Ontarian and Abenaki from the Odanak First Nation, she shares her unique journey, from Hanmer near Sudbury to the country’s highest court. She discusses the overrepresentation of Indigenous people in the carceral system (32% of incarcerated men, 50% of incarcerated women), the legacy of the Gladue and Ipeelee decisions, and three landmark rulings she helped shape: C-92 on the autonomy of child and family services, Jim Shot Both Sides, and Restoule.
A profound reflection on reconciliation seen as a path forward.
CONTENT
A Background Rooted in Two Cultures. Michelle O’Bonsawin grew up in Hanmer, near Sudbury, Ontario, in a Franco-Ontarian and Abenaki family from the Odanak First Nation. Her academic path led her to a Ph.D. in law at the University of Ottawa, where her thesis focused on the application of Gladue principles in mental health review boards.
Carceral Overrepresentation: “Frightening” Numbers. The statistics are striking: Indigenous men represent approximately 32% of the prison population; for Indigenous women, it is “even more frightening”—around 50%. “We are 5% of the Canadian population, but our numbers are so high. There is truly an imbalance.” The causes are multiple: colonization, residential schools, day schools, discrimination, intergenerational trauma. “I don’t know if there is one particular thing. I think there is an amalgamation of several things.”
The Gladue Decision (1999): An Obligation for Judges. In 1995-1996, Parliament amended the Criminal Code by adding paragraph 718(2)(e), obligating judges to consider the particular circumstances of Indigenous offenders during sentencing. The Gladue case was the Supreme Court’s first interpretation of this provision. Tanis Gladue was a 19-year-old Indigenous woman, a mother of two and pregnant, who had stabbed her common-law partner after learning of his infidelity with her sister. The Court established that judges have an obligation to consider the particular circumstances of Indigenous offenders, “with the future hope of seeing the numbers decrease.”
Ipeelee (2012): The Acknowledgment of Failure. Thirteen years later, in the Ipeelee decision, the Court had to acknowledge that despite Gladue, “the numbers continued to rise.” It reiterated the obligations of judges and noted that they “do not fulfill their obligations at all times.” A 2018 study by University of Ottawa professors Marie-Ève Sylvestre and Denise Boileau confirmed that “it is not automatic that all judges take on their role” pursuant to paragraph 718(2)(e).
Three Landmark Decisions in Indigenous Law. Since her arrival at the Court, Justice O’Bonsawin has contributed to three major decisions:
Reference re An Act respecting First Nations, Inuit and children, youth and families (C-92): A unanimous (9-0) decision confirming that Indigenous peoples have the right to address child, youth, and family matters “in a sovereign manner” within their own communities. “This is the first time our Court has determined that Indigenous peoples in Canada have a right [to self-government] regarding child welfare matters.”
Jim Shot Both Sides: A decision authored by her, concerning the Blood Tribe and the appropriate surface area of their reserve under the treaty. She issued “a declaration determining that the Crown had acted dishonorably” and expressed the hope for future reconciliation.
Restoule: A unanimous (9-0) decision written by Justice Jamal on the interpretation of annuities for the Anishinaabe peoples of the Robinson-Huron and Robinson-Superior treaties. The Court determined that the Crown had acted dishonorably and “strongly recommended that the parties return to the negotiation table.”
Reconciliation: Looking Forward. Justice O’Bonsawin shares the vision of her mentor, the Honourable Murray Sinclair: “Michelle, it is really important not to just focus on the past. Reconciliation is much more.” For her, reconciliation is “positive”: “It is about understanding one another, so that the Canadian population can understand the impact that all of this has had on our people, but also looking to the future and walking down the same path, in the same direction.”
The Role of the Court and Its Limits. Justice O’Bonsawin explains that the Court is “not a court that engages in lobbying.” It renders decisions “directly related to the factual situation and the arguments as they are presented to us.” As for how many times the Court must intervene regarding carceral overrepresentation: “It is truly a social issue. It is a parliamentary issue. It is not necessarily a question for the Supreme Court.”
Mental Health: Breaking the Stigma. Prior to her appointment, Michelle O’Bonsawin worked at The Royal Ottawa Health Care Group on mental health issues. She continues to speak about it as a lecturer, addressing three groups: those directly affected, caregivers, and “the non-believers” whom she invites to educate themselves. “The more we talk about it, the less stigma there will be.” She acknowledges that the stress of working at the Court also affects judges: “Sometimes we sleep less well because we are thinking about the case.”
The Duty of Discretion. The judge explains this obligation: “We do not want to comment on a future case. We do not want to express an opinion so that later, someone could say that this judge is in a conflict of interest.”
National Interest vs. Private Interest. Even a seemingly “minuscule” case like Koseki (a real estate dispute between two individuals) has national interest: “There is still the interpretation of various provincial legislations. So it has a major impact on the Ontario population at large.”
