Le droit à l'avortement avec la professeure Louise Langevin
La professeure Louise Langevin retrace l'évolution du droit à l'avortement au Canada, de la criminalisation en 1869 jusqu'à la reconnaissance de l'autonomie procréative des femmes. Elle décortique les arrêts fondateurs : Morgentaler (1988), où la juge Wilson pose la « question fondamentale » du droit des femmes à décider pour elles-mêmes, et Daigle c. Tremblay (1989), qui établit que le fœtus n'a pas de personnalité juridique. Complétées par Winnipeg (1997) et Dobson (1999), ces décisions font du Canada un modèle mondial, le seul pays occidental sans loi criminalisant l'avortement.
Abortion Rights with Professor Louise Langevin
Professor Louise Langevin traces the evolution of abortion rights in Canada, from criminalization in 1869 to the recognition of women's reproductive autonomy. She breaks down landmark decisions: Morgentaler (1988), where Justice Wilson posed the "fundamental question" of women's right to decide for themselves, and Daigle v. Tremblay (1989), which established that a fetus does not have legal personality. Completed by Winnipeg (1997) and Dobson (1999), these decisions make Canada a global model, the only Western country without a law criminalizing abortion.
Louise Langevin, professeure de droit
Université Laval, Québec
Louise Langevin est professeure de droit spécialisée en droits des femmes, en droit de la santé et en responsabilité civile. Ses recherches portent notamment sur l'autonomie procréative, l'accès à l'avortement et les droits reproductifs dans une perspective féministe.
Elle a analysé en profondeur les décisions Morgentaler, Daigle c. Tremblay, Winnipeg et Dobson, qu'elle considère comme les piliers du droit à l'autonomie procréative des femmes au Canada. Elle a également contribué aux réflexions sur l'opportunité d'adopter une loi québécoise reconnaissant l'avortement comme soin de santé, une démarche qu'elle juge finalement inutile et potentiellement risquée.
La professeure Langevin souligne que le Canada est un modèle mondial en matière de droits reproductifs, étant le seul pays occidental où l'avortement n'est encadré par aucune loi criminelle, et que ce qu'il faut aux femmes canadiennes, c'est un meilleur accès aux soins, pas davantage de législation.
Louise Langevin, Law Professor
Université Laval, Québec
Louise Langevin is a law professor specializing in women's rights, health law, and civil liability. Her research focuses in particular on reproductive autonomy, access to abortion, and reproductive rights from a feminist perspective.
She has thoroughly analyzed the Morgentaler, Daigle v. Tremblay, Winnipeg, and Dobson decisions, which she considers to be the pillars of women's right to reproductive autonomy in Canada. She has also contributed to discussions on the advisability of adopting a Quebec law recognizing abortion as a health care service—a step she ultimately deems unnecessary and potentially risky.
Professor Langevin emphasizes that Canada is a global model in reproductive rights, being the only Western country where abortion is not regulated by any criminal law, and that what Canadian women need is better access to care, not more legislation.
Contenu
Un siècle de criminalisation (1869-1969)
L'avortement devient une infraction spécifique au Code criminel en 1869. En 1969, l'article 251 permet l'avortement, mais sous des conditions très strictes : autorisation d'un comité de trois médecins dans un « hôpital agréé ». Les disparités régionales sont énormes, en 1974, le Québec est la province où l'accès est le plus difficile, les hôpitaux francophones refusant généralement de pratiquer des avortements. Des milliers de Canadiennes vont se faire avorter à New York.
Le Dr Morgentaler : trois procès, trois acquittements
Le Dr Henry Morgentaler ouvre sa première clinique à Montréal en 1968. Poursuivi trois fois pour avortements illégaux, il est acquitté trois fois par un jury. À partir de 1977, le Québec cesse d'appliquer l'article 251 et met sur pied les « cliniques Lazure » dans les hôpitaux. En 1982, le Dr Morgentaler ouvre une clinique à Toronto, l'année même de l'adoption de la Charte canadienne des droits et libertés.
L'arrêt Morgentaler (1988) : la question fondamentale
La Cour suprême, par quatre opinions différentes, déclare l'article 251 inconstitutionnel. Mais seule la juge Bertha Wilson — première femme à siéger à la Cour suprême, se penche sur la « question fondamentale » : peut-on forcer une femme à mener une grossesse à terme contre son gré? Elle écrit : « Elle est littéralement traitée comme un moyen, un moyen pour une fin qu'elle ne désire pas et qu'elle ne contrôle pas. » Les autres juges majoritaires n'invalident que le processus administratif des comités d'avortement thérapeutique.
L'échec de la recriminalisation
Après Morgentaler, le gouvernement Mulroney présente un projet de loi pour encadrer l'avortement. En janvier 1991, le Sénat le rejette par une seule voix. Depuis, aucun gouvernement fédéral n'a présenté de projet de loi pour criminaliser l'avortement, seuls des projets de loi privés de députés d'arrière-banc, jamais adoptés.
L'arrêt Daigle c. Tremblay (1989) : le fœtus n'a pas de droits
Une affaire de violence conjugale où un ex-conjoint obtient une injonction pour empêcher Chantal Daigle, enceinte de 17 semaines, de se faire avorter. La Cour suprême siège en urgence pendant l'été. Mme Daigle se fait avorter aux États-Unis pendant les audiences. Malgré le caractère « théorique » de la question, la juge McLachlin insiste : il faut trancher pour qu'aucune autre femme ne vive cette situation. La Cour unanime (décision non signée, rare) établit que le fœtus n'a pas de personnalité juridique en droit civil ni en common law, « à moins qu'il naisse vivant et viable ». Le père potentiel n'a pas non plus de droits sur le fœtus.
L'affaire Winnipeg (1997) : on ne peut forcer une femme enceinte
Une jeune femme autochtone toxicomane, enceinte de cinq mois, refuse une cure de désintoxication. Les services de protection de l'enfance demandent de la détenir pour protéger le fœtus. La Cour suprême refuse : on ne peut imposer des soins de santé à une femme enceinte contre son gré, même pour le bénéfice du fœtus. « Cette femme a besoin de bienveillance, pas d'être criminalisée. »
L'affaire Dobson (1999) : pas de surveillance des femmes enceintes
Un enfant né avec de lourds handicaps après un accident de voiture causé par sa mère peut-il la poursuivre? La Cour suprême dit non : imposer une obligation de diligence aux femmes enceintes « constitue une intrusion grave dans leur vie privée » et créerait un régime de surveillance de tous leurs comportements (alimentation, travail, activités). Seules les femmes seraient soumises à cette surveillance, une discrimination inacceptable.
Le Canada, un modèle mondial
Le juge en chef Wagner a déclaré à plusieurs reprises que la question est « close » au Canada. La professeure Langevin explique pourquoi une loi criminalisant l'avortement ne passerait pas le test constitutionnel : atteinte au droit à l'égalité (article 15), à la liberté de conscience et à la sécurité (article 7). Le Canada est le seul pays occidental sans loi sur l'avortement, et c'est une force, pas une lacune.
Décisions marquantes analysées
- R. c. Morgentaler (1988) — Invalidation de l'article 251 du Code criminel; opinion fondatrice de la juge Wilson
- Tremblay c. Daigle (1989) — Le fœtus n'a pas de personnalité juridique; le père potentiel n'a pas de droits
- Office des services à l'enfant et à la famille de Winnipeg c. G. (D.F.) (1997) — Impossibilité de détenir une femme enceinte pour protéger le fœtus
- Dobson c. Dobson (1999) — Pas d'obligation de diligence de la femme enceinte envers le fœtus
Concepts juridiques expliqués
- Article 251 du Code criminel — Disposition criminalisant l'avortement (déclarée inconstitutionnelle en 1988, abrogée en 2019)
- Comité d'avortement thérapeutique — Comité de trois médecins devant autoriser l'avortement sous l'ancien régime
- Personnalité juridique — Capacité d'être titulaire de droits; le fœtus n'en a pas avant de naître « vivant et viable »
- Injonction — Ordonnance judiciaire forçant ou interdisant un comportement
- Autonomie procréative — Droit des femmes de prendre leurs propres décisions concernant leur corps et leur reproduction
- Test de l'article 1 — Analyse permettant de déterminer si une atteinte à un droit est justifiable dans une société libre et démocratique
Chronologie
- 1869 — L'avortement devient une infraction spécifique au Code criminel
- 1968 — Le Dr Morgentaler ouvre sa première clinique à Montréal
- 1969 — Adoption de l'article 251 (avortement conditionnel)
- 1973 — Roe v. Wade aux États-Unis
- 1977 — Cliniques Lazure au Québec; fin des poursuites contre le Dr Morgentaler
- 1982 — Charte canadienne des droits et libertés; clinique Morgentaler à Toronto
- 1988 — Arrêt Morgentaler : article 251 déclaré inconstitutionnel
- 1989 — Arrêt Daigle c. Tremblay : le fœtus n'a pas de personnalité juridique
- 1991 — Rejet du projet de loi sur l'avortement par le Sénat (une voix)
- 1997 — Arrêt Winnipeg : on ne peut détenir une femme enceinte
- 1999 — Arrêt Dobson : pas d'obligation de diligence envers le fœtus
- 2017 — Fin de l'interdiction de facto à l'Île-du-Prince-Édouard
- 2019 — Abrogation formelle de l'article 251 du Code criminel
- 2022 — Renversement de Roe v. Wade aux États-Unis
- 2024 — Le Nouveau-Brunswick commence à couvrir les avortements en clinique privée
Ressources
- Charte canadienne des droits et libertés — Articles 7 (vie, liberté, sécurité) et 15 (égalité)
- Code criminel du Canada — Ancien article 251
- Roe v. Wade (1973) — Décision américaine citée par la juge Wilson (renversée en 2022)
- Charte des droits et libertés de la personne du Québec
- Code civil du Bas-Canada — Dispositions sur la personnalité juridique
Content
A Century of Criminalization (1869–1969)
Abortion became a specific offense under the Criminal Code in 1869. In 1969, Section 251 permitted abortion, but under very strict conditions: authorization by a committee of three physicians in an "approved hospital." Regional disparities were enormous—in 1974, Quebec was the province where access was most difficult, as francophone hospitals generally refused to perform abortions. Thousands of Canadian women traveled to New York to obtain abortions.
Dr. Morgentaler: Three Trials, Three Acquittals
Dr. Henry Morgentaler opened his first clinic in Montreal in 1968. Prosecuted three times for illegal abortions, he was acquitted three times by a jury. Starting in 1977, Quebec stopped applying Section 251 and set up "Lazure clinics" within hospitals. In 1982, Dr. Morgentaler opened a clinic in Toronto—the very year the Canadian Charter of Rights and Freedoms was adopted.
The Morgentaler Decision (1988): The Fundamental Question
The Supreme Court, through four different opinions, declared Section 251 unconstitutional. However, only Justice Bertha Wilson—the first woman to sit on the Supreme Court—addressed the "fundamental question": can a woman be forced to carry a pregnancy to term against her will? She wrote: "She is literally treated as a means, a means for an end that she does not desire and does not control." The other majority judges invalidated only the administrative process of therapeutic abortion committees.
The Failure of Recriminalization
Following Morgentaler, the Mulroney government introduced a bill to regulate abortion. In January 1991, the Senate rejected it by a single vote. Since then, no federal government has introduced a bill to criminalize abortion—only private member's bills from backbench MPs, which were never passed.
Daigle v. Tremblay (1989): The Fetus Has No Rights
A domestic violence case in which an ex-partner obtained an injunction to prevent Chantal Daigle, 17 weeks pregnant, from having an abortion. The Supreme Court sat in an emergency session during the summer. Ms. Daigle obtained an abortion in the United States while hearings were underway. Despite the "theoretical" nature of the question, Justice McLachlin insisted that the issue must be resolved so that no other woman would experience this situation. The unanimous Court (in a rare unsigned decision) established that a fetus has no legal personality in civil law or common law "unless it is born alive and viable." The prospective father also has no rights over the fetus.
The Winnipeg Case (1997): Pregnant Women Cannot Be Forced
An Indigenous substance-using young woman, five months pregnant, refused addiction treatment. Child welfare services requested her detention to protect the fetus. The Supreme Court refused: health care cannot be imposed on a pregnant woman against her will, even for the benefit of the fetus. "This woman needs care, not criminalization."
The Dobson Case (1999): No Surveillance of Pregnant Women
Can a child born with severe disabilities following a car accident caused by their mother sue her? The Supreme Court said no: imposing a duty of care on pregnant women "constitutes a profound intrusion into their privacy" and would create a surveillance regime over all their behaviors (diet, work, activities). Only women would be subject to this surveillance—an unacceptable discrimination.
Canada, a Global Model
Chief Justice Wagner has stated on several occasions that the issue is "closed" in Canada. Professor Langevin explains why a law criminalizing abortion would fail the constitutional test: it violates the right to equality (Section 15), freedom of conscience, and security of the person (Section 7). Canada is the only Western country without a law on abortion—and that is a strength, not a gap.
