Freedom of Religion and the First Freedom with Professor Howard Kislowicz

Can the state compel a whole country to rest on Sundays? That question opened Canada's first great chapter on freedom of religion. Professor Howard Kislowicz of the University of Calgary, a specialist in constitutional law and religious freedom, joins Hugo Martin to trace how the Supreme Court gave meaning to section 2(a) of the Charter through two landmark rulings: R. v. Big M Drug Mart (1985), which struck down the Lord's Day Act and defined the content of religious freedom, and Syndicat Northcrest v. Amselem (2004), a dispute over huts on Montreal condominium balconies that reshaped the right around sincere personal belief.

La liberté de religion et la première liberté avec le professeur Howard Kislowicz

L'État peut-il forcer tout un pays à se reposer le dimanche? Cette question a ouvert le premier grand chapitre du Canada en matière de liberté de religion. Le professeur Howard Kislowicz de l'Université de Calgary, spécialiste du droit constitutionnel et de la liberté religieuse, se joint à Hugo Martin pour retracer la manière dont la Cour suprême a donné un sens à l'article 2a) de la Charte à travers deux arrêts marquants : R. c. Big M Drug Mart (1985), qui a invalidé la Loi sur le dimanche et défini le contenu de la liberté de religion, et Syndicat Northcrest c. Amselem (2004), un litige portant sur des cabanes érigées sur des balcons de copropriété à Montréal, qui l'a redéfinie autour de la croyance personnelle sincère.

Professor Howard Kislowicz
Photo credit: University of Calgary

Professor Howard Kislowicz, University of Calgary

Faculty of Law, University of Calgary

Howard (Howie) Kislowicz is an Associate Professor at the University of Calgary's Faculty of Law, which he joined in July 2017 after four years as an Assistant Professor at the University of New Brunswick, where he taught constitutional law, administrative law, and multiculturalism and the law.

He completed both common law and civil law degrees at McGill University, clerked for Justice Gilles Létourneau at the Federal Court of Appeal, and practised at a national firm in Toronto before earning his LLM and SJD at the University of Toronto's Faculty of Law. His research centres on constitutional law, administrative law, and law and religion, with particular attention to how courts understand minority religious practices and how non-governmental interveners shape religious-freedom litigation — the subject of his SSHRC-funded "Divine Intervention" project with Kathryn Chan. His scholarship has appeared in leading law journals and been recognized with teaching and research honours, including the 2019 CALT Scholarly Paper Award.

Professeur Howard Kislowicz
Crédit photo : Université de Calgary

Howard Kislowicz, professeur agrégé, Faculté de droit, Université de Calgary

Faculté de droit, Université de Calgary

Howard (Howie) Kislowicz est professeur agrégé à la Faculté de droit de l'Université de Calgary, qu'il a rejointe en juillet 2017 après quatre années à titre de professeur adjoint à l'Université du Nouveau-Brunswick, où il enseignait le droit constitutionnel, le droit administratif ainsi que le multiculturalisme et le droit.

Il a complété des diplômes de common law et de droit civil à l'Université McGill, a été auxiliaire juridique auprès du juge Gilles Létourneau à la Cour d'appel fédérale, puis a pratiqué au sein d'un cabinet national à Toronto avant d'obtenir ses LLM et SJD à la Faculté de droit de l'Université de Toronto. Ses recherches portent sur le droit constitutionnel, le droit administratif et le droit et la religion, avec une attention particulière à la manière dont les tribunaux comprennent les pratiques religieuses minoritaires et dont les intervenants non gouvernementaux influencent les litiges en matière de liberté de religion — l'objet de son projet « Divine Intervention », financé par le CRSH et mené avec Kathryn Chan. Ses travaux ont paru dans d'importantes revues juridiques et lui ont valu des distinctions en enseignement et en recherche, dont le prix du meilleur article savant de l'ACPD en 2019.

Contenu

La première liberté
L'article 2a) de la Charte — la liberté de conscience et de religion — figure en tête des libertés fondamentales, et Kislowicz aborde la tentation d'y voir une signification particulière. Aucun document n'explique pourquoi elle précède « lexicalement » les autres, souligne-t-il, et si les défenseurs de cette liberté la qualifient parfois de « première liberté » pour la mettre en lumière, le droit résiste à tout classement : il n'existe aucune hiérarchie des droits garantis par la Charte, tous ont une force égale.

Interrogé sur ce que protège réellement la liberté de religion, Kislowicz explique que sa portée varie d'un pays à l'autre, mais que son cœur demeure constant. Elle impose une limite au pouvoir législatif — aux lois qui contraindraient une personne à agir contre ses croyances ou lui interdiraient des pratiques qui y sont liées — et suppose habituellement une garantie de neutralité religieuse de l'État.