Landmark Decisions Mentioned
R. v. Gladue (1999) — Obligation to consider the circumstances of Indigenous offenders
R. v. Ipeelee (2012) — Reaffirmation of Gladue principles
Reference re An Act respecting First Nations, Inuit and children, youth and families (C-92) (2024) — Indigenous self-government regarding child and family services
Jim Shot Both Sides (2024) — Blood Tribe reserve surface area; dishonorable conduct of the Crown
Restoule (2024) — Robinson Treaties annuities; dishonorable conduct of the Crown
Legal Concepts Explained
Section 718(2)(e) of the Criminal Code — The statutory obligation to consider the particular circumstances of Indigenous offenders.
Gladue Principles — The analytical framework used for the sentencing of Indigenous offenders.
Gladue Report — A document outlining the particular background and circumstances of an Indigenous offender to assist in sentencing.
Self-Government — The right of Indigenous peoples to govern themselves.
Honor of the Crown — The constitutional obligation of the Crown to act honorably in all its dealings with Indigenous peoples.
Duty of Reserve — The ethical obligation of judges not to comment publicly on active legal matters, political issues, or potential future cases.
Judicial Notice — Well-known or easily verifiable facts that a court can accept as true without requiring formal evidence.
Ressources
Criminal Code — Paragraph 718(2)(e)
An Act respecting First Nations, Inuit and children, youth and families (C-92)
Treaty No. 7 — Blood Tribe
Robinson-Huron and Robinson-Superior Treaties — Anishinaabe Annuities
United Nations Declaration on the Rights of Indigenous Peoples
The Honourable Michelle O’Bonsawin, Justice of the Supreme Court of Canada
Michelle O’Bonsawin was born and raised in Hanmer, near Sudbury, Ontario, in a Franco-Ontarian family. She is a member of the Abenaki First Nation of Odanak. Her academic background includes a Ph.D. in law from the University of Ottawa, where her thesis focused on the application of Gladue principles in mental health review boards.
Prior to her judicial career, she worked at The Royal Ottawa Health Care Group, developing expertise on legal issues related to mental health and Indigenous rights. She was subsequently appointed a judge of the Superior Court of Ontario.
Her appointment to the Supreme Court of Canada in September 2022 marked a historic milestone: she became the first Indigenous person to sit on the country’s highest court. In her application questionnaire, she identified her “most important contribution” as being her “effort to help all individuals involved in the justice and mental health systems with a particular focus on Indigenous peoples.”
She considers her mentor, the Honourable Murray Sinclair (former Senator and Chair of the Truth and Reconciliation Commission), a major influence on her vision of reconciliation.
Quiz — Test your knowledge
1. What “first” did Justice O’Bonsawin’s appointment create at the Supreme Court in 2022?
A) First female Chief Justice
B) First Indigenous person to sit on the Supreme Court
C) First Franco-Ontarian
D) First mental health specialist
Answer: B) First Indigenous person to sit on the Supreme Court of Canada
2. According to the cited statistics, what percentage of the female prison population in Canada is Indigenous?
A) 5%
B) 25%
C) 32%
D) 50%
Answer: D) Approximately 50%, while Indigenous people represent 5% of the Canadian population
3. What does paragraph 718(2)(e) of the Criminal Code obligate judges to do?
A) Impose harsher sentences on repeat offenders
B) Consider the particular circumstances of Indigenous offenders during sentencing
C) Offer rehabilitation programs
D) Consult Indigenous communities
Answer: B) Consider the particular circumstances of Indigenous offenders during sentencing
4. What did the unanimous decision on Bill C-92 establish?
A) The abolition of residential schools
B) The right of Indigenous peoples to run their own child and family services
C) The creation of Indigenous courts
D) The compensation of survivors
Answer: B) The right of Indigenous peoples to run their own child and family services
5. How does Justice O’Bonsawin define reconciliation?
A) Financial compensation for past wrongs
B) Looking forward where peoples understand each other and walk in the same direction
C) The abolition of existing treaties
D) The creation of new courts
Answer: B) Looking forward where peoples understand each other and walk in the same direction
Guest: The Honourable Michelle O’Bonsawin, Justice of the Supreme Court of Canada
Hosting: Me Hugo Martin
Direction: Me Hugo Martin
Research: Sandrine Raymond
Editing and Revisions: Laurence Laperriere, Laurence Thériault
Production : Rivercast Média s.a.