Landmark Decisions Analyzed
- R. v. Morgentaler (1988) — Invalidation of Section 251 of the Criminal Code; foundational opinion by Justice Wilson
- Tremblay v. Daigle (1989) — The fetus has no legal personality; the prospective father has no rights
- Winnipeg Child and Family Services v. G. (D.F.) (1997) — Impossibility of detaining a pregnant woman to protect the fetus
- Dobson v. Dobson (1999) — No duty of care owed by a pregnant woman to the fetus
Legal Concepts Explained
- Section 251 of the Criminal Code — Provision criminalizing abortion (declared unconstitutional in 1988, repealed in 2019)
- Therapeutic Abortion Committee — Committee of three physicians required to authorize an abortion under the former regime
- Legal Personality — Capacity to hold rights; a fetus does not have it before being born "alive and viable"
- Injunction — Court order compelling or prohibiting behavior
- Reproductive Autonomy — Women's right to make their own decisions regarding their bodies and reproduction
- Section 1 Test — Analysis used to determine whether a violation of a right is justifiable in a free and democratic society
Chronology
- 1869 — Abortion becomes a specific offense under the Criminal Code
- 1968 — Dr. Morgentaler opens his first clinic in Montreal
- 1969 — Adoption of Section 251 (conditional abortion)
- 1973 — Roe v. Wade in the United States
- 1977 — Lazure clinics in Quebec; end of prosecutions against Dr. Morgentaler
- 1982 — Canadian Charter of Rights and Freedoms; Morgentaler clinic in Toronto
- 1988 — Morgentaler Decision: Section 251 declared unconstitutional
- 1989 — Daigle v. Tremblay Decision: The fetus has no legal personality
- 1991 — Rejection of the abortion bill by the Senate (by one vote)
- 1997 — Winnipeg Decision: A pregnant woman cannot be detained
- 1999 — Dobson Decision: No duty of care owed to the fetus
- 2017 — End of the de facto ban in Prince Edward Island
- 2019 — Formal repeal of Section 251 of the Criminal Code
- 2022 — Overturning of Roe v. Wade in the United States
- 2024 — New Brunswick begins covering private clinic abortions
Resources
- Canadian Charter of Rights and Freedoms — Sections 7 (life, liberty, and security) and 15 (equality)
- Criminal Code of Canada — Former Section 251
- Roe v. Wade (1973) — American decision cited by Justice Wilson (overturned in 2022)
- Quebec Charter of Human Rights and Freedoms
- Civil Code of Lower Canada — Provisions on legal personality
Pour aller plus loin
Go further
Quiz — Testez vos connaissances
1. En quelle année l'article 251 du Code criminel a-t-il été déclaré inconstitutionnel par la Cour suprême?
A) 1982 B) 1988 C) 1989 D) 1991
Réponse : B) 1988 (arrêt Morgentaler)
2. Quelle juge de la Cour suprême s'est penchée sur la « question fondamentale » du droit des femmes à décider pour elles-mêmes dans l'arrêt Morgentaler?
A) La juge McLachlin B) La juge L'Heureux-Dubé C) La juge Wilson D) La juge Arbour
Réponse : C) La juge Bertha Wilson, première femme à siéger à la Cour suprême
3. Qu'a établi l'arrêt Daigle c. Tremblay (1989) concernant le fœtus?
A) Le fœtus a des droits dès la conception B) Le fœtus n'a pas de personnalité juridique, à moins qu'il naisse vivant et viable
C) Le père a un droit de veto sur l'avortement D) L'avortement est un droit constitutionnel explicite
Réponse : B) Le fœtus n'a pas de personnalité juridique, à moins qu'il naisse vivant et viable
4. Pourquoi le Canada est-il considéré comme un « modèle mondial » en matière d'avortement?
A) Il a la loi la plus permissive au monde B) Il est le seul pays occidental sans loi criminalisant l'avortement
C) Il finance tous les avortements à 100 % D) Il a inscrit le droit à l'avortement dans sa Constitution
Réponse : B) Il est le seul pays occidental sans loi criminalisant l'avortement
5. Selon la professeure Langevin, quelle proportion des femmes aura besoin d'un avortement au cours de sa vie?
A) Une femme sur dix B) Une femme sur cinq C) Une femme sur trois D) Une femme sur deux
Réponse : C) Une femme sur trois
Quiz — Test your knowledge
1. In what year was Section 251 of the Criminal Code declared unconstitutional by the Supreme Court?
A) 1982 B) 1988 C) 1989 D) 1991
Answer: B) 1988 (Morgentaler decision)
2. Which Supreme Court judge addressed the "fundamental question" of women's right to decide for themselves in the Morgentaler decision?
A) Justice McLachlin B) Justice L'Heureux-Dubé C) Justice Wilson D) Justice Arbour
Answer: C) Justice Bertha Wilson, the first woman to sit on the Supreme Court
3. What did the Daigle v. Tremblay (1989) decision establish regarding the fetus?
A) The fetus has rights from conception B) The fetus has no legal personality, unless born alive and viable
C) The father has a veto over abortion D) Abortion is an explicit constitutional right
Answer: B) The fetus has no legal personality, unless born alive and viable
4. Why is Canada considered a "global model" regarding abortion?
A) It has the most permissive law in the world B) It is the only Western country without a law criminalizing abortion
C) It funds all abortions 100% D) It enshrined the right to abortion in its Constitution
Answer: B) It is the only Western country without a law criminalizing abortion
5. According to Professor Langevin, what proportion of women will need an abortion in their lifetime?
A) One in ten women B) One in five women C) One in three women D) One in two women
Answer: C) One in three women
Transcription complète
Transcription – Façonner le Canada
150 ans de décisions marquantes
Épisode 08 – Le droit à l'avortement avec la professeure Louise Langevin
Durée : 51:56
Intro STD FR (00:03) Bienvenue à Façonner le Canada 150 ans de décisions marquantes. Le Canada que nous connaissons aujourd'hui ne s'est pas construit par hasard. Argument par argument, jugement par jugement, il a été façonné par le droit au sein d'un système de justice unique, né de la rencontre des systèmes britanniques et français et qui intègre désormais de plus en plus les traditions autochtones. Dans cette série, nous soulignons le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada en décodant les grandes décisions qui ont défini nos droits, nos libertés et notre identité collective. Droits criminels, droits autochtones, partage des compétences, des arrêts qui ne sont pas que de l'histoire ancienne. Ils façonnent encore notre quotidien. Je suis votre animateur, Hugo Martin, et à travers des rencontres exclusives avec les neuf juges de la Cour suprême et des experts constitutionnels, nous explorerons le contexte de ces jugements, leur impact et leur résonance aujourd'hui.
Laurence Thériault (01:08) L'avortement a été décriminalisé l'année précédente avec l'arrêt Morgentaler mais un vide juridique persiste. C'est dans ce contexte explosif que survient l'affaire Tremblay contre Daigle Pour en discuter, nous recevons la professeure Louise Langevin. Louise Langevin est professeure titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval et une experte reconnue en droit des femmes et en justice sociale. Nous analysons cette décision marquante de 1989 qui qui a façonné le droit à l'autonomie des femmes au Canada. L'histoire est celle de Chantal Daigle, qui décide de mettre fin à sa grossesse après avoir fui une relation marquée par la violence conjugale. Son ex-conjoint, Jean-Guy Tremblay, utilise alors une stratégie de procédure civile inédite. Il obtient une injonction interlocutoire pour lui interdire l'avortement, invoquant les droits du foetus et ses droits de père L'affaire monte en flèche jusqu'à la Cour suprême qui accepte de siéger d'urgence en plein été. Coup de théâtre. En pleine audience, la Cour apprend que Mme Daigle refusant de se soumettre à la volonté de la Cour ou de Monsieur Tremblay, a déjà subi Malgré le fait que la cause soit théorique, la Cour choisit de rendre jugement vu l'importance nationale de l'enjeu. Dans une décision unanime, la Cour renverse les jugements inférieurs. Est-ce qu'un père potentiel ou les tribunaux civils peuvent forcer une femme à mener une grossesse à terme? La réponse de la Cour allait clore le débat sur le statut juridique du foetus. Je suis Laurence Thériault et je vous souhaite une bonne écoute.
Hugo Martin (02:41) Professeur Louise Langevin, bienvenue à Façonner le Canada » 150 ans de décisions marquantes.
Louise Langevin (02:48) Bonjour Hugo et je vous remercie pour l'invitation.
Hugo Martin (02:52) Alors, quoi de plus marquant que la reconnaissance du droit à l'avortement et du droit pour les femmes à l'autonomie procréative. Mais ces droits, professeure des droits qui étaient carrément interdits, qui étaient criminels.
Louise Langevin (03:06) exactement, et c'est ce qu'on va aborder avec la décision Morgentaler En fait, la décision Morgentaler et la décision Daigle contre Tremblay sont des décisions fondamentales de la Cour suprême du parce qu'elles reconnaissent le droit à l'autonomie procréative des femmes. Et De ce point de vue-là, je vais aborder ces deux décisions, leur caractère fondamental.
Hugo Martin (03:30) Donc, si on retourne loin, 1869, une infraction spécifique dans le Code criminel. Et vente de contraceptifs, distribution sujet de la contraception Et on parle de l'article 251. C'est un du Code criminel en 1969 nous entre autres, ce moment-là, y sur pied de comités d'avortement thérapeutique dans les On sait que dans ces années-là, la plupart des femmes vont se faire avorter aux États-Unis dans l'État de New York. On parle, là, d'un article du Soleil 4 novembre 1971 dit que 4 437 Canadiennes avaient subi un abortement dans la ville de New York ou dans l'État de New York entre le 1er juillet 1970 et le 30 juin 1971. Donc on était dans l'ordre du criminel.
Louise Langevin (04:23) Oui, vous avez tout à fait raison, en 1969, c'est l'adoption de l'article 251 dans le Code Cet permet l'avortement mais dans des conditions très strictes. Ça veut donc dire qu'il criminalise l'avortement encore lorsque ces conditions ne sont pas respectées. Les conditions, c'est que les avortements pouvaient être pratiqués seulement s'il y avait eu l'autorisation. de trois médecins qui formaient, ce qu'on appelait alors, le comité d'avortement thérapeutique. Et ces comités-là étaient dans certains hôpitaux, pas dans tous les hôpitaux, étaient dans les hôpitaux, ce qu'on appelait les hôpitaux agréés. Donc, ce n'était pas la décision de la femme, c'était la décision de ce comité de médecins qui prenait en considération la santé de la et la santé du foetus. En dans plusieurs régions, il n'y avait pas de comité de ce genre. Les hôpitaux ne voulaient pas ou les médecins ne voulaient pas en pratiquer. Ou dans certains hôpitaux, on rajoutait d'autres conditions à l'article 251. Ce qui faisait qu'il y avait de grandes disparités régionales dans l'accès à ce soin de santé et que les femmes, même à partir de 69, vont trouver d'autres façons. pour accéder à l'avortement et vont se aux États-Unis. Il y aura aussi des qu'on appelait clandestins avec les très elles au bout de leur sang, où elles allaient à il y de soins de santé pour des femmes.
Hugo Martin (05:56) là.
Louise Langevin (06:06) qui subissaient des Donc ça, c'est la situation en 1969 avec le fameux article 251 du Code criminel.
Hugo Martin (06:18) Et on a en 1968, le docteur Morgentaler ouvre une clinique d'avortement à Montréal. Et je pense que c'est important de le mentionner, mais l'article 251 ne donnait pas de droits à l'avortement. pouvez nous en parler un peu de cette époque-là avec le Dr Morgentaler?
Louise Langevin (06:34) Oui. Donc, le docteur Morgentaler à Montréal va ouvrir sa première clinique en 1968. va subir trois procès criminels parce que, comme vous l'avez dit, il ne respecte pas l'article 251 du Code Ils pratiquent donc des avortements illégaux. Dans ces trois procès-là, il sera acquitté par un jury. Il y a même dans un des procès où la Cour d'appel va le Ce deuxième procès-là ira jusqu'à la Cour suprême du Canada. Mais toujours est-il qu'après trois procès, le ministre de la Justice de l'époque va arrêter toute cette affaire-là et il y aura au Québec, à partir de 1977, dans les hôpitaux des cliniques Lazure On va appeler ça des cliniques Lazure ou du du ministre des Affaires sociales à l'époque. Il y aura des cliniques d'avortement en 1977 dans les hôpitaux au Québec. L'article 251 du Code criminel est valide, appliqué, mais pas au Québec. Mais il faut savoir qu'en 1974, au Québec...
Hugo Martin (07:32) C'était le nom
Louise Langevin (07:53) C'est la province où l'accès à l'avortement est le plus difficile. 1974.
Hugo Martin (07:58) Et dites-moi, professeure Langevin, dans mes lectures, j'ai lu qu'il y avait des hôpitaux francophones qui refusaient de les avortements
Louise Langevin (08:03) Oui. Oui, c'étaient les hôpitaux anglophones qui vont les Et aujourd'hui, certaines régions du Québec où les hôpitaux ne pratiquent pas d'avortement et ça vient de cette époque-là. Ce sont des centres de femmes qui donnent les soins de santé dans certaines régions parce que les hôpitaux, depuis cette époque-là, des années 70, Les hôpitaux francophones refusent de pratiquer des comme j'ai dit tantôt, ce n'est pas parce que les femmes n'ont pas le droit à n'obtiendront pas un
Hugo Martin (08:40) partir de 74, Donc notre procureur général disait, on n'appliquera pas 251.
Louise Langevin (08:46) Ben oui parce que Dr. Morgentaler a été poursuivi trois fois et acquitté trois fois par un jury. Donc c'était inutile de faire donc là des cliniques Lazure dans les hôpitaux vont être mises sur pied.
Hugo Martin (09:04) de la prison et en 1982, il ouvre une clinique d'avortement à Toronto. Et là, 82, on se tombe aussi dans l'année de l'adoption de la Charte et là, on commence un peu nouvelle ère. Parlez-nous-en un peu.