Avant la Charte
Bien avant 1982, les tribunaux canadiens ont dû composer avec la liberté de religion sans aucune garantie enchâssée sur laquelle s'appuyer. Kislowicz évoque une série d'affaires des années 1950, provenant surtout du Québec et découlant du traitement sévère réservé par la province aux Témoins de Jéhovah, dont Chaput c. Romain et Roncarelli c. Duplessis, où le premier ministre Maurice Duplessis, également procureur général, a révoqué le permis d'alcool d'un homme pour le punir d'avoir versé des cautionnements en faveur d'autres Témoins. Faute de Charte à invoquer, la Cour a raisonné à partir du préambule de la Constitution de 1867, une constitution « reposant sur les mêmes principes que celle du Royaume-Uni », pour en déduire qu'une démocratie fonctionnelle exigeait la protection de certaines libertés fondamentales.

Ces décisions reflétaient aussi les mœurs de leur époque. Le juge Rand a fait observer que le christianisme occupait le premier rang au Canada, et que les protections religieuses de la Loi de 1867 ne visaient que les catholiques et les protestants. La Déclaration canadienne des droits de 1960 offrait un modèle précurseur, mais plus faible : elle ne s'appliquait qu'au droit fédéral et n'était pas enchâssée dans la Constitution, si bien que les tribunaux hésitaient à s'en servir pour invalider une loi. Kislowicz en donne l'illustration la plus frappante — la Loi sur le dimanche elle-même a été maintenue sous la Déclaration des droits dans Robertson et Rosetanni, avant d'être invalidée des années plus tard sous la Charte. Même loi, même garantie, « une force de texte différente, une époque sociale différente, une confiance différente de la magistrature », et des résultats opposés.

Big M Drug Mart : le premier mot sur l'article 2a)
Big M Drug Mart a été poursuivie pour avoir ouvert un dimanche en violation de la Loi sur le dimanche, une loi fédérale imposant à la plupart des commerces de fermer le jour du sabbat chrétien. La question étroite — la Loi sur le dimanche était-elle constitutionnelle? — a reçu une réponse claire : non. Mais l'affaire est devenue, selon Kislowicz, un « précédent monumental » cité dans toutes les affaires 2a) subséquentes, parce qu'elle fut la première à atteindre la Cour suprême, laquelle savait qu'elle « dressait la table » pour toute la jurisprudence à venir sous la Charte.

Ayant déjà choisi d'interpréter la Charte de manière téléologique, la Cour devait préciser à quoi servait l'article 2a). Kislowicz relève un détail aujourd'hui oublié : la garantie d'égalité de l'article 15 a été délibérément différée de trois ans, n'entrant en vigueur qu'en 1985, afin de laisser aux gouvernements le temps de réviser leurs lois existantes. Ce report a façonné la manière dont la Cour a cadré le problème de la fermeture dominicale.

Religion, égalité et dignité humaine
Une critique persistante de Big M veut que les lois de fermeture dominicale relèvent en réalité d'un problème d'égalité, et non de religion — personne n'est contraint d'aller à l'église; on exige seulement des gens qu'ils ferment leur commerce, ce qui pourrait n'avoir qu'une conséquence séculière. L'opinion majoritaire du juge Dickson a répondu de front à cette objection en ancrant la liberté de religion dans la dignité humaine. Kislowicz y voit la théorie durable de la Charte adoptée par la Cour : s'il y a un fil conducteur qui sous-tend au moins les libertés fondamentales, et peut-être l'ensemble de la Charte, c'est la dignité humaine.

Parce que la dignité est partagée également, explique-t-il, la liberté de religion l'est aussi — ce qui signifie qu'une idée d'égalité habite la garantie elle-même. La Cour a finalement qualifié le tort non pas simplement de contrainte religieuse, mais de violation de la neutralité religieuse de l'État : l'État faisant la promotion d'une foi ou d'une famille de fois en particulier.

Un objet religieux ne peut être sauvegardé
Kislowicz dégage un paradoxe élégant reliant la Loi de 1867 et la Charte de 1982. Ce qui faisait de la Loi sur le dimanche une loi fédérale valide, c'était la compétence en matière de droit criminel (par. 91(27)) — la Loi cherchait à imposer une certaine moralité. Mais cette même caractéristique la condamnait sous la Charte, parce que la moralité qu'elle imposait était religieuse. Elle échouait au regard de l'article 2a) et ne pouvait être sauvegardée par l'article premier, car un objet religieux ne figure pas, selon lui, « au menu des objets valides » d'une loi au Canada depuis la Charte.

Une affaire ultérieure, Edwards Books, a vérifié si un gouvernement pouvait requalifier une telle loi. Une loi provinciale y justifiait la fermeture dominicale comme une « journée de repos commune » séculière. La Cour a rejeté l'idée que l'objet d'une loi puisse changer avec le temps — « on est lié par le dossier historique de ce qu'était l'objet ». Kislowicz en tire un principe sans détour : « il est impossible de justifier une loi ayant un objet religieux ». Conséquence pratique, ajoute-t-il : tout gouvernement rédigeant une loi aujourd'hui lui donnera un fondement non religieux et « ne mettra presque certainement pas le nom d'un Dieu dans le titre ».