Transcription
Transcription – Façonner le Canada
150 ans de décisions marquantes
Episode 06 – 150 ans de décisions marquantes avec l’honorable Michelle O’Bonsawin
Durée: 00:19:25 min
Intro STD FR (00:02) Bienvenue à Façonner le Canada 150 ans de décisions marquantes. Le Canada que nous connaissons aujourd’hui ne s’est pas construit par hasard. Argument par argument, jugement par jugement, il a été façonné par le droit au sein d’un système de justice unique, né de la rencontre des systèmes britanniques et français et qui intègre désormais de plus en plus les traditions autochtones. Dans cette série, nous soulignons le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada en décodant les grandes décisions qui ont défini nos droits, nos libertés et notre identité collective. Droits criminels, droits autochtones, partage des compétences, des arrêts qui ne sont pas que de l’histoire ancienne. Ils façonnent encore notre quotidien. Je suis votre animateur, Hugo Martin, et à travers des rencontres exclusives avec les neuf juges de la Cour suprême et des experts constitutionnels, nous explorerons le contexte de ces jugements, leur impact et leur résonance aujourd’hui.
Me Hugo Martin (01:03) Madame la juge O’Bonsawin, soyez la bienvenue et merci de participer à Façonner le Canada, 150 ans de décisions marquantes. Nous sommes à la Cour suprême du Canada où votre nomination a été officialisée en septembre 2022. Cet événement a marqué un jalon historique. Vous êtes devenue la première personne autochtone…
Hon. Michelle O’Bonsawin (01:11) Merci.
Me Hugo Martin (01:22) à siéger à la plus haute instance judiciaire du pays. Votre parcours est profondément ancré dans vos racines franco-ontariennes et abénakises de la Première Nation d’Odanak. Vous avez grandi à Hanmer, près de Sudbury en Ontario. Votre cheminement académique est impressionnant. Votre thèse de doctorat portait sur l’application, dans les commissions d’examen, des principes de l’affaire Gladue, une cause historique de 1999 qui enjoint aux tribunaux de considérer les circonstances particulières des délinquants autochtones, incluant leur héritage, les facteurs systémiques et historiques désavantageux et leur rapport à leur communauté, notamment lorsqu’ils déterminent la peine afin de contrer la surreprésentation carcérale de cette communauté. Les statistiques démontrent que les personnes autochtones sont surreprésentées dans le milieu carcéral au Canada. Pouvez-vous nous en parler ?
Hon. Michelle O’Bonsawin (02:07) Des fois, je n’ai pas toujours les réponses à toutes ces questions, mais je peux vous dire que toute la question des hauts taux d’incarcération pour les personnes autochtones, je vais vous donner des chiffres. Donc, pour les hommes, c’est environ à 32 % de la population carcérale, c’est des hommes autochtones. Pour les femmes, encore plus effrayant, à environ 50 % de la population. Nous sommes 5 % de la population canadienne, mais nos chiffres sont tellement élevés dans ce milieu. Il y a vraiment un débalancement. La question a été étudiée de longue date. Il y a eu plusieurs commissions, la Commission de vérité et réconciliation, l’enquête au sujet des femmes autochtones disparues et assassinées, la Commission Viens, la Commission Ouimet, longtemps passé. Il y a eu plusieurs regards sur cette question, puis le tout a mené, en 1995, au Parlement canadien, à faire des modifications au Code criminel pour ajouter l’alinéa 718.2e) qui parle de l’obligation du juge de procès, lorsqu’elles ou ils vont émettre une peine, de prendre en considération la situation particulière du délinquant autochtone. Puis la question a été mise de l’avant pour essayer de diminuer les taux. Qu’est-ce qui a mené à cette grande hausse ? Il y a toutes sortes de choses, la colonisation, les pensionnats autochtones, les écoles de jour, la discrimination. Il y a tellement de différentes raisons. Je ne sais pas s’il y a une chose en particulier. Je pense que c’est une amalgamation de plusieurs choses. Et de modifier le Code criminel pour ajouter cette obligation au juge qui émettait la peine, c’était avec l’espoir que nous allons voir les chiffres s’amoindrir. Mais vraiment, l’opposé se voit. Donc je vais rentrer dans la question du dossier de Gladue. C’était la première fois que la Cour suprême allait évaluer et regarder la question du Code criminel. Puis, Tanis Gladue était une jeune femme autochtone de 19 ans. Elle avait, au moment de l’incident, deux jeunes enfants et elle était enceinte de nouveau. Son conjoint de fait avait dit qu’il avait eu des relations avec sa sœur. Elle avait un problème de glande thyroïde qui pouvait l’amener à suragir dans certaines situations. Puis elle a fini par le poignarder au cœur. Il est décédé. Donc la question devant la Cour était pour évaluer si le juge qui avait imposé la peine avait vraiment fait son devoir en regardant la question de l’alinéa 718.2e). La réponse était non. Et notre Cour a vraiment évalué tout l’aspect social, la question empirique qui démontrait les augmentations des chiffres carcéraux. Puis la Cour avait dit que c’était obligatoire pour les juges de procès de considérer les circonstances du délinquant autochtone, mais aussi avec l’espoir futur de voir que les chiffres allaient diminuer. Mais nous avons vu en 2012, lorsque notre Cour, pour une deuxième fois, a regardé la question dans l’affaire Ipeelee, c’était une question de nouveau à reconsidérer cette affaire, puis à voir est-ce que c’est juste pour émettre une peine ou non. Puis la Cour était vraiment claire qu’il y a des erreurs qui persistent toujours en vertu du Code criminel, que les juges ne remplissent pas leurs obligations à tout moment. La Cour a noté les questions empiriques de nouveau, toute la recherche sociale qui démontrait que les chiffres ont continué à monter. Puis le Dr. Zinger a, chaque année, dans les dernières années, émis les statistiques. Puis nous voyons une continuité à l’augmentation. Ce qui est vraiment inacceptable.