Louise Langevin (09:13) Oui. Dr. Morgentaler va à Toronto, ouvre une clinique avec deux autres collègues. Immédiatement, il accusé d'avoir pratiqué des avortements Il a même une sortie lors de l'ouverture de sa clinique à Toronto avec ses deux savait qu'il était pour être il va être acquitté en première instance par un jury. En deuxième instance, en cours d'appel, l'acquittement va par la Cour d'appel, qui va ordonner un nouveau procès. Et là, le docteur Morgentaler et ses deux collègues vont porter leur affaire devant la Cour suprême du Canada, parce que, comme vous l'avez dit, la Charte canadienne est en vigueur depuis 1982
Hugo Martin (10:01) question de la validité l'article 251 devant la Cour suprême. Ils amènent ce dossier devant la Cour, même la Cour
Louise Langevin (10:07) Oui. Oui.
Hugo Martin (10:24) en vertu de la Charte, évidemment, à ce moment-là. Donc, l'article 15 n'est pas encore en vigueur. Donc ça, ça n'a pas été traité et on y reviendra un peu plus tard. Mais eux disent que invalide constitutionnellement et parce que ça porte atteinte à l'article 2a, la liberté de conscience. et de religion
Louise Langevin (10:30) Exact. Oui.
Hugo Martin (10:42) l'article 7 qui porte sur la vie, la liberté et la sécurité.
Louise Langevin (10:47) Le docteur Morgentaler, ses deux collègues, avaient soulevé le caractère inconstitutionnel de l'article 251, en première instance dans le procès pénal, mais le juge n'avait pas voulu aborder cette question-là. La Cour d'appel n'avait pas voulu aborder cette question-là. Donc, c'est pour ça qu'ils vont présenter leurs arguments devant la Cour suprême du Canada. Et c'est la fameuse décision de 1988.
Hugo Martin (10:57) ok.
Louise Langevin (11:13) du Dr. Morgentaler et de ses deux collègues.
Hugo Martin (11:17) 251 disent une ingérence dans la vie des femmes et que c'est pas conforme aux règles de justice fondamentales et ne peut être sauvegardé en vertu de l'article 1 de la Charte qui permet dans certaines conditions strictes que des atteintes à des droits fondamentaux soient maintenues si l'atteinte est justifiée dans une société libre et on est en 85... on s'en dans une autre ère de société libre et démocratique. Qu'est-ce qui se passe à la Cour suprême avec Morgentaler
Louise Langevin (11:45) ... à la Cour suprême, la question de est soulevée. Vous pouvez les débats dans les journaux. Les nous relaté cette histoire-là, les manifestations devant la Cour suprême du Canada des Anti-choix. Et cette décision-là est une décision intéressante. il y a quatre opinions différentes. Il y a une opinion de deux juges dissidents. Mais dans la majorité,
Hugo Martin (12:17) Les juges McIntyre et La Forest étaient dissidents dans cette affaire-là.
Louise Langevin (12:20) Oui, c'est ça. Et il y a trois autres opinions qui sont dans la majorité, mais on peut pas dire qu'il une décision qui plus qu'une Il y de la juge Wilson. Elle est la
Hugo Martin (12:33) C'est important, professeure, Langevin de dire que la juge Wilson, c'était la seule femme, en fait, la première un banc de neuf juges la seule s'est pensée sur la véritable question.
Louise Langevin (12:37) Merci. c'est la seule et elle le dit très bien qu'elle se penche sur la question fondamentale, la question du droit à l'avortement. Il faut comprendre que les deux autres qui vont invalider l'article 251 analysent le processus administratif, c'est-à-dire les hôpitaux agréés les comités les comités de pour l'avortement thérapeutique, ils analysent ce processus-là et ils arrivent à la conclusion qu'il trop de disparité régionale, que la santé physique et psychologique des femmes est menacée. Et c'est pour ça qu'ils vont déclarer l'article inconstitutionnel. Mais on peut supposer que si ce processus avait fonctionné, si les comités d'avortement thérapeutique avaient vraiment fonctionné, on peut penser que ces juges-là auraient dit bien… il n'y en avait pas de problème que les femmes avaient accès à en passant par l'hôpital puis ces comités-là. Donc la juge Wilson et sa décision étaient encore très pertinentes et très intéressantes à cette époque-là. La juge Wilson se penche donc, elle le dit, sur la question fondamentale, c'est-à-dire, est-ce qu'on peut forcer une femme à mener à terme un accouchement, qu'elle ne veut pas? Et elle va poser la question, quelle conscience? La conscience des élus? Ce n'était que des hommes à cette époque-là. la conscience des élus ou la conscience des femmes. Puis elle va clairement dire qu'une femme ne peut pas être un moyen pour une fin qu'elle n'a pas choisie, que les êtres humains sont capables de prendre leur propre décision dans leur vie personnelle sans ingérence de l'État. Oui.
Hugo Martin (14:28) j'aimerais citer d'ailleurs la juge Wilson directement parce qu'elle nous dit bien, en s'interrogeant sur le respect des droits fondamentaux de la femme enceinte, elle dit elle est littéralement traitée comme un moyen, un moyen pour une fin qu'elle ne désire pas et qu'elle ne contrôle pas. Elle subit une décision prise par d'autres sur l'éventuelle utilisation de son corps pour alimenter une nouvelle vie. C'est vraiment inspirant de lire ça et vraiment ça la véritable question. C'était pas une question de procédure, c'était pas...
Louise Langevin (14:58) Ce n'était pas une question de procédure du tout, c'est une question de droit La juge Wilson est influencée par ce qui se passe aux États-Unis. La décision Roe v. Wade a été rendue et la juge Wilson va citer cette décision-là et elle cite aussi le fondement de cette décision-là. Je vous rappelle que Roe v. Wade a été invalidée par la Cour suprême des États-Unis en 2022. que la Cour suprême des États-Unis a dit qu'il n'y avait pas de droit à la vie privée dans le 14e amendement de la Constitution américaine. Mais Roe v. Wade la juge Wilson va utiliser le droit à la vie privée, c'est-à-dire le right to privacy comme fondement pour dire que les femmes peuvent, ont le droit de prendre leur propre décision personnelle pour elles-mêmes. Mais aussi dans sa décision, la va proposer l'approche trimestrielle de gestation en faisant cela, elle s'inspire des autres pays à cette époque-là. Je vous ferai remarquer que tous les pays occidentaux, ou à peu près, ont une loi sur l'avortement, sauf le Canada, et qui permettent l'accès à l'avortement pendant le premier trimestre, ou à peu près. après ça, ce sont des médecins qui vont prendre la décision. Donc elle aussi va suggérer aux législateurs une telle loi, parce qu'elle, dans sa tête, elle se dit bon, le législateur adopter une loi et elle suggère cette approche aucun adopter cette approche-là. elle est très par les à ce moment-là. Mais vraiment, le fait qu'elle utilise le right to privacy comme fondement et ce droit de choisir pour soi-même, on est en 88 à cette c'est je dirais, avant-gardiste. après la décision de Morgentaler en 88, sont, les conservateurs, oui, qui sont au pouvoir, Brian Mulroney, et il a un projet de loi qui va être présenté pour encadrer l'avortement. Et là, c'est un seul médecin, l'autorisation d'un seul médecin, les conditions sont élargies. C'est un minimum d'encadrement. Mais on reconnaît pas, par exemple, une liberté de choix pour les 16 premières semaines. Ce n'est pas ça. Donc, ce projet de loi sera à Ottawa, à la Chambre des communes, passera ensuite au Sénat. Et en janvier 1991, le Sénat, par une voie, une seule voie, va voter contre ce projet de loi-là et plus jamais le gouvernement fédéral, c'est-à-dire un gouvernement au pouvoir par l'exécutif. va présenter un projet de loi pour criminaliser l'avortement. Il y a eu de 2005 à 2015, pendant règne des conservateurs à Ottawa, des députés d'arrière-banc qui ont présenté de très nombreux projets de loi privés pour criminaliser l'avortement, mais ces projets de loi-là ne sont jamais allés très loin. Donc c'est pour ça que je vous dis qu'il jamais eu de projet de loi par le gouvernement au pouvoir par l'exécutif du gouvernement qui a un projet de loi pour criminaliser l'avortement. Donc, depuis 1988 au Canada, il n'y a pas de criminalisation de l'avortement. Et dans ce sens, le Canada dans les pays occidentaux est un modèle, un modèle à suivre, parce que jamais une femme au Canada peut être criminalisée, ni le fournisseur de soins. pour avoir obtenu et avoir procuré un avortement au Canada. Donc le Canada est maintenant un modèle dans ce domaine-là.
Hugo Martin (19:02) Je voudrais faire quelques précisions pour nos auditeurs. le droit de légiférer en matière criminelle, c'est une compétence qui appartient au fédéral. Le droit de légiférer en matière de santé, c'est une compétence qu'on dit provinciale. Et est-ce que je me trompe dans ces professeure Langevin, certaines provinces ont adopté certaines lois ici et là, mais c'était plus pour encadrer des règlements qui visaient
Louise Langevin (19:12) ... Exact.
Hugo Martin (19:28) pour limiter un peu cet accès-là, mais on pouvait jamais le criminaliser au niveau des provinces.
Louise Langevin (19:36) C'est ça. Donc après Morgentaler la balle a envoyée dans le camp des provinces. Ça, il a des provinces qui ont dit, nous autres, on va criminaliser Ces provinces-là ont essayé de criminaliser. Elles se sont faites rapidement taper sur les doigts par les tribunaux pour dire, vous ne pas criminaliser. Ce n'est pas de votre compétence. Donc les provinces ont dit, OK, on va simplement limiter les soins de santé ou on n'en donnera pas du tout, du tout de soins de santé. Par exemple, il faut se rappeler malheureusement que jusqu'en 2017, à l'île du Prince-Édouard, il n'y avait pas de soins d'avortement sur l'île. Il fallait que les aient d'abord l'autorisation d'un médecin sur l'île. Ensuite, elles pouvaient sortir de l'île et aller dans une province voisine pour obtenir un avortement. 2017. Et le l'île...
Hugo Martin (20:11) récent.
Louise Langevin (20:32) a changé sa position parce qu'il était poursuivi par un groupe de femmes et il savait très bien était pour perdre. Donc depuis 2017, il y a des d'avortement, un accès à l'avortement sur Et il a pas si longtemps, jusqu'à tant que... le Nouveau-Brunswick soit dirigé par une femme, Le couvrait les avortements qui étaient pratiqués dans des hôpitaux. Il y avait deux hôpitaux qui pratiquaient des avortements. Mais les femmes qui allaient en clinique privée, il en avait une seule à elle est maintenant fermée, les avortements pratiqués. dans une clinique privée, n'étaient pas couverts par le système de santé. Maintenant, ça a été au
Hugo Martin (21:19) avec Suzanne Holt, qui est la première femme d'ailleurs Elle est élue en le 2 novembre
Louise Langevin (21:21) Oui. Vous ? exact. Mais la Moncton, est maintenant Mais c'est pour vous y a des réticences à financer ce soin de santé. peut-être qu'on devrait rappeler l'avortement et le soin de santé le plus courant dans la vie des femmes. une femme sur trois aura besoin d'un Donc, c'est un soin de santé important pour les femmes et comme je vous ai dit, c'est pas parce qu'il y a des difficultés d'accès qu'il n'y aura pas d'avortement. Mais maintenant, avec ce qu'on appelle la pilule l'avortement est encore plus accessible. Mais quand après l'affaire Morgentaler, les provinces ont continué à vouloir refuser ce soin de santé et c'est au Québec que à partir de ce moment-là, a été le plus accessible et il l'est encore aujourd'hui. C'est pas parfait, je dis pas que c'est parfait, mais quand on compare avec les autres provinces canadiennes, c'est au Québec où on a la moitié des points de service en matière d'avortement. La moitié des points de service, de tous les points de service au sont au Québec.
Hugo Martin (22:38) Donc, part pratiquement F à on revient rapidement sur Morgentaler Aucun juge n'aborde la question de la reconnaissance ou non du statut juridique du foetus dans Morgentaler 251 est déclaré inconstitutionnel en 1988, mais n'est abrogé qu'en juin 2019. Et là, on se retrouve en 1989, où...
Louise Langevin (22:59) Exact.
Hugo Martin (23:03) des avocats et un demandeur, ce que pourrais imaginatif, ont décidé demander d'empêcher une femme de subir un avortement et on est dans l'affaire Tremblay contre Daigle dont la décision est rendue en 1989 jugée et entendue en 1989. Ça s'est fait quand même assez vite, tout ça. Les faits de l'affaire, professeure Langevin si vous pouvez nous les rappeler.
Louise Langevin (23:30) Peut-être simplement dire que l'affaire Daigle contre Tremblay est une affaire de violence conjugale. À cette époque-là, on ne le percevait pas et on ne le nommait pas. Mais aujourd'hui, on dit que une affaire de violence conjugale et pas juste de violence conjugale, de violence du système de justice. Ici, monsieur, qui est violent, va demander une injonction. C'est quelque chose, là. Une injonction.
Hugo Martin (23:56) Alors pour nos auditeurs, une injonction, c'est un recours civil, premièrement, qui vise à forcer de faire ou de ne pas faire quelque chose. On est plus habitué dans un système civiliste de forcer quelqu'un à faire quelque chose. Donc on dit au monsieur, le juge, forcer telle personne à...
Louise Langevin (24:00) À bientôt !