Me Hugo Martin (05:52) Est-ce que vous sentez des limites à la Cour, dans ces décisions, donc de savoir si elles vont être appliquées dans les tribunaux de première instance ou dans les tribunaux d’appel dans les provinces ?
Hon. Michelle O’Bonsawin (06:01) Vraiment, je dois dire, nous ne sommes pas une Cour qui essaie de faire, disons, du lobbying. Nous allons déterminer la matière telle qu’elle nous est présentée. Donc, c’est le dossier avec les faits particuliers qui est associé au dossier et nous allons rendre une décision directement reliée à la situation de faits et aux plaidoiries telles qu’elles nous sont présentées. Donc, je dois dire, c’est difficile à répondre à une telle question parce que les dossiers viennent devant nous d’une façon particulière, puis notre obligation, ce n’est pas de faire du nouveau droit ou faire des modifications en vertu de nos pensées de ce que le droit générique devrait être. C’est vraiment de rendre une décision par l’entremise du dossier tel qu’il nous est présenté.
Me Hugo Martin (06:48) Dans votre questionnaire de candidature à la Cour suprême, vous avez mentionné : « Ma contribution la plus importante au droit et à la poursuite de la justice au Canada est sans contredit mon effort pour aider toutes les personnes impliquées dans le système judiciaire et de santé mentale avec un accent particulier à l’égard des peuples autochtones ». À travers votre rôle à la Cour, comment est-il encore possible de poursuivre vos efforts en matière de promotion de la santé mentale ?
Hon. Michelle O’Bonsawin (07:16) Moi, je suis vraiment chanceuse parce qu’à plusieurs reprises, je suis demandée d’agir à titre de conférencière. Puis lors de ces conférences, je me permets de parler de la santé mentale. En général, reliée à nos jeunes, reliée au peuple autochtone, une variété de situations, parce que la santé mentale touche environ 50 % de notre population canadienne. Donc moi je parle toujours de trois catégories de gens lorsque nous parlons de la question de santé mentale. Ceux qui sont touchés directement, les proches aidants, les amis, les membres de la famille qui supportent ces personnes qui sont touchées par la santé mentale. Et puis je parle souvent au troisième groupe, les non-croyants. Et je vais leur demander de faire l’effort de s’auto-éduquer au sujet de la question de santé mentale parce qu’avec plus de connaissances va venir une meilleure compréhension de l’impact de la santé mentale sur les individus. Et c’est quelque chose que nous devons parler, nous ne devons pas craindre les réactions des autres. Il y a quand même un grand stigma attaché à parler du fait que la personne est touchée ou un membre de la famille est touché par des éléments de la santé mentale. Mais je crois vraiment, le plus que nous en parlons, le moins qu’il y aura de stigma rattaché à cette grande question qui touche tant de personnes canadiennes. Je ne sais pas si je peux dire que je peux avoir un impact spécifique, mais je peux dire que j’amène quand même ma perspective qui est unique à moi. Nous avons eu trois dossiers assez significatifs dans le milieu du droit autochtone. Le dossier C-92 au sujet de la création d’une nouvelle loi en 2019 du gouvernement fédéral, qui traitait de la question des enfants, des jeunes et des familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Puis, c’est la première fois que notre Cour a déterminé que les peuples autochtones au Canada ont un droit de traiter d’une façon souveraine au sujet des questions de l’enfance, des jeunes et des familles dans leurs propres communautés. Donc, nous avons maintenu le projet de loi C-92 qui est par la suite devenu la loi au Canada en 2019. Le prochain dossier, j’en étais l’auteur, Jim Shot Both Sides. Un dossier quand même intéressant au sujet de la tribu des Blood. Il y avait une question de quelle était la surface de la réserve en vertu du traité qui avait été négocié entre la tribu des Blood et la Couronne. Puis, enfin, j’ai émis une déclaration qui déterminait que la Couronne avait agi à titre déshonorable, puis je souhaitais que dans le futur, les relations allaient s’améliorer pour qu’il y ait une réconciliation finale. L’autre dossier qui est très important est le dossier Restoule, le juge Jamal a eu la plume. C’était une question d’interprétation des annuités des peuples Anishinaabe dans le nord de l’Ontario, donc de par chez nous, parce que je viens du nord de l’Ontario, de la région du lac Huron et du lac Supérieur. Puis notre Cour, encore 9-0, a déterminé que la Couronne avait agi à titre déshonorable. Par contre, nous avons fortement recommandé aux parties de retourner à la table de négociations avec nos mots qui soufflent à leurs oreilles pour s’assurer qu’ils le font à titre honorable envers les peuples Anishinaabe lors des négociations futures.
Me Hugo Martin (11:08) Vous avez parlé du concept de réconciliation. Comment est-ce que la Cour suprême balance son rôle d’appliquer la loi, les principes de droit, tout en prenant en considération l’importance de la réconciliation avec les peuples autochtones ?
Hon. Michelle O’Bonsawin (11:21) Pourquoi l’importance de la réconciliation ? Nous pouvons prendre connaissance du fait que la Couronne n’a pas agi de façon très appropriée envers les peuples autochtones dans le passé. Nous sommes tous conscients de l’impact, par l’entremise des pensionnats autochtones, des écoles de jour, du traumatisme intergénérationnel qui impacte les peuples autochtones par l’entremise du système qui avait été imposé. Donc, je crois que comme juges à notre Cour, nous sommes tous conscients de ces impacts. Puis c’est quelque chose que nous tenons en compte. Mais je crois que la réconciliation, c’est pas vraiment de considérer les choses qui sont arrivées au passé. Pour moi, la réconciliation, c’est d’aller vers l’avant, d’essayer de se comprendre comme peuple, puis de marcher dans la même piste. Mon mentor, le grand honorable Murray Sinclair, me disait toujours ça : ”Michelle c’est vraiment important de pas juste miser sur le passé. mais la réconciliation, c’est beaucoup plus”. C’est vraiment plus de se comprendre l’un l’autre, que la population canadienne puisse comprendre l’impact que le tout a eu sur notre peuple, mais aussi de regarder vers l’avenir puis de marcher, comme je disais, dans cette direction. Parce que pour moi, c’est du positif, la réconciliation. Je me fais souvent demander qu’est-ce que c’est la réconciliation pour toi. Pour moi, c’est tellement de différentes choses, mais la grande chose, c’est de se comprendre un l’autre et vraiment marcher dans la même voie, dans un futur où nous nous comprenons un l’autre, puis nous reconnaissons nos propres traditions, cultures, nos droits, etc.
Me Hugo Martin (13:06) Comment est-ce que la Cour balance l’intérêt national et l’intérêt privé ou plus petit ?
Hon. Michelle O’Bonsawin (13:10) Lorsqu’on regarde les questions, je vais dire plus minuscules versus le national, nous avons une obligation en vertu de la Loi sur la Cour suprême de regarder, puis émettre des permissions d’appel sur des questions qui ont un intérêt public national. C’est le test que nous devons suivre. Des fois, la population canadienne va lire nos décisions et vont dire « bien là, c’est pas un intérêt national ». Mais il y a du plus large dans ces décisions-là. Donc, il faut penser un peu plus large lorsque vous allez lire les questions et vous dire OK, mais il y a quand même l’interprétation des différentes législations. Donc, il y a un grand impact sur la population au large.
Me Hugo Martin (13:50) Dans le cadre du 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada et de son rôle envers la société canadienne, comment est-ce que vous percevez l’évolution du dialogue entre les traditions juridiques autochtones et le système canadien ?
Hon. Michelle O’Bonsawin (14:05) Nous avons des dossiers qui viennent devant la Cour d’une obligation de réserve, donc je ne peux pas dire qui a trait vraiment à cette question. Nous avons regardé l’autonomie gouvernementale, les traditions et la culture spécifiques aux peuples autochtones quand on a trait à la question des peuples autochtones. Des sociologues vont vraiment nous aider pour comprendre. Puis pas juste des sociologues, des aînés, des communautés autochtones vont nous aider et nous informer parce qu’il y a le droit autochtone canadien, où les différents tribunaux vont émettre des décisions qui touchent les personnes autochtones. Mais il y a aussi les ordres et les traditions juridiques autochtones à nous, les peuples autochtones. Donc, il y a quand même un contrebalancement entre les deux, puis je crois qu’un peut informer l’autre.
Me Hugo Martin (14:52) J’aimerais ça prendre la balle au bond pour nos auditeurs. Madame la juge, vous nous avez dit : « j’ai quand même un devoir de réserve ». Pouvez-vous nous en parler un petit peu ?
Hon. Michelle O’Bonsawin (15:10) Pour la raison que nous ne voulons pas émettre une opinion au sujet de quelque chose en particulier, pour que plus tard, quelqu’un puisse dire, non, cette juge-là est en conflit d’intérêts, elle nous a dit, a-b-c à ce sujet-là, puis lorsque nous avons apporté cette question devant la Cour suprême, elle avait déjà des préjugés.