Hugo Martin (24:18) construire un muret de rétention les deux terrains parce que ça me cause un dommage. Mais ici, ce n'est pas ça que ⁓ Tremblay a décidé de faire. Il a décidé de demander à la Cour d'intervenir dans le cadre d'une injonction pour empêcher Mme Daigle de ne pas faire, de ne obtenir un avortement était de son pur. Qui voulait empêcher Mme Daigle d'obtenir un avortement
Louise Langevin (24:43) Oui, c'est ça. Elle est enceinte de 17 semaines. C'est une relation violente. Elle veut se sortir de cette relation-là. Elle ne veut pas être une mère et donc veut un avortement. ex-conjoint trouver un avocat qui va vouloir déposer une demande d'injonction, mais surtout en première instance et en cours d'appel, on va accorder l'injonction. On va accorder l'injonction alors qu'en ce moment-là, il n'y a plus de loi au Canada qui L'affaire ira devant la Cour suprême au mois d'août 89, alors la Cour ne siège pas. C'est une question urgente. Les juges sont en vacances. Pendant ce temps, Daigle ira aux États-Unis pour se faire avorter. les juges l'apprendront sur du midi que Madame s'est déjà faite avorter et que la question est en quelque sorte théorique. Et la petite histoire dit que le juge en chef Dickson était très fâché parce que lui, il a dû faire revenir ses juges à siéger durant l'été. C'était en urgence. Et là, il apprend que la question est théorique. il ne pas se Mais dans cette c'est la juge qui va dire, il faut régler la question. Parce qu'il faut pas qu'il ait une autre femme qui vive la même situation. Parce que là, il y a eu un battage médiatique absolument incroyable, des jugements de valeur. sur Madame C'était absolument par les commentaires de la juge McLachlin, le juge Dickson va accepter de le tribunal l'après-midi et de continuer d'entendre
Hugo Martin (26:44) interlocutoire, avait comme, disons, source, que Tremblay que le foetus était un être à l'époque le Code civil du Bas Canada est encore en selon le Code civil du Bas Canada et la Charte québécoise, et qu'il jouit d'une personnalité juridique. vous le la Cour supérieure accorde l'injonction maintenue par la Cour d'appel. les ou le problème de droit que la Cour suprême devait se pencher, c'est le droit du foetus, la personnalité juridique du foetus. Et je pense que tout le monde a dans sa tête né vivant et viable. Là, on a ça dans notre imaginaire. On a quand même la situation de violence conjugale. On sait que c'est un débat qui est en guillemets théorique, mais la suprême du Canada décide de se pencher sur l'aspect du droit substantif. Est-ce que vous pouvez nous en parler un peu?
Louise Langevin (27:40) la Cour va dire que pour décider si l'injonction peut être acceptée, il faut qu'il y ait un fondement. Avec le fondement, c'est est-ce que le fœtus a des droits? Est-ce que le père potentiel, le géniteur, a-t-il des droits aussi? C'est une décision unanime, ce qui est rare. Une décision qui n'est pas signée. La décision n'est pas signée, ce qui est rare. et la en droit civil et en common law. C'est encore assez très rare qu'une décision porte à la fois en common-law et en droit civil. Et donc, c'est le Code civil du Bas-Canada, la Charte du Québec. Et la Cour va décider qu'en droit civil, le foetus n'a pas de droit. à moins qu'il naisse ce vivant et viable. Mais il n'a pas de droit. Et en plus, le père potentiel, le géniteur, n'a pas de droit non plus. Mais dans la décision, on répète à plusieurs reprises que le législateur pourrait intervenir, que le législateur pourrait décider autrement. Je veux remarquer que le législateur québécois n'est jamais intervenu sur cette question-là, ni aucun législateur... des autres provinces et territoires, parce que la décision porte aussi en common law. En common law le foetus n'a pas de droit, à moins qu'il naisse vivant et père potentiel n'a pas de droit non plus. Donc, la décision Daigle contre Tremblay est une décision très importante, parce que le foetus n'a pas de Et le législateur n'est jamais intervenu sur cette la décision Daigle contre Tremblay est certainement le plus gros sur le chemin des Anti-choix Parce que les Anti-choix ne peuvent pas attaquer une loi au Canada. Il n'y en a pas de loi, peuvent pas attaquer une loi. Il y a des décisions. Des décisions de common law. C'est la méthode de common law. des droits fondamentaux, d'interprétation des articles. Oui, Daigle contre Tremblay est une décision de droit civil, ça c'est sûr, mais ce sont des décisions de la Cour suprême du Canada. Donc, c'est pour ça que je dis que la Daigle contre Tremblay est certainement le plus gros obstacle sur le chemin des Anti-choix pour le foetus n'a pas de C'est une vraiment intéressante. Bon, parce que c'est de la violence conjugale, parce que c'est la violence du système de droit vis-à-vis cette À un moment où l'avortement n'est même plus criminalisé, c'est aussi qu'elle va se faire avorter aux États-Unis. une preuve que ce pas parce qu'on peut pas avoir accès à des soins de santé d'avortement dans son pays qu'on ne fera pas avorter ailleurs. Un peu comme ce qui se passe aux États-Unis dans les différents mais c'est une décision aussi qui permettait aux législateurs d'intervenir et le législateur n'est jamais intervenu.
Hugo Martin (31:00) Quand est-il, est-ce qu'ils sont penchés là-dessus, l'opposition entre les droits d'un feotus versus les droits de la femme?
Louise Langevin (31:10) Non, La question du droit à n'est abordée. On parle des droits du feotus. Bon, on sait très bien qu'en common law la Cour suprême va se prononcer sur la question qui lui est posée et elle n'élabora pas trop en dehors parce qu'elle se dit, Une prochaine fois, j'aurai l'occasion de préciser un autre point de droit. Donc, dans Daigle contre Tremblay, on ne parle pas du droit à La question, c'est est-ce que le foetus a des droits? A-t-il une personnalité juridique? La réponse est non. À moins qu'il naisse vivant et viable. Et là, c'est une autre paire de manche, là, question du droit à l'avortement... n'est pas soulevé dans cette décision-là. Mais c'est sûr que si le foetus n'a pas de droit, les femmes ont donc une capacité décisionnelle à tout moment de la grossesse.
Hugo Martin (32:07) Je pose la question maintenant, est-ce que puisque la décision permet ou laisse la porte au pouvoir des provinces ou du procureur général du Canada d'encadrer est-ce que une façon peut-être d'aller à l'encontre des droits fondamentaux des femmes?
Louise Langevin (32:30) ⁓ oui oui, moi je suis con...
Hugo Martin (32:31) C'est un peu pour ça qu'on ne bouge pas non plus.
Louise Langevin (32:35) Oui, moi je suis assez convaincue. On pourrait imaginer, puis la question s'est Québec ne devrait-il pas adopter une loi pour reconnaître le droit des femmes à l'avortement, pour reconnaître que c'est un soin de santé qu'on ne devrait pas avoir une loi ça pour éviter ce qui se passe aux États-Unis, pour éviter les coupures de budget, pour
Hugo Martin (32:47) Mmh mmh.
Louise Langevin (32:59) qu'un gouvernement fédéral l'idée et le projet de recriminaliser plusieurs groupes de et j'appuyais ce mouvement-là, on n'a pas besoin de loi pour reconnaître l'avortement comme un soin de santé, on a besoin d'argent et d'investissement pour qu'il y ait un accès réel à ce soin de santé. Vous imaginez une loi sur cette question? qui reconnaîtraient que c'est un soin de santé. Le lendemain matin, les groupes Anti-choix seraient devant les tribunaux. On leur donne encore plus de visibilité médiatique. imaginez les débats aussi pour l'adoption de cette loi. Compte tenu du processus parlementaire, on ne sait pas qu'est-ce que ça va donner tout d'un coup que les femmes se ramassent avec moins de droits qu'avant. Par exemple, il y aurait certainement des députés ou des la société qui dirait « ah, on va faire comme tous les autres pays, on va reconnaître l'avortement pour les 16 premières semaines, mettons. » premières semaines, puis après ça, c'est les médecins qui On n'a pas besoin de loi de même, les femmes avec leurs médecins qui prennent la meilleure décision pour elles-mêmes. Ce qu'on a besoin, c'est l'accès la contraception, on a besoin de l'accès à des bons soins de santé, des soins de santé génésiques avec pas de d'attente. C'est ça que les femmes au Québec et au ont besoin.
Hugo Martin (34:32) Est-ce que c'était maladroit de la Cour suprême du Canada à l'époque de Daigle contre Tremblay de que le foetus n'a pas de droit au niveau de l'avortement lui-même, laisse au Parlement fédéral.
Louise Langevin (34:44) à cette époque-là, je pense que ça reflète l'opinion de l'époque, c'est-à-dire que je pense que la Cour suprême aurait voulu que le gouvernement fédéral intervienne, d'autres pays occidentaux, pour adopter cette approche trimestrielle. Parce que dans le fond, au Canada, plus de 90 % des avortements ont lieu au les trois premiers mois et les avortements après, plus de trois mois sont très rares dans des situations très particulières et on n'a pas besoin de lois pour ça.
Hugo Martin (35:09) pas mis en place. On a vu les statistiques que j'ai Dans le deuxième c'est beaucoup plus conditions médicales dangereuses pour la Question encore pour vous. Si je vous demandais d'entrecouper les deux décisions, Morgentaler et Daigle qu'est-ce qu'on retient? Qu'est-ce que nos auditeurs doivent retenir de ces deux décisions-là qui sont... pas des choix au on parle de décisions qui façonnent le Canada. Clairement, c'est des choses qui ont eu un impact qui est durable. On va en parler un petit peu dans la prochaine section. Mais qu'est-ce qu'on doit se souvenir là? Où ça s'entrecoupe ces deux décisions-là?
Louise Langevin (35:56) Bon, ces deux décisions-là, au-delà qu'elles ont une seule année de différence entre les deux, elles ont quand même été rendues en Ce qu'on retient, c'est que ces deux décisions-là sont le fondement du droit à l'autonomie procréative des femmes. Donc, si aujourd'hui, on parle de l'avortement comme un soin de santé et qu'on parle de la capacité décisionnelle des femmes de décider pour elles-mêmes, C'est en raison de ces deux compte de la Cour suprême de l'époque, compte-tenu de leur C'est ce qu'on
Hugo Martin (36:34) Le juge s'est prononcé à de nombreuses reprises à l'effet ce sujet-là est clos au Canada. Vous êtes d'accord?
Louise Langevin (36:41) Oui, il est clos. Il a dit encore en juin 2024 que la décision Morgentaler, le gouvernement fédéral n'est jamais revenu sur la question de la criminalisation. La question est close, la question est close, mais de toute façon, en supposant, on va essayer d'imaginer qu'un gouvernement fédéral au pouvoir réussisse à faire adopter une loi dans le Code criminel qui criminalise l'avortement, par après 16 semaines, qui criminaliserait seulement le fournisseur de soins de santé. Maintenant, qui criminalisera pas la femme. On dit ça pour discuter. D'abord, les collèges des médecins du seraient les premiers à cette loi-là. Mais moi, cette loi-là ne passerait pas le test constitutionnel parce que les femmes seraient les seules.
Hugo Martin (37:21) ...
Louise Langevin (37:37) criminalisée pour un soin de santé, parce que les femmes sont les seules qui accouchent, donc atteintes à leurs droits à l'égalité, atteintes à leur liberté de conscience, atteintes à leur sécurité physique et psychologique parce que les avortements clandestins reprendraient, donc à mon avis, dans une société libre et la société canadienne. la criminalisation de l'avortement ne passe pas le test de l'article 15 et de l'article 7 de La Charte Canadienne des Droits et libertés
Hugo Martin (38:11) Et aussi la proportionnalité, donc un article de loi qui limiterait la capacité décisionnelle des femmes ne serait pas une limite acceptable dans une société libre et Est-ce qu'on a eu des progrès depuis 89?
Louise Langevin (38:14) Great ! Non, ne le faites pas. Depuis 1989, c'est sûr, on a des parce que, comme je vous ai dit, le Canada est un modèle dans le domaine. Il n'y a pas de loi. On n'a pas besoin de loi. Il y a des gens qui comprennent pas ça. Comment se fait-il qu'on n'a pas de loi, que tous les autres pays ont des lois? Même les pays scandinaves ont des lois pour criminaliser l'avortement à un certain moment de la grossesse. C'est parce que ces lois-là ont été adoptées dans les années 70 et c'était la façon de réfléchir à l'avortement. Donc le Canada est un modèle et il doit rester un modèle et il doit être un modèle aussi dans l'accès aux soins de santé pour toutes les femmes, celles des grands centres et celles des régions éloignées aussi. puis les sondages le montrent bien que les Canadiens et Canadiennes considèrent que dépend de la décision personnelle des femmes, que c'est un soin de Mais je voudrais aussi parler de la de l'avortement qui est une question qui demeure tabou malgré tout. une femme sur trois.
Hugo Martin (39:27) Et ce l'était d'ailleurs beaucoup dans l'affaire
Louise Langevin (39:30) L'avortement continue à être tabou aujourd'hui, même si c'est le soin de santé le plus dans la vie reproductive des Évidemment, plus on a accès à la contraception, moins il va y avoir d'avortement. Évidemment, la avec zéro risque n'existe pas, mais il a un lien. Quand les femmes ont à des moyens de contraception, efficace et gratuits, il y d'avortements. Et chez les jeunes femmes aussi, il va y avoir moins d'avortements. Mais l'avortement reste une question secrète, une question taboue. C'est sûr qu'avec plus de cent ans de criminalisation, et c'est criminalisé dans de nombreux pays, et regardez dans d'autres pays où il a juste pas d'accès à l'avortement, que c'est toujours un ça reste... un soin de santé entouré de beaucoup de silence. une raison de décennie de Les mentalités sont quand même lentes à changer.