Me Hugo Martin (15:30) Quelle décision, groupe de décisions ou enseignements la Cour nous a donnés et sur laquelle on peut puiser pour avancer pour les 150 prochaines années ? Il y en a eu plusieurs.
Hon. Michelle O’Bonsawin (15:42) Je vous ai déjà parlé de Gladue, puis Ipeelee, c’est une question qui me tient vraiment à cœur. Parce qu’en 2018, les professeurs, mais maintenant la doyenne Marie-Eve Sylvestre de l’Université d’Ottawa et la professeure Denis-Boileau ont fait une grande recherche pour regarder quel était l’impact de l’alinéa 718.2e) et des décisions qui ont été émises par les juges qui émettaient des peines. Puis je dois dire que c’est pas automatique que les juges prennent tous leur rôle à cœur. Puis il n’y a pas toujours une considération au sujet des particularités du délinquant autochtone. Donc moi, je crois que ce qui est important, c’est d’avoir cette discussion pour parler de l’impact que les juges de procès puissent avoir sur le délinquant autochtone.
Me Hugo Martin (16:47) Donc on peut regarder de l’avant en bâtissant sur ces principes-là, de Gladue entre autres. Mais combien de fois est-ce que la Cour devrait intervenir ? Combien de fois est-ce que nos dossiers devraient cheminer jusque vers la Cour suprême ? Votre rôle, c’est aussi d’éduquer les juristes et de façonner un petit peu le chemin juridique.
Hon. Michelle O’Bonsawin (17:09) Ça, c’est vraiment dur à déterminer, combien de fois est suffisant. Puis évidemment, la réponse, c’est qu’on ne le sait pas parce que nous avons eu la décision Gladue, nous avons eu la décision Ipeelee. La dernière était en 2012. C’est vraiment une question, je crois, sociale. C’est une question parlementaire. C’est pas nécessairement une question de la Cour suprême du Canada.
Conclusion STD FR (17:34) Merci d’avoir été des nôtres pour cet épisode de façonner le Canada, 150 ans de décisions marquantes. Comme nous l’avons vu aujourd’hui, le droit n’est pas statique, il est vivant. Chaque décision de la Cour suprême ajoute une pierre à l’édifice de notre société. Pour consulter les arrêts discutés et en savoir plus sur nos invités, rendez-vous sur faconnerlecanada.ca et parcourez les notes de l’épisode. Abonnez-vous sur votre plateforme de balado préférée pour ne rien manquer de cette série soulignant le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada. Merci à tous ceux et celles qui ont contribué à ce projet, notamment la Cour suprême du Canada, le très honorable Richard Wagner, juge en chef du Canada, les honorables Nicolas Kasirer, Suzanne Côté, Andromache Karakatsanis, Sheilah Martin, Mahmud Jamal, Michelle O’Bonsawin, Mary Moreau. Merci aussi à Me Michel Lebrun, Mesdames Sandrine Raymond, Laurence Laperrière, Laurence Thériault, Monsieur Peter Warren et la productrice Madame Constance St-Pierre. Ce projet a été rendu possible grâce au gouvernement du Canada. Ici Hugo Martin et je vous dis à la prochaine.
Transcription
Transcription – Façonner le Canada
150 ans de décisions marquantes
Episode 06 – 150 ans de décisions marquantes avec l’honorable Michelle O’Bonsawin
Durée: 00:19:25 min
Intro STD FR (00:02): Welcome to Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions. The Canada we know today was not built by chance. Argument by argument, judgment by judgment, it has been shaped by law within a unique justice system born from the encounter of British and French systems, and which now increasingly integrates Indigenous traditions. In this series, we mark the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada by decoding the major decisions that have defined our rights, freedoms, and collective identity. Criminal law, Indigenous rights, division of powers—rulings that are not just ancient history. They still shape our daily lives. I am your host, Hugo Martin, and through exclusive meetings with the nine Supreme Court judges and constitutional experts, we will explore the context of these judgments, their impact, and their resonance today.
Me Hugo Martin (01:03): Justice O’Bonsawin, welcome and thank you for participating in ‘Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions’. We are at the Supreme Court of Canada, where your appointment was made official in September 2022. This event marked a historic milestone. You became the first Indigenous person…
Hon. Michelle O’Bonsawin (01:11): Thank you.
Me Hugo Martin (01:22): …to sit on the country’s highest judicial instance. Your background is deeply rooted in your Franco-Ontarian and Abenaki roots from the Odanak First Nation. You grew up near Sudbury, Ontario. Your academic path is… Your research has focused on the application, in review boards, of the principles from the *Gladue* case—a landmark 1999 ruling that directs courts to consider the particular circumstances of Indigenous offenders, including their heritage, systemic and historical disadvantaged factors, and their connection to their community, notably when determining sentencing, in order to combat the overrepresentation of this community in correctional facilities.