Hugo Martin (40:36) j'aimerais ça qu'on se porte un peu plus loin, 1997. L'affaire Offre des services à l'enfant et à la famille de Winnipeg. la Cour suprême a eu à se prononcer encore une fois
Louise Langevin (40:44) Oui.
Hugo Martin (40:50) le droit à des femmes. Est-ce que vous êtes à l'aise de nous en parler un peu?
Louise Langevin (40:56) Winnipeg est une triste qui n'aurait pas dû se présenter devant la Cour suprême du Canada. une jeune femme qui dans la région de Winnipeg. avec des problèmes de Elle est et ce n'est pas la première fois qu'elle a des enfants qui syndrome de l'alcool Les de protection à l'enfance se rendent compte qu'elle est et donc vont lui une cure de désintoxication qu'elle accepte. Mais la journée où on va la chercher,
Hugo Martin (41:12) de cinq mois.
Louise Langevin (41:32) elle est intoxiquée et elle ne veut pas suivre les intervenants. Et pour une raison ou pour une autre, l'affaire va aller devant les tribunaux. Et la question c'est, est-ce qu'un tribunal peut forcer la détention d'une femme enceinte pour lui imposer des soins de santé qu'elle ne veut pas, mais des soins de santé au bénéfice du fœtus? C'est la question. Et l'affaire ira jusqu'en Cour suprême du Canada et la Cour suprême du Canada dit cette affaire-là n'aurait pas dû venir jusqu'ici. Elle n'aurait pas dû venir jusqu'ici parce qu'il s'agit d'une femme qui a besoin, je dirais, de bienveillance. Elle n'a pas d'être forcée pour avoir des soins de Et donc, la Cour suprême, au lieu de dire... c'est épouvantable! Cette femme-là est toxicomane Elle ne réalise pas les dommages qu'elle va causer à son enfant. On devrait l'incarcerer tout de suite, lui imposer une cure de désoxication. La Cour suprême a dit non, pas ça. La Cour suprême dit qu'on ne peut pas imposer des soins de santé à une femme enceinte qui n'en veut pas, même si c'est pour le bénéfice du foetus. Donc la Cour suprême a vu plus large ici, puis elle a bien vu les problèmes aux États-Unis avec les « crack babies », où des femmes américaines avec des problèmes de toxicomanie étaient incarcérées dans des prisons qu'elles consomaient du crack, et aussi elles étaient incarcérées après la naissance du bébé parce qu'elles avaient consommé du crack et qu'elles avaient menacé la santé de leur enfant. Dans l'affaire Winnipeg, madame va finir par accepter d'aller en cure de désintoxication parce que c'est ce qu'elle et elle va donner naissance à un enfant qui n'aura pas le syndrome de l'alcool fétal. Mais cette histoire-là est une histoire triste de populations stigmatisées, ici des femmes autochtones, qui n'ont pas accès à tous les soins de santé. n'ont pas aux services sociaux, on peut imaginer les conditions de vie de cette femme. Et la dernière chose qu'elle a besoin, c'est d'être criminalisée. Elle a besoin des soins de santé et la Cour suprême l'a bien vue dans cette affaire-là.
Hugo Martin (44:05) Ce qui m'amène à vous poser une autre question un peu en relation avec ce choix-là ou ce droit-là dirait le besoin interventionniste de l'État. Il y a l'affaire Dobson 1999, donc deux petites années après Winnipeg où on accident d'auto un enfant à naître. Et on parle encore une fois de l'intervention de l'État.
Louise Langevin (44:26) tout à dans l'affaire Winnipeg que dans l'affaire Dobson ici, on voit la relation particulière entre la femme et le foetus. C'est une situation qui n'existe que une enceinte.
Hugo Martin (44:35) et le fait sus.
Louise Langevin (44:43) dans cette affaire, c'est un accident de voiture. Dans la province où ça s'est produit, il n'y a pas de système étatique d'indemnisation des victimes d'accidents automobiles. Donc, madame est enceinte, a un accident de la route, elle est fautive. L'enfant naît au à la suite de cet accident Il est lourdement handicapé, il a besoin de soins de santé. Donc, ce qui va se produire... c'est que le tuteur à l'enfant qui est le grand-père va intenter une action contre madame parce que dans le fond, on cherche une indemnisation par la compagnie d'assurance de Et la question qui se pose, c'est est-ce qu'un foetus qui n'est pas encore au monde, il en gestation, est-ce qu'un foetus qui vient au monde vivant et viable mais lourdement handicapé, Peut-il intenter une action contre sa mère pour la faute de cette dernière? Donc, il est au monde.
Hugo Martin (45:43) Et est-ce qu'elle jouait d'une certaine immunité cette mère-là aussi ?
Louise Langevin (45:47) Oui, la question c'est, oui, avoir une immunité. Dans l'affaire Winnipeg, le fœtus est pas encore au monde, mais on veut contrôler madame. Ici, à l'affaire Dobson le bébé il est sorti, mais là on retourne contre la mère pour sa responsabilité civile. Fait que la question, c'est de dire, est-ce qu'on peut poursuivre les femmes enceintes pour tous les gestes qu'elles vont poser. Donc vous vous imaginez... que les femmes enceintes, si jamais la Cour suprême avait permis ce genre de recours, parce que c'est une décision de common law, mais qui s'applique par son esprit en droit civil québécois, vous imaginez si la Cour suprême avait permis ce genre de recours pour un fœtus qui vient au monde vivant et viable mais lourdement handicapé contre la faute de sa mère pendant la gestation, les femmes enceintes pourraient être poursuivies pour tout et rien. de dire, oui, cette femme enceinte a pris un peu d'alcool, ou même a mangé du yogourt au café, le café c'est pas bon, ou du fromage au lait cru, ou trop de poissons, elle a trop travaillé, bon et donc la Cour suprême va c'est une intrusion dans la vie privée des femmes, c'est une surveillance de tous les instants. en plus, cette les femmes sont Dans Dobson on dit bien que c'est juste les femmes qui seraient soumises à ce de surveillance. Mais parce qu'à cette époque-là, on ne pas ce qu'on sait aujourd'hui. Aujourd'hui, des hommes pourraient aussi être soumis à ce genre de surveillance parce qu'aujourd'hui, on sait que la qualité du sperme chez l'homme diminue avec l'âge.
Hugo Martin (47:18) Oui oui
Louise Langevin (47:35) avec la consommation d'alcool, avec la consommation de drogue, avec la cigarette. Donc aujourd'hui aussi les hommes surveillés et poursuivis en responsabilité civile parce que l'enfant vient au monde handicapé, pourrait dire « je handicapé parce que mon père a fumé quand il était plus jeune donc à cette époque-là on ne le savait pas et on disait « ben il a juste les femmes qui peuvent être surveillées ». Aujourd'hui les hommes pourraient aussi être surveillés.
Hugo Martin (47:58) Mmh.
Louise Langevin (47:59) Mais avec Dobson Winnipeg et les deux autres Daigle Contre Tremblay et Morgentaler on voit toute cette construction par la Cour suprême du Canada de l'autonomie, du droit à l'autonomie procréative des un feotus qui ne peut pas poursuivre sa mère pour la faute de cette dernière pendant qu'elle était enceinte de lui.
Hugo Martin (48:22) Dobson, l'imposition à la femme enceinte d'une obligation légale de diligence à l'égard du foetus qu'elle porte ou de l'enfant auquel elle donne naissance par la suite ne peut être qualifiée de simple application de règles existantes en matière délictuelle afin de satisfaire aux exigences d'une affaire particulière. Elle constitue plutôt une intrusion grave dans la vie des femmes enceintes qui est susceptible d'entraîner des effets négatifs sur la cellule familiale.
Louise Langevin (48:40) Exact.
Hugo Martin (48:48) Et la Cour suprême dans l'affaire Dobson nous a bien dit qu'une règle fondée sur la norme de la femme enceinte raisonnable fait apparaître le spectre de la responsabilité délictuelle pour des choix de mode de vie et elle porte atteinte aux droits des femmes, à la vie privée et à l'autonomie.
Louise Langevin (48:54) sexisme. exact. Mais dans cette affaire-là, la petite histoire dit que la compagnie d'assurance de Madame va finir par parce que l'enfant a besoin de soins 24 heures sur 24. bon, il y aura une d'indemnisation, mais on retient cette décision parce qu'on ne peut pas la vie d'une femme enceinte. En tout cas, le droit ne peut pas contrôler la vie d'une femme enceinte, mais ça ne veut pas dire qu'il pas de pression sociale quand même sur les femmes enceintes. Il y a énormément de pression sociale sur le comportement des femmes enceintes. Est-ce que c'est une bonne femme enceinte? Est-ce que ça comporte bien? Est-ce qu'elle fume? Est-ce qu'elle fume pas? On a le jugement facile à l'égard des femmes enceintes.
Hugo Martin (49:48) Professeur Langevin, est-ce qu'on est contents de notre Cour suprême du face aux droits à l'avortement, aux droits pour les femmes à l'autonomie procréative? Est-ce qu'on devrait être qu'on est des enseignements de la Cour?
Louise Langevin (50:02) Oui, ce à quoi on s'attend d'une Cour suprême du Canada, de la vision, du respect droits des une une société plus juste, une société égalitaire, parce que c'est de ça dont on parle. du droit à l'égalité. c'est du droit à l'égalité que l'on parle, fond, c'est-à-dire de reconnaître que les femmes sont des citoyennes à part ont le droit de participer dans la société, c'est le droit à l'égalité, le droit à l'égalité, c'est le droit pas d'être traité de la même façon, c'est le droit d'être reconnu pour les différences et de prendre part à la le rôle de la Cour suprême du Canada. de reconnaître les de tous les citoyens.
Hugo Martin (50:52) professeure Langevin. Et je vous remercie de... êtes prêtés à l'exercice d'avoir partagé vos connaissances avec nos auditeurs. merci beaucoup.
Louise Langevin (51:00) C'est moi qui vous remercie.
Outro STD FR (51:04) Merci d'avoir été des nôtres pour cet épisode de Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes. Comme nous l'avons vu aujourd'hui, le droit n'est pas statique, il est vivant. Chaque décision de la Cour suprême ajoute une pierre à l'édifice de notre société. Pour consulter les arrêts discutés et en savoir plus sur nos invités, rendez-vous sur faconnelecanada.ca et parcourez les notes de l'épisode. Abonnez-vous sur votre plateforme de balado préférée pour ne rien manquer de cette série soulignant le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada. Merci à tous ceux et celles qui ont contribué à ce projet, notamment la Cour suprême du Canada, le Très Honorable Richard Wagner, juge en chef du Canada, les Honorables Nicholas Kasirer, Suzanne Côté, Andromache Karakatsanis, Sheila Martin, Malcolm Rowe, Merci aussi à Michel Lebrun, Mesdames Sandrine Raymond, Laurence Lapérière, Laurence Thériault, ⁓ Peter Warren et la productrice Mme Constance Saint-Pierre. Ce projet a été rendu possible grâce au gouvernement du Canada. Ici Hugo Martin et je vous dis à la prochaine.
Full transcript
Transcript – Shaping Canada
150 Years of Landmark Decisions
Episode 08 – Abortion Rights with Professor Louise Langevin
Duration: 51:56
Épisode 10 : L’autonomie procréative des femmes – L’affaire Tremblay c. Daigle et Morgentaler
Intro STD FR (00:03) Welcome to Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions. The Canada we know today was not built by chance. Argument by argument, judgment by judgment, it has been shaped by law within a unique justice system born from the encounter of British and French systems, and which now increasingly integrates Indigenous traditions. In this series, we mark the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada by decoding the major decisions that have defined our rights, freedoms, and collective identity. Criminal law, Indigenous rights, division of powers—rulings that are not just ancient history. They still shape our daily lives. I am your host, Hugo Martin, and through exclusive meetings with the nine Supreme Court judges and constitutional experts, we will explore the context of these judgments, their impact, and their resonance today.
Laurence Thériault (01:08) Abortion was decriminalized the previous year with the *Morgentaler* ruling, but a legal vacuum persisted. It is in this explosive context that the case of *Tremblay v. Daigle* arose. To discuss this, we are joined by Professor Louise Langevin. Louise Langevin is a full professor at the Faculty of Law of Université Laval and a recognized expert in women's rights and social justice. We analyze this landmark 1989 decision that shaped women's right to autonomy in Canada. The story is that of Chantal Daigle, who decides to end her pregnancy after fleeing a relationship marked by domestic violence. Her ex-partner, Jean-Guy Tremblay, then uses an unprecedented civil procedure strategy. He obtains an interlocutory injunction to prohibit her from having an abortion, invoking the rights of the fetus and his rights as a father. The case rockets all the way to the Supreme Court, which agrees to hear it on an emergency basis in the middle of summer. Plot twist: right in the middle of the hearing, the Court learns that Ms. Daigle, refusing to submit to the will of the Court or Mr. Tremblay, has already undergone the procedure. Despite the case being moot, the Court chooses to render judgment given the national importance of the issue. In a unanimous decision, the Court overturns the lower court rulings. Can a prospective father or civil courts force a woman to carry a pregnancy to term? The Court's answer would close the debate on the legal status of the fetus. I am Laurence Thériault, and I wish you a good listening experience.
Hugo Martin (02:41) Professor Louise Langevin, welcome to 'Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions'.
Louise Langevin (02:48) Hello Hugo, and thank you for the invitation.
Hugo Martin (02:52) So, what could be more significant than the recognition of the right to abortion and women's right to reproductive autonomy? But these rights, Professor, emerged from a legal history where these acts were completely prohibited, where they were criminalized.
Louise Langevin (03:06) Exactly, and that is what we will discuss with the *Morgentaler* decision. In fact, the *Morgentaler* decision and the *Daigle v. Tremblay* decision are fundamental decisions of the Supreme Court of Canada because they recognize women's right to reproductive autonomy. And from that perspective, I will address these two decisions and their fundamental character.
Hugo Martin (03:30) So, if we go far back, to 1869, there was a specific offense in the Criminal Code regarding the sale of contraceptives, distribution, and contraception in general. And we are talking about Section 251. It was an amendment to the Criminal Code in 1969 that, among other things, established therapeutic abortion committees in hospitals. We know that in those years, most women went to the United States to have abortions in New York State. We are talking about an article in *Le Soleil* from November 4, 1971, stating that 4,437 Canadian women had undergone abortions in the city of New York or in New York State between July 1, 1970, and June 30, 1971. So we were in the realm of criminal law.
Louise Langevin (04:23) Yes, you are entirely right. In 1969, Section 251 of the Criminal Code was adopted. This provision allowed abortion, but under very strict conditions. This means it still criminalized abortion when those conditions were not met. The conditions were that abortions could be performed only if there had been authorization from three physicians who formed what was then called a therapeutic abortion committee. And these committees were in certain hospitals, not all hospitals—they were in what were called approved hospitals. Therefore, it wasn't the woman's decision; it was the decision of this committee of doctors, who took into consideration the woman's health and the health of the fetus. In several regions, there were no committees of this kind. Hospitals did not want to or doctors did not want to perform them. Or in certain hospitals, additional conditions were added to Section 251. This meant there were great regional disparities in access to this healthcare, and women, even starting in 1969, would find other ways to access abortion and would go to the United States. There were also what were called clandestine clinics with very poor conditions, where they risked their lives, where women went seeking healthcare.
Hugo Martin (05:56) Indeed.
Louise Langevin (06:06) ...who underwent them. So that was the situation in 1969 with the famous Section 251 of the Criminal Code.
Hugo Martin (06:18) And in 1968, Dr. Morgentaler opened an abortion clinic in Montreal. And I think it's important to mention, but Section 251 did not grant a right to abortion. Can you tell us a bit about that era with Dr. Morgentaler?
Louise Langevin (06:34) Yes. So, Dr. Morgentaler in Montreal will open his first clinic in 1968. He will undergo three criminal trials because, as you said, he did not respect Section 251 of the Criminal Code. He therefore performed illegal abortions. In those three trials, he was acquitted by a jury. There is even one of the trials where the Court of Appeal overturned the acquittal. That second trial went all the way to the Supreme Court of Canada. But the fact remains that after three trials, the Minister of Justice of the day put a stop to the whole matter, and in Quebec, starting in 1977, hospital clinics—what we would call Lazure clinics, named after the Minister of Social Affairs at the time—were set up. There were abortion clinics in Quebec hospitals by 1977. Section 251 of the Criminal Code was valid and enforced, but not in Quebec. But we must know that in 1974, in Quebec...
Hugo Martin (07:32) ...that was the name...
Louise Langevin (07:53) ...it was the province where access to abortion was the most difficult in 1974.
Hugo Martin (07:58) And tell me, Professor Langevin, in my reading, I read that there were francophone hospitals that refused to perform abortions...
Louise Langevin (08:03) Yes. Yes, it was anglophone hospitals that performed them. And today, certain regions of Quebec have hospitals that do not perform abortions, and that dates back to that era. These are women's centres that provide healthcare in certain regions because hospitals, since that era in the 1970s, francophone hospitals refuse to perform abortions—though as I said earlier, it's not because women do not have the right or won't obtain one.
Hugo Martin (08:40) ...starting from 74. So our Attorney General said, we won't enforce 251.
Louise Langevin (08:46) Well yes, because Dr. Morgentaler had been prosecuted three times and acquitted three times by a jury. So it was pointless to continue. Therefore, Lazure clinics in hospitals were set up.
Hugo Martin (09:04) ...of prison, and in 1982, he opened an abortion clinic in Toronto. And 1982 was also the year the Charter was adopted, starting a new era. Tell us a bit about that.
Louise Langevin (09:13) Yes. Dr. Morgentaler goes to Toronto, opens a clinic with two other colleagues. Immediately, he is accused of performing illegal abortions. He even held a press conference upon opening his clinic in Toronto with his two colleagues, knowing he would be arrested. He was acquitted at first instance by a jury. At the second instance, in the Court of Appeal, the acquittal was overturned by the Court of Appeal, which ordered a new trial. And then Dr. Morgentaler and his two colleagues took their case to the Supreme Court of Canada because, as you said, the Canadian Charter had been in force since 1982.
Hugo Martin (10:01) ...the question of the validity of Section 251 before the Supreme Court. They brought this file before the Court...
Louise Langevin (10:07) Yes. Yes.
Hugo Martin (10:24) ...under the Charter, obviously, at that time. Therefore, Section 15 was not yet in force. So that wasn't addressed, and we'll come back to that a bit later. But they argued it was constitutionally invalid because it infringed upon Section 2(a), freedom of conscience and religion...
Louise Langevin (10:30) Exact. Yes.
Hugo Martin (10:42) ...and Section 7, which deals with life, liberty, and security.
Louise Langevin (10:47) Dr. Morgentaler and his two colleagues had raised the unconstitutionality of Section 251 at first instance in the criminal trial, but the judge didn't want to address that question. The Court of Appeal didn't want to address that question. So that's why they presented their arguments before the Supreme Court of Canada. And that is the famous 1988 decision...
Hugo Martin (10:57) Okay.
Louise Langevin (11:13) ...concerning Dr. Morgentaler and his two colleagues.
Hugo Martin (11:17) Section 251, they said, is an interference in women's lives and does not conform to the rules of fundamental justice, and cannot be saved under Section 1 of the Charter, which allows, under strict conditions, infringements on fundamental rights to be maintained if the infringement is justified in a free and democratic society. And we are in '85... we are entering another era of a free and democratic society. What happens at the Supreme Court with *Morgentaler*?
Louise Langevin (11:45) At the Supreme Court, the question is raised. You could follow the debates in the newspapers. The media reported this story—demonstrations in front of the Supreme Court of Canada by anti-choice groups. And that decision is an interesting decision because there are four different opinions. There is an opinion by two dissenting judges. But in the majority...
Hugo Martin (12:17) Justices McIntyre and La Forest were dissenters in that case.
Louise Langevin (12:20) Yes, that's right. And there are three other opinions that are in the majority, but you can't say there is one single opinion... there is Justice Wilson's opinion. She is...
Hugo Martin (12:33) It is important, Professor Langevin, to note that Justice Wilson was the only woman—in fact, the first on a bench of nine judges—the only one who reflected on the true question.
Louise Langevin (12:37) Thank you. She is the only one, and she states very clearly that she is addressing the fundamental question, the question of the right to abortion. We must understand that the other two opinions invalidating Section 251 analyze the administrative process—meaning approved hospitals and committees, therapeutic abortion committees. They analyze that process and arrive at the conclusion that there are too many regional disparities, that women's physical and psychological health is threatened. And that is why they declare the provision unconstitutional. But one can assume that if that process had worked, if the therapeutic abortion committees had truly functioned, those judges might have said well... there was no problem, women had access by going through the hospital and those committees. So Justice Wilson and her decision were still very relevant and very interesting at that time. Justice Wilson therefore addresses, as she says, the fundamental question: can a woman be forced to carry a pregnancy to term against her will? And she asks the question: whose conscience? The conscience of elected officials? They were all men at that time. The conscience of elected officials or the conscience of women? Then she will clearly state that a woman cannot be a means to an end she did not choose, that human beings are capable of making their own decisions in their personal lives without state interference. Yes.
Hugo Martin (14:28) I would like to quote Justice Wilson directly because she tells us very well, reflecting on respect for the fundamental rights of the pregnant woman, she says: she is literally treated as a means—a means to an end she does not desire and does not control. She undergoes a decision made by others regarding the eventual use of her body to nurture a new life. It is truly inspiring to read that, and it really targets the true question. It wasn't a question of procedure, it wasn't...
Louise Langevin (14:58) It was not a question of procedure at all; it was a question of substantive rights. Justice Wilson is influenced by what is happening in the United States. The *Roe v. Wade* decision had been rendered, and Justice Wilson cites that decision and also cites the foundation of that decision. I remind you that *Roe v. Wade* was overturned by the US Supreme Court in 2022. The US Supreme Court said there was no right to privacy in the 14th Amendment of the US Constitution. But in *Roe v. Wade*, Justice Wilson will use the right to privacy as the foundation to state that women can, have the right to, make their own personal decisions for themselves. Also in her decision, Justice Wilson proposes the trimester approach to gestation; in doing so, she is inspired by other countries at that time. I will point out that almost all Western countries have an abortion law, unlike Canada, which allows access to abortion during the first trimester, or thereabouts. After that, doctors make the decision. So she also suggests such a law to lawmakers, because in her mind she thought, well, lawmakers will adopt a law, and she suggests this approach—although no lawmaker adopted that approach. She is very influenced by comparative law at that time. But really, the fact that she uses the right to privacy as a foundation and this right to choose for oneself—we are in 1988 at that time, it was, I would say, avant-garde. After the *Morgentaler* decision in '88, the Conservatives—yes, they are in power, Brian Mulroney—have a bill presented to regulate abortion. And there, it's a single doctor, the authorization of a single doctor, conditions are broadened. It's minimal regulation. But it does not recognize, for example, freedom of choice for the first 16 weeks. It's not that. So that bill is in Ottawa, in the House of Commons, then goes to the Senate. And in January 1991, the Senate, by one single vote, votes against that bill, and never again does the federal government—meaning a government in power through the executive—introduce a bill to criminalize abortion. Between 2005 and 2015, during the reign of the Conservatives in Ottawa, backbench MPs presented numerous private member's bills to criminalize abortion, but those bills never went very far. So that's why I'm telling you there has never been a bill by the government in power through the executive branch to criminalize abortion. So since 1988 in Canada, there has been no criminalization of abortion. And in that sense, Canada among Western countries is a model, a model to follow, because never can a woman in Canada be criminalized, nor the healthcare provider, for having obtained or provided an abortion in Canada. So Canada is now a model in this field.
Hugo Martin (19:02) I would like to make a few clarifications for our listeners: the right to legislate in criminal matters is a federal jurisdiction. The right to legislate in health matters is said to be provincial. And am I wrong in this, Professor Langevin—did certain provinces adopt certain laws here and there, but it was more to regulate rules aimed at...
Louise Langevin (19:12) ...
Hugo Martin (19:28) ...limiting access a bit, but they could never criminalize it at the provincial level.
Louise Langevin (19:36) That's it. So after *Morgentaler*, the ball was tossed into the provinces' court. Some provinces said, we are going to criminalize it. Those provinces tried to criminalize it. They were quickly slapped on the wrist by the courts, which said: you cannot criminalize it. That is not within your jurisdiction. So the provinces said, OK, we will simply limit healthcare access or we won't provide any healthcare access at all. For example, we must remember unfortunately that until 2017, in Prince Edward Island, there were no abortion services on the island. Women had to first obtain authorization from a doctor on the island. Then they could leave the island and go to a neighboring province to obtain an abortion. Until 2017. And P.E.I...
Hugo Martin (20:11) ...recent.
Louise Langevin (20:32) ...changed its position because it was being sued by a women's group and knew very well it was going to lose. So since 2017, there have been abortion services, access to abortion on the island. And not long ago, until New Brunswick was led by a woman—Susan Holt, who is the first woman elected on November 2nd...
Hugo Martin (21:19) Yes, exactly.
Louise Langevin (21:21) ...yes, exactly. But Moncton is now covered. But that goes to show there is reluctance to fund this healthcare. Perhaps we should remind people that abortion is the most common healthcare in women's lives. One in three women will need an abortion. So it is important healthcare for women, and as I said, it's not because there are access difficulties that abortions won't happen. But now, with what is called the abortion pill, it is even more accessible. But after the *Morgentaler* affair, provinces continued to want to refuse this healthcare, and it was in Quebec that, starting from that moment, it was most accessible and still is today. I'm not saying it's perfect, but when compared to other Canadian provinces, it's in Quebec that we have half of the abortion service points. Half of all service points in Canada are in Quebec.
Hugo Martin (22:38) So, practically... Let's return briefly to *Morgentaler*: no judge addresses the question of recognizing or not the legal status of the fetus in *Morgentaler*. Section 251 is declared unconstitutional in 1988, but is only repealed in June 2019. And then we find ourselves in 1989, where...
Louise Langevin (22:59) Exact.
Hugo Martin (23:03) ...lawyers and a plaintiff, we could say imaginative ones, decided to ask to prevent a woman from undergoing an abortion, and we are in the *Tremblay v. Daigle* case, the decision for which was rendered in 1989, judged and heard in 1989. It all happened quite fast.
Hugo Martin (23:30) The facts of the case, Professor Langevin, if you can remind us of them.
Louise Langevin (23:30) Perhaps simply to say that *Daigle v. Tremblay* is a case of domestic violence. At that time, it wasn't perceived or named as such. But today we say it was a case of domestic violence, and not just domestic violence—violence by the justice system itself. Here, a violent man seeks an injunction. That is something—an injunction.