Statistics show that Indigenous people are overrepresented in the carceral system in Canada. Can you tell us about this?
Hon. Michelle O’Bonsawin (02:07): Sometimes I don’t always have the answers to all these questions, but I can tell you that the entire issue of high incarceration rates for Indigenous people… I’ll give you some numbers. So, for men, it’s about 32% of the carceral population—Indigenous men. For women, even more frightening, around 50% of the population.
We make up 5% of the Canadian population, but our numbers are so high in this environment. There is truly an imbalance. The question has been studied for a long time. There have been several commissions: the Truth and Reconciliation Commission, inquiries concerning Indigenous women, the Ouimet Commission long ago…
Various perspectives have looked at this question, and it all led, in 1995, to the Canadian Parliament making amendments to the Criminal Code to add Section 718.2(e), which speaks of the obligation of the trial judge, when issuing a sentence, to take into consideration the particular situation of the Indigenous offender.
And the issue was put forward to try to decrease the numbers. What led to this great increase? There are all kinds of things: residential schools, day schools, discrimination. There are so many different factors.
I don’t know if there is one thing in particular. I think it’s an amalgamation of several things. Amending the Criminal Code to add this obligation for judges issuing sentences was done with the hope that we would see numbers drop. But truly, the opposite has happened.
To get into the background of the first time the Supreme Court evaluated and looked at the Criminal Code issue: Tanis Gladue was a young Indigenous woman from British Columbia. At the time of the incident, she had two young children and was pregnant again.
Her common-law partner had told her he had relations with her sister. She had a thyroid gland problem that could lead her to overreact in certain situations. And she ended up stabbing him in the heart. He died.
The question before the Court was to evaluate whether the judge who imposed the sentence had really done so by looking at the question of Gladue principles. The answer was no.
Our Court truly evaluated the entire social aspect, the empirical question demonstrating the increases in carceral numbers. And the Court stated that it was mandatory for trial judges to consider the circumstances of the Indigenous offender, but also with the future hope of seeing numbers decrease.
However, we saw in 2012 when our Court, for a second time, looked at the question—a matter to reconsider this case and see whether it is just for issuing a sentence or not.
And the Court was truly clear that there are barriers that still persist under the Criminal Code, that judges do not fulfill their obligations all the time. The Court noted the empirical questions again, all the social research showing that numbers continued to rise. And Dr. Zinger has issued statistics every year in recent years. And we see a continuous increase, which is truly troubling.
Me Hugo Martin (05:52): Do you feel there are challenges at the Court regarding these decisions, specifically whether they will be applied in trial courts or appellate courts across the provinces?
Hon. Michelle O’Bonsawin (06:01): Really, I must say, we are not a court that makes it our business to do, let’s say, judicial activism. We will determine the matter as it is presented to us. Therefore, it is the file with the particular facts associated with the case, and we will render a decision directly related to the factual situation and the arguments as they are presented to us. So, I must say, it is difficult to answer such a question because…
Cases come before us in a particular way, and our obligation is not to make new law or make modifications based on our thoughts of what generic law should be. It is truly to render a decision through the file as it is presented to us.
Me Hugo Martin (06:48): In your Supreme Court application questionnaire, you mentioned: “My most important contribution to the law and the pursuit of justice in Canada is undoubtedly my effort to help everyone involved in the justice and mental health systems, with a particular focus on Indigenous peoples.” Through your role on the Court, how is it still possible to continue your efforts in promoting mental health?
Hon. Michelle O’Bonsawin (07:16): I am truly fortunate because on several occasions I am asked to act as a speaker. And during these conferences, I allow myself to speak about mental health—related to our youth, related to Indigenous people, a variety of situations—because mental health affects about 50% of Canadians in their lifetime.
So I always speak of three categories of people when we talk about the mental health issue: those directly affected, caregivers, friends, family members who support these individuals affected by mental health issues. And I often speak to the third group: the general public.
I ask them to make the effort to educate themselves on the mental health issue, because with more knowledge comes a better understanding of the impact of mental health on individuals.
It is something we must talk about; we must not fear reactions. There is still a great stigma attached to talking about the fact that a person or a family member is affected by mental health elements. But I truly believe that the more we talk about it, the less stigma there will be attached to this major issue that affects so many Canadians.
I don’t know if I can say I have a specific impact, but I can say that I nevertheless bring my unique perspective. We have had three quite significant files in the Indigenous law realm.
There was File C-92 concerning the creation of a new law in 2019 by the federal government, which dealt with the issue of children, youth, and families, Inuit and Métis individuals. And this is the first time our Court determined that Indigenous peoples in Canada have the right to deal in a sovereign manner with the issues of children, youth, and families within their own communities. Therefore, we upheld Bill C-92, which subsequently became law in Canada in 2019.