Hugo Martin (23:56) So for our listeners, an injunction is a civil remedy, first, aimed at compelling someone to do or not do something. We are more used in a civil law system to compelling someone to do something. So a judge is asked to compel a certain person to...
Louise Langevin (24:00) ...
Hugo Martin (24:18) ...build a retaining wall between two properties because it's causing damage. But here, that is not what Tremblay decided to do. He decided to ask the Court to intervene through an injunction to prevent Ms. Daigle from *not* doing—from obtaining an abortion, which was her sole right. Who wanted to prevent Ms. Daigle from obtaining an abortion?
Louise Langevin (24:43) Yes, that's it. She is 17 weeks pregnant. It's a violent relationship. She wants to get out of that relationship. She doesn't want to be a mother and therefore wants an abortion. Her ex-partner finds a lawyer who agrees to file an injunction request, and especially at first instance and in the Court of Appeal, the injunction is granted. The injunction is granted even though at that moment there is no longer a law in Canada criminalizing abortion. The case goes before the Supreme Court in August '89, while the Court is not sitting. It's an urgent matter. The judges are on vacation. Meanwhile, Daigle goes to the United States to have an abortion. The judges learn at midday that the woman has already had an abortion and that the question is somewhat moot. And the story goes that Chief Justice Dickson was very angry because he had to bring his judges back to sit during the summer. It was an emergency. And then he learns the question is moot, and technically they shouldn't rule on it. But in this case, it's Justice McLachlin who will say, we must settle the question. Because we cannot have another woman live through the same situation. Because there had been absolutely incredible media hype, value judgments passed on Ms. Daigle. It was absolutely horrendous. Prompted by Justice McLachlin's comments, Chief Justice Dickson agrees to reconvene the tribunal in the afternoon and continue hearing the case.
Hugo Martin (26:44) The interlocutory injunction had as its source the claim by Tremblay that the fetus was a human being under the Civil Code of Lower Canada—which was still in force at the time under the Civil Code of Lower Canada and the Quebec Charter—and that it enjoyed legal personality. You know the story... the Superior Court grants the injunction, maintained by the Court of Appeal. So the central legal problem the Supreme Court had to address was the rights of the fetus, the legal personality of the fetus. And I think everyone has 'born alive and viable' in their minds. We have that in our imagination. We still have the domestic violence situation. We know it's a debate that is, quote-unquote, moot, but the Supreme Court of Canada decides to address the substantive law aspect. Can you talk to us a bit about that?
Louise Langevin (27:40) The Court will state that to decide whether the injunction can be granted, there must be a legal foundation. And the foundation is: does the fetus have rights? Does the prospective father, the begetter, have rights as well? It is a unanimous decision, which is rare. A decision that is unsigned. The decision is unsigned, which is rare, and applies in both civil law and common law. It is still quite rare for a decision to apply in both common law and civil law simultaneously. And therefore, it is the Civil Code of Lower Canada and the Quebec Charter. And the Court will rule that in civil law, the fetus has no rights unless it is born alive and viable. But it has no rights. Furthermore, the prospective father, the begetter, has no rights either. But in the decision, it is repeated several times that the legislature could intervene, that the legislature could decide otherwise. I will point out that the Quebec legislature has never intervened on this question, nor has any legislature in the other provinces and territories, because the decision also applies in common law. In common law, the fetus has no rights unless born alive and viable, and the prospective father has no rights either. So, *Daigle v. Tremblay* is a very important decision because the fetus has no rights, and the legislature never intervened on that matter. *Daigle v. Tremblay* is certainly the biggest obstacle in the path of anti-choice groups. Because anti-choice groups cannot attack a law in Canada—there is no law, they cannot attack a law. There are court decisions. Common law decisions. That is the common law method of fundamental rights, interpreting articles. Yes, *Daigle v. Tremblay* is a civil law decision, that's for sure, but these are decisions of the Supreme Court of Canada. So that is why I say *Daigle v. Tremblay* is certainly the biggest obstacle in the path of anti-choice groups establishing that the fetus has no rights. It's a really interesting case. Well, because it's domestic violence, because it's violence by the legal system towards this woman, at a time when abortion is no longer even criminalized, and also because she went to get an abortion in the United States—proof that just because you can't access abortion healthcare in your own country doesn't mean you won't get it elsewhere. A bit like what is happening in the United States across various states right now. But it's also a decision that allowed lawmakers to intervene, and lawmakers never intervened.
Hugo Martin (31:00) What about... did they address the opposition between the rights of a fetus versus the rights of a woman?
Louise Langevin (31:10) No. The question of the right to life is not addressed. They talk about the rights of the fetus. Well, we know very well that in common law the Supreme Court will rule on the question put to it and will not elaborate too much outside of that because it says, another time I will have the opportunity to clarify another point of law. So, in *Daigle v. Tremblay*, we do not talk about the right to life. The question is: does the fetus have rights? Does it have legal personality? The answer is no, unless born alive and viable. And then that's a whole other ballgame—the question of the right to abortion is not raised in that decision. But of course, if the fetus has no rights, women therefore have decision-making capacity at all times during pregnancy.
Hugo Martin (32:07) I'll ask the question now: since the decision allows or leaves the door open for the powers of the provinces or the Attorney General of Canada to regulate abortion, is that perhaps a way to counter women's fundamental rights?
Louise Langevin (32:30) ...yes, yes, I am convinced...
Hugo Martin (32:31) That's a bit why nobody is moving either.
Louise Langevin (32:35) Yes, I am quite convinced. One could imagine—and the question has been raised—shouldn't Quebec adopt a law to recognize women's right to abortion, to recognize that it's healthcare and that we shouldn't need a law for that, to prevent what's happening in the United States, to prevent budget cuts, to prevent...
Hugo Martin (32:47) Mmh mmh.
Louise Langevin (32:59) ...a federal government from having the idea and project of recriminalizing it? Several groups and I supported this movement: we don't need a law to recognize abortion as healthcare, we need money and investment so there is real access to healthcare. Imagine a law on this question recognizing it as healthcare? The next morning, anti-choice groups would be before the courts, giving them even more media visibility. Imagine the debates for passing that law too! Given the parliamentary process, we don't know what that would turn out to be—all of a sudden women end up with fewer rights than before. For example, there would certainly be MPs or people in society saying 'ah, we'll do like all other countries, we'll recognize abortion for the first 16 weeks, say, and after that, it's doctors who decide.' We don't need a law like that; women with their doctors make the best decision for themselves. What we need is access to contraception, access to good healthcare, reproductive healthcare with no waiting lists. That's what women in Quebec and Canada need.
Hugo Martin (34:32) Was it clumsy of the Supreme Court of Canada at the time of *Daigle v. Tremblay* to leave the question of whether the fetus has rights regarding abortion itself up to the federal Parliament?
Louise Langevin (34:44) At that time, I think it reflects the opinion of the era, meaning I think the Supreme Court would have liked the federal government to intervene, like other Western countries, to adopt that trimester approach. Because after all, in Canada, over 90% of abortions take place in the first three months, and abortions after three months are very rare, in very specific situations, and we don't need laws for that.
Hugo Martin (35:09) ...was not put in place. We saw the statistics I mentioned. In the second trimester it's much more medical conditions dangerous for... Another question for you: if I asked you to cross-examine both decisions, *Morgentaler* and *Daigle*, what should we take away? What should our listeners remember from these two decisions which are... not everyday choices, we are talking about decisions that shaped Canada. Clearly, these are things that had a lasting impact. We'll talk about that a bit in the next section. But what should we remember? Where do these two decisions intersect?
Louise Langevin (35:56) Well, these two decisions, beyond the fact that they are just one year apart—they were rendered in '88 and '89—what we take away is that these two decisions are the foundation of women's right to reproductive autonomy. So if today we talk about abortion as healthcare and we talk about women's decision-making capacity to decide for themselves, it is because of these two decisions, considering the Supreme Court of that era and considering their courage. That is what we must remember.
Hugo Martin (36:34) The Court has stated on numerous occasions that this matter is closed in Canada. Do you agree?
Louise Langevin (36:41) Yes, it is closed. It stated again in June 2024 that regarding the *Morgentaler* decision, the federal government has never revisited the issue of criminalization. The issue is closed, the issue is closed. But anyway, supposing—let's try to imagine that a federal government in power succeeds in having a law passed in the Criminal Code that criminalizes abortion after 16 weeks, which would criminalize only the healthcare provider and not the woman—let's discuss that hypothetically. First of all, the colleges of physicians would be the first to challenge that law. But in my view, that law would not pass the constitutional test because women would be the only ones...
Hugo Martin (37:21) ...
Louise Langevin (37:37) ...criminalized for healthcare, because women are the only ones who give birth. Therefore, it's a violation of their equality rights, a violation of their freedom of conscience, a violation of their physical and psychological security because clandestine abortions would resume. So in my view, in a free and democratic society—Canadian society—the criminalization of abortion does not pass the test under Section 15 and Section 7 of the Canadian Charter of Rights and Freedoms.
Hugo Martin (38:11) And also proportionality—so a provision of a law limiting women's decision-making capacity would not be an acceptable limit in a free and democratic society. Have we made progress since '89?
Louise Langevin (38:14) Great! No, don't do it.
Louise Langevin (38:19) Since 1989, of course we have made progress, because as I told you, Canada is a model in this field. There is no law. We don't need a law. There are people who don't understand that. How is it that we don't have a law, that all other countries have laws? Even Scandinavian countries have laws to criminalize abortion at a certain point in pregnancy. It's because those laws were adopted in the 1970s, and that was the way of thinking about abortion back then. So Canada is a model, and it must remain a model, and it must also be a model in healthcare access for all women—those in major centers and those in remote regions too. And polls clearly show that Canadians consider that abortion depends on women's personal decisions, that it's healthcare. But I would also like to talk about the stigma of abortion, which remains a taboo subject despite everything. One in three women...
Hugo Martin (39:27) And it was very much so in the *Daigle* case.
Louise Langevin (39:30) Abortion continues to be taboo today, even though it is the most common healthcare in women's reproductive lives. Obviously, the more access to contraception there is, the fewer abortions there will be. Obviously, zero risk doesn't exist, but there is a link. When women have access to effective and free contraception, there are fewer abortions. And among young women too, there will be fewer abortions. But abortion remains a secret matter, a taboo matter. Of course, with over a hundred years of criminalization—and it is criminalized in many countries, and look at other countries where there is simply no access to abortion—it always remains... healthcare surrounded by much silence. That's a reason rooted in decades of criminalization. Mindsets are slow to change.
Hugo Martin (40:36) I'd like us to move a bit further, to 1997. The case of *Winnipeg Child and Family Services v. G. (D.F.)*. The Supreme Court had to rule once again on...
Louise Langevin (40:44) Yes.
Hugo Martin (40:50) ...women's rights. Are you comfortable talking to us a bit about that?
Louise Langevin (40:56) *Winnipeg Child and Family Services v. G. (D.F.)* is a sad story that should never have come before the Supreme Court of Canada. It's a young woman in the Winnipeg region with substance abuse problems. She is pregnant, and it's not the first time she has children with fetal alcohol syndrome. Child protection workers realize she is pregnant and therefore order a drug rehabilitation program, which she accepts. But on the day they go to pick her up...
Hugo Martin (41:12) ...she is five months pregnant.
Louise Langevin (41:32) ...she is intoxicated and doesn't want to follow the workers. And for one reason or another, the case goes to court. And the question is: can a court force the detention of a pregnant woman to impose healthcare she doesn't want, but healthcare for the benefit of the fetus? That is the question. And the case went all the way to the Supreme Court of Canada, and the Supreme Court of Canada said: this case should never have come here. It should never have come here because this is a woman who needs, I would say, compassion. She doesn't need to be forced to have healthcare. And therefore, the Supreme Court, instead of saying... this is appalling! That woman is a drug addict! She doesn't realize the damage she's causing to her child. We should incarcerate her right away, impose a detox cure on her. The Supreme Court said no, not that. The Supreme Court said healthcare cannot be imposed on a pregnant woman who doesn't want it, even if it's for the benefit of the fetus. So the Court looked at the bigger picture here, and it saw the problems in the United States with 'crack babies', where American women with substance abuse problems were incarcerated in prisons while consuming crack, and also incarcerated after the baby's birth because they had consumed crack and threatened their child's health. In the Winnipeg case, the woman ends up agreeing to go to rehab because that's what she wanted, and she gives birth to a child who will not have fetal alcohol syndrome. But that story is a sad story of stigmatized populations, here Indigenous women, who do not have access to all healthcare, do not have access to social services—we can imagine this woman's living conditions. And the last thing she needs is to be criminalized. She needs healthcare, and the Supreme Court saw that clearly in this case.
Hugo Martin (44:05) Which leads me to ask you another question somewhat related to that choice or right—I would say the state's interventionist need. There is the *Dobson* case in 1999, just two years after Winnipeg, concerning a car accident involving an unborn child. And we are talking once again about state intervention.
Louise Langevin (44:26) Quite right. Both in the Winnipeg case and in the Dobson case here, we see the special relationship between the woman and the fetus. It's a situation that only exists with a pregnant woman...
Hugo Martin (44:35) ...and the fetus.
Louise Langevin (44:43) ...in this case, it's a car accident. In the province where it happened, there is no state-run automobile accident victim compensation system. So the woman is pregnant, has a road accident, and she is at fault. The child is born with heavy disabilities following this road accident, and needs healthcare. So what happens... is that the child's tutor, who is the grandfather, files a lawsuit against the woman because essentially they are seeking compensation from the mother's insurance company. And the question that arises is: can a fetus not yet born, gestating, can a fetus that comes into the world alive and viable but heavily disabled, can it file a lawsuit against its mother for the mother's negligence? So, it is born.
Hugo Martin (45:43) And did that mother enjoy a certain immunity as well?
Louise Langevin (45:47) Yes, the question is: yes, does she have immunity? In the Winnipeg case, the fetus is not yet born, but they want to control the woman. Here, in the *Dobson* case, the baby is born, but now they are suing the mother for civil liability. So the question is to say, can we sue pregnant women for all the actions they take? So you can imagine... that pregnant women—if the Supreme Court had ever allowed that kind of recourse, because it's a common law decision, but its spirit applies in Quebec civil law—you can imagine if the Supreme Court had allowed that kind of recourse for a fetus born alive and viable but heavily disabled due to the mother's negligence during gestation, pregnant women could be sued for everything and nothing. Saying, yes, this pregnant woman drank a little alcohol, or even ate café yogurt—coffee isn't good—or unpasteurized cheese, or too much fish, she worked too hard, well, and so the Supreme Court says... this is an intrusion into women's private lives, it's round-the-clock surveillance. And furthermore, these women are...
Hugo Martin (47:18) Yes, yes.
Louise Langevin (47:35) ...in *Dobson* it is stated that only women would be subject to this kind of surveillance. Because at that time, we didn't know what we know today. Today, men could also be subject to this kind of surveillance because today we know that men's sperm quality decreases with age...
Hugo Langevin (47:18) ...
Louise Langevin (47:58) ...with alcohol consumption, drug consumption, smoking. So today men could also be monitored and sued in civil liability because a child is born disabled, and could say 'I am disabled because my father smoked when he was younger'—so back then they didn't know that and said 'well, only women can be monitored.' Today men could be monitored too. But with *Dobson*, *Winnipeg*, and the other two—*Daigle v. Tremblay* and *Morgentaler*—we see this entire construction by the Supreme Court of Canada of autonomy, of the right to reproductive autonomy: a fetus cannot sue its mother for the mother's negligence while she was pregnant with it.
Hugo Martin (48:22) In *Dobson*, the imposition on a pregnant woman of a legal duty of care toward the fetus she carries or the child she subsequently gives birth to cannot be described as a mere application of existing tort rules to satisfy the requirements of a particular case. Rather, it constitutes a severe intrusion into the lives of pregnant women that is likely to generate negative effects on the family unit.
Louise Langevin (48:40) Exact.
Hugo Martin (48:48) And the Supreme Court in the *Dobson* case told us clearly that a rule based on the standard of the reasonable pregnant woman raises the specter of tort liability for lifestyle choices, and infringes upon women's rights to privacy and autonomy.
Louise Langevin (48:54) ...sexism.
Louise Langevin (48:54) Exact. But in that case, the story goes that the woman's insurance company ended up paying because the child needs 24-hour care. Well, there will be compensation, but we retain that decision because you cannot control a pregnant woman's life. In any case, the law cannot control a pregnant woman's life—though that doesn't mean there isn't social pressure on pregnant women nonetheless. There is enormous social pressure on pregnant women's behavior. Is she a good pregnant woman? Does she behave well? Does she smoke? Does she not smoke? People are quick to judge pregnant women.
Hugo Martin (49:48) Professor Langevin, are we pleased with our Supreme Court regarding abortion rights and women's right to reproductive autonomy? Should we be proud of the Court's teachings?
Louise Langevin (50:02) Yes, what we expect from a Supreme Court of Canada, from its vision, from its respect for human rights, is a fairer society, an egalitarian society, because that is what we are talking about: the right to equality. It is the right to equality that we are talking about at its core—meaning recognizing that women are full citizens, have the right to participate in society. It's the right to equality; the right to equality is the right not to be treated the same way, but the right to be recognized for our differences and to take part in society. That is the role of the Supreme Court of Canada: to recognize the rights of all citizens.
Hugo Martin (50:52) Thank you, Professor Langevin. And thank you for playing along and sharing your knowledge with our listeners. Thank you very much.
Louise Langevin (51:00) It is I who thank you.
Outro STD FR (51:04) Thank you for joining us for this episode of Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions. As we saw today, law is not static; it is alive. Every Supreme Court decision adds a stone to the building of our society. To consult the discussed rulings and learn more about our guests, visit faconnelecanada.ca and browse the episode notes. Subscribe on your favorite podcast platform so you don't miss anything from this series highlighting the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada. Thank you to everyone who contributed to this project, notably the Supreme Court of Canada, the Right Honourable Richard Wagner, Chief Justice of Canada, the Honourables Nicholas Kasirer, Suzanne Côté, Andromache Karakatsanis, Sheila Martin, Malcolm Rowe... Thank you also to Michel Lebrun, Mmes Sandrine Raymond, Laurence Lapérière, Laurence Thériault, Peter Warren, and producer Ms. Constance Saint-Pierre. This project was made possible thanks to the Government of Canada. This is Hugo Martin, and I'll see you next time. En
Article de blogue
Daigle c. Tremblay (1989) : l’injonction qui est allée trop loin
De Morgentaler à l’autonomie procréative des femmes — avec la professeure Louise Langevin
Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes — avec la professeure Louise Langevin
En 1988 et 1989, deux décisions de la Cour suprême — Morgentaler puis Daigle c. Tremblay — ont marqué un tournant majeur pour le droit des femmes à l’avortement au Canada. Ensemble, elles ont consacré ce que la professeure Louise Langevin appelle le droit à l’autonomie procréative des femmes. L’avortement est pourtant le soin de santé le plus courant dans la vie des femmes — une femme sur trois y aura recours —, et le Canada n’a, depuis, adopté aucune loi fédérale pour l’encadrer.
Pour explorer ces enjeux, nous recevons la professeure Louise Langevin, de la Faculté de droit de l’Université Laval, spécialiste reconnue du droit des femmes et de la justice sociale.
Le contexte historique
Au Canada, l’avortement fut longtemps un crime : une infraction spécifique dès 1869. Un siècle plus tard, l’article 251 du Code criminel (1969) l’autorise, mais à des conditions si strictes qu’il le criminalise en réalité dès qu’elles ne sont pas remplies : l’avortement doit être approuvé par un « comité d’avortement thérapeutique » de trois médecins, dans un hôpital agréé. Résultat : d’énormes disparités régionales, beaucoup d’hôpitaux refusant d’en pratiquer. Des milliers de Canadiennes se rendent alors à New York, ou ont recours à des avortements clandestins, souvent dangereux.
C’est dans ce contexte que le docteur Henry Morgentaler ouvre une clinique à Montréal en 1968. Poursuivi à trois reprises pour avortements illégaux, il est chaque fois acquitté par un jury. Devant ces acquittements répétés, le Québec cesse d’appliquer l’article 251 dès 1974, et des cliniques hospitalières (les « cliniques Lazure ») y voient le jour en 1977. Puis Morgentaler ouvre une clinique à Toronto en 1982 — l’année même de l’adoption de la Charte, qui change tout : elle permet enfin de contester la constitutionnalité de l’article 251 devant la Cour suprême.
Ce sera la décision historique de 1988. La Cour conclut que l’article 251 viole la liberté de conscience (article 2a) et le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité (article 7) : le processus des comités menaçait la santé physique et psychologique des femmes. La professeure Langevin souligne le rôle de la juge Bertha Wilson — première femme à siéger à la Cour, et seule, parmi les neuf juges, à trancher la question fondamentale plutôt que le seul processus administratif. Une femme, écrit-elle en substance, ne saurait être traitée comme un simple moyen au service d’une fin qu’elle n’a ni choisie ni contrôlée. Inspirée par l’arrêt américain Roe v. Wade — depuis renversé par la Cour suprême des États-Unis en 2022 —, elle fonde son raisonnement sur le droit de décider pour soi-même, une position remarquablement avant-gardiste pour l’époque.
Après 1988, le gouvernement Mulroney tente d’encadrer de nouveau l’avortement, mais son projet de loi est rejeté au Sénat par une seule voix, en janvier 1991. Depuis, aucun gouvernement n’a déposé de projet de loi pour le criminaliser. Comme le rappelle la professeure Langevin, le droit criminel relève d’Ottawa et la santé, des provinces : les provinces qui ont tenté de criminaliser l’avortement se sont vite fait rappeler à l’ordre par les tribunaux. Résultat : depuis 1988, aucune femme ni aucun soignant ne peut être criminalisé au Canada pour un avortement — ce qui fait du pays, à cet égard, un modèle.
L’affaire Daigle c. Tremblay : les faits marquants
C’est dans ce vide juridique qu’éclate, en 1989, l’affaire Daigle c. Tremblay — au fond, insiste la professeure Langevin, une affaire de violence conjugale, doublée d’une violence du système de justice, même si on ne la nommait pas ainsi à l’époque. Chantal Daigle, enceinte de 17 semaines, veut mettre fin à sa grossesse pour se libérer d’une relation marquée par la violence. Son ex-conjoint, Jean-Guy Tremblay, recourt alors à une stratégie inédite : il obtient une injonction — une ordonnance civile — lui interdisant d’avorter, en invoquant le droit à la vie du fœtus et ses droits de père. Alors même qu’aucune loi ne criminalise plus l’avortement, les tribunaux de première instance et d’appel accordent l’injonction.
L’affaire monte en urgence devant la Cour suprême, qui accepte de siéger en plein été. Coup de théâtre : en pleine audience, la Cour apprend que Mme Daigle, refusant de s’y soumettre, s’est déjà rendue aux États-Unis pour avorter. La cause est devenue théorique. La petite histoire veut que le juge en chef Dickson, qui avait rappelé ses collègues de vacances, en fût fort contrarié; c’est la juge McLachlin qui aurait insisté pour trancher malgré tout, afin qu’aucune autre femme ne revive pareille situation — dans un contexte de battage médiatique et de jugements de valeur accablants.
La Cour se prononce donc, à l’unanimité : le fœtus n’a pas de personnalité juridique tant qu’il n’est pas né vivant et viable, et un père potentiel ne détient aucun droit sur la décision de la femme. L’injonction accordée à Tremblay était sans fondement — ni le fœtus ni le père ne disposaient de droits permettant de s’opposer au choix de Mme Daigle.
L’héritage de Daigle c. Tremblay
Morgentaler et Daigle c. Tremblay posent ensemble les bases du droit à l’autonomie procréative des femmes : elles consacrent leur capacité de décider pour elles-mêmes et permettent de reconnaître l’avortement comme un véritable soin de santé. Mais, la professeure Langevin le rappelle, l’accès demeure très variable. Faute de pouvoir criminaliser, certaines provinces ont plutôt limité, voire refusé de financer ces soins : l’Île-du-Prince-Édouard n’offrait aucun service d’avortement avant 2017, et le financement en clinique privée a longtemps posé problème au Nouveau-Brunswick. Le Québec, lui, se distingue par un accès particulièrement large — environ la moitié de tous les points de service du pays. Ces disparités, que la professeure Langevin analyse notamment sous l’angle du fédéralisme, expliquent qu’un enjeu tranché il y a plus de trente ans demeure d’une brûlante actualité — d’autant que l’article 251, déclaré inconstitutionnel dès 1988, n’a été formellement abrogé du Code criminel qu’en 2019.
À propos de notre invitée
Professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval, Louise Langevin consacre ses recherches aux théories féministes du droit, à l’autonomie procréative et aux droits fondamentaux, envisageant le droit comme un outil de changement social pour les femmes. Membre du Barreau du Québec depuis 1986, elle a reçu le titre d’avocate émérite (Ad. E.) et le Mérite Christine-Tourigny en 2010. En 2020, elle a publié Le droit à l’autonomie procréative des femmes : entre liberté et contrainte (Yvon Blais), lauréat du Prix du Concours juridique 2021 de la Fondation du Barreau du Québec, et elle signait en 2024 « L’avortement à travers les frontières : les effets du fédéralisme canadien sur l’accès à l’avortement ». Son parcours comprend la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes (2006-2009), des séjours comme professeure invitée dans plusieurs universités européennes, et un passage à la Cour suprême du Canada comme auxiliaire juridique auprès du très honorable juge en chef Lamer.
Conclusion
Les arrêts Morgentaler et Daigle c. Tremblay ont transformé le droit à l’avortement au Canada en affirmant l’autonomie des femmes sur leur santé reproductive. Leur héritage reste vivant : il rappelle que ce droit, aujourd’hui reconnu, dépend encore d’un accès concret qu’il faut continuer de garantir, pour toutes.
Abonnez-vous à Façonner le Canada
Envie d’entendre la professeure Langevin retracer, dans ses propres mots, le chemin de Morgentaler à Daigle c. Tremblay et les enjeux d’accès qui persistent aujourd’hui? Écoutez cet épisode de Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes, sur votre plateforme d’écoute préférée. Abonnez-vous pour ne rien manquer de cette série soulignant le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada, partagez-la avec vos collègues et vos proches, et dites-nous en commentaire quelle décision de la Cour vous a le plus marqué.
Invitée : Louise Langevin, professeure de droit à l'Université Laval
Animation : Me Hugo Martin · Réalisation : Me Hugo Martin
Recherche : Sandrine Raymond
Édition et révisions : Laurence Laperrière, Laurence Thériault
Production : Rivercast Média s.a.
Guest: Louise Langevin, Professor of Law at Université Laval
Hosting: Me Hugo Martin · Direction: Me Hugo Martin
Research: Sandrine Raymond
Editing and revisions: Laurence Laperrière, Laurence Thériault
Production: Rivercast Média s.a.