The next file—I was the author of it—was *Matsqui*, a quite interesting file concerning the Blood Tribe. There was a question of what the surface area of the reserve was under the treaty negotiated between the Blood Tribe and the Crown.
And finally, I issued a declaration determining that the Crown acted dishonorably, and I hoped that in the future, relations would improve so there would be reconciliation.
The other file that is very important is the *Restoule* file, where Justice Côté wrote the reasons.
It was a question of interpreting the treaties of the Anishinaabe peoples in northern Ontario—so from my home region, coming from north of Lake Superior. And our Court, again 9–0, determined that the Crown had acted dishonorably.
However, we strongly recommended that the parties return to the negotiating table with our words ringing in their ears to ensure the Crown acted honorably toward the Anishinaabe during future negotiations.
Me Hugo Martin (11:08): When we talk about reconciliation, how does the Supreme Court balance its role of applying the law and legal principles while considering the importance of reconciliation with Indigenous peoples?
Hon. Michelle O’Bonsawin (11:21): Why? We can take cognizance of the fact that the Crown did not act very appropriately toward Indigenous peoples in the past. We are all aware of the impact through residential schools, day schools, of the trauma impacting Indigenous peoples through the system that was created.
So I believe that as judges on our Court, we are all aware of these impacts. And it is something we take into account. But I believe reconciliation is not really about considering things that happened in the past. For me, reconciliation is about moving forward, trying to understand each other as peoples, and walking the same path.
My mentor, the great Honourable Murray Sinclair, always told me: “Michelle, it is truly important not to dwell on the past, but reconciliation is much more.” It is truly more about understanding one another so that Canadian society can understand the impact this has all had on our people, but also looking to the future and walking, as I was saying, in that direction. Because for me, reconciliation is positive.
I am often asked what reconciliation means to you. For me, it is so many different things, but the big thing is understanding one another and truly walking the same path, in a future where we understand each other and recognize our own traditions, cultures, rights, etc.
Me Hugo Martin (13:06): How does the Court balance the national interest and the Indigenous interest?
Hon. Michelle O’Bonsawin (13:10): When we look at questions—I’ll call it lowercase versus national—we have an obligation under the Supreme Court Act to review and grant leave to appeal on questions of national importance. That is the test we must follow. Sometimes the Canadian public will read our decisions and say, “Well now, that’s not a national interest.” But there is a broader scope in those decisions.
So, think a bit more broadly when you read the questions and say, “Okay, but there is the interpretation of various legislations.” Therefore, it has a major impact on the public at large.
Me Hugo Martin (13:50): Within the framework of the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada and its role toward Canadian society, how do you perceive the evolution of the dialogue between Indigenous legal traditions and the common law and civil law systems?
Hon. Michelle O’Bonsawin (14:05): We have files coming before the Court, so I have a duty of judicial reserve truly pertaining to this question. We have governmental reports, traditions, and culture specific to Indigenous peoples when we deal with the issue of sociologists, truly for us to understand. And not just sociologists, but elders from Indigenous communities will help us and teach us.
Because there is Canadian Indigenous law, where various courts will issue decisions affecting Indigenous individuals. But there are also orders and laws internal to Indigenous peoples themselves. So there is a counterbalancing between the two, and I believe one can inform the other.
Me Hugo Martin (14:52): I’d like to jump on that for our listeners. Justice, you told us: “I nevertheless have a duty of judicial reserve.” Can you talk to us a little bit about that?
Hon. Michelle O’Bonsawin (15:10): …for the reason that we do not want an opinion on a particular matter, so that later, someone can say, no, that judge is in a conflict of interest, she told us a-b-c on this matter, and when this question was brought before the Supreme Court, she already had her mind made up.
Me Hugo Martin (15:30): What decision, group of decisions, or teachings has the Court given us that we can draw upon to move forward for the next 150 years? There have been several.
Hon. Michelle O’Bonsawin (15:42): I already spoke to you about *Gladue*, and *Ipeelee* is a question… Because in 2018, professors—now President Marie-Eve Sylvestre of the University of Ottawa and Professor Denis-Boileau—did extensive research to look at the impact of Section 718.2(e) decisions issued by judges handing down sentences. And I must say it’s not automatic that judges take on their role fully. And there isn’t always consideration regarding the Indigenous offender. So I believe what is important is to have this discussion, to talk about the impact trial judges can have on the Indigenous offender.
Me Hugo Martin (16:47): So we can look forward by building on those principles, of *Gladue* among others. But how often should the Court intervene? How often should our files make their way to the Supreme Court? Your role is also to educate jurists and shape the legal path a little bit.
Hon. Michelle O’Bonsawin (17:09): That is really hard to determine, how many times. And obviously, the answer is we don’t know, because we had the *Gladue* decision, we had the *Ipeelee* decision. The last one was in 2012. It’s really a question, I believe… It’s a parliamentary question. It’s not necessarily a question for the Supreme Court of Canada.