Définir le droit
Au-delà d'avoir invalidé une loi, Big M a donné au droit son contenu. Kislowicz cite le paragraphe 94, où la Cour a statué que l'essence du concept de liberté de religion est le droit d'entretenir les croyances que l'on choisit, le droit de les professer ouvertement et sans crainte d'obstacle ou de représailles, et le droit de manifester ses croyances religieuses par leur mise en pratique et par le culte ou par leur enseignement et leur propagation. Quatre composantes, explique-t-il : croire, professer sans être puni, pratiquer le culte, et enseigner ou propager.

Il attire aussi l'attention sur le récit des origines que raconte la Cour autour du paragraphe 120 — la liberté de religion comme réponse durement acquise aux guerres de religion de l'Europe post-Réforme. Kislowicz observe que ce récit, dont le libellé de la décision porte lui-même des accents religieux, n'est pas le seul possible; un récit plus « juridictionnel », insistant sur l'indépendance des organisations religieuses par rapport à l'État, raconterait une autre histoire sur la finalité du droit.

Amselem et la souccah
Avance rapide jusqu'en 2004 avec Syndicat Northcrest c. Amselem, un litige dans un complexe de copropriété d'Outremont. Plusieurs copropriétaires juifs pratiquants ont érigé une souccah — une cabane temporaire utilisée lors d'une fête annuelle — sur leurs balcons, à l'encontre d'un règlement interdisant d'y déposer quoi que ce soit. Après l'échec des négociations sur une souccah communautaire, le syndicat a demandé une injonction. Ce qui rendait l'affaire singulière, explique Kislowicz, c'était le « duel de rabbins » : chaque partie a fait témoigner un expert sur la question de savoir si la loi juive exige une souccah individuelle, et le juge de première instance a simplement préféré le témoignage d'un rabbin à l'autre.

C'est précisément, suggère Kislowicz, le malaise qui a poussé la majorité du juge Iacobucci vers une définition subjective de la religion. Se mettant à la place du juge, Kislowicz saisit l'inquiétude institutionnelle : ce n'est pas le rôle d'un tribunal de dire aux membres d'une communauté de foi comment pratiquer leur religion, mais de déterminer si une loi a entravé la pratique de leur foi. La réponse de la Cour a été de définir la religion autour de l'individu — des croyances et convictions personnelles plutôt que les préceptes d'un corps de principes reconnu — un virage que certains chercheurs qualifient de « subjectivisation » de la liberté de religion.

Le test de la sincérité et sa portée
D'Amselem découle le test durable en trois volets, cité depuis lors. Un demandeur doit démontrer une croyance sincère en une pratique (obligatoire ou facultative), un lien avec la religion, et une entrave par la loi qui soit plus que négligeable ou insignifiante. Kislowicz anticipe l'objection évidente — un droit qui repose sur la sincérité n'est-il pas d'une ampleur démesurée? — et y répond par les faits. Il n'a vu qu'une seule affaire, Bothwell, où une demande a échoué faute de sincérité, et pourtant les tribunaux n'ont pas été submergés de litiges. Le contrepoids, note-t-il, c'est que « plus le droit est défini largement, plus il semble facile pour les gouvernements de justifier ces atteintes » au titre de l'article premier.

Une subtilité cruciale : Amselem n'était pas, à première vue, une affaire relevant de la Charte canadienne. Elle reposait sur la Charte des droits et libertés de la personne du Québec — une loi quasi constitutionnelle qui, fait inhabituel, protège la liberté de religion même entre parties privées. La Cour a utilisé l'article 9.1 (l'équivalent québécois de l'article premier) pour soupeser l'intérêt religieux des copropriétaires contre les préoccupations de propriété du syndicat, tranchant en faveur des résidents. Fait déterminant, la Cour a déclaré que tout ce qu'elle affirmait sur la liberté de religion s'appliquait également sous la Charte canadienne — ce qui explique pourquoi Amselem ancre aujourd'hui les affaires relevant de la Charte dans tout le pays.

Les dissidences, la religion collective et les droits concurrents
Le résultat serré de 5 contre 4 comportait deux dissidences notables. Le juge Binnie a insisté sur la liberté contractuelle — avec tant de copropriétés disponibles à Montréal, qui mieux qu'un acheteur pour en choisir une adaptée à ses besoins religieux? Le juge Bastarache est allé plus loin, soutenant que la liberté de religion concerne la religion comme phénomène vécu collectivement, régi par des préceptes partagés, de sorte qu'un demandeur devrait pouvoir établir sans grande difficulté l'existence d'une véritable obligation religieuse. Des universitaires ont depuis reproché à la majorité son individualisme, qui masque la dimension communautaire de la foi, visible dans Alberta c. Hutterian Brethren, où la Cour a traité la vie religieuse collective d'une communauté surtout sous l'article premier plutôt que sous l'article 2a). Kislowicz signale un regain d'intérêt récent pour la liberté de religion collective, citant l'observation du juge LeBel selon laquelle la religion est aussi affaire de relations.

Enfin, Kislowicz aborde les droits concurrents, décrivant l'affaire du niqab dans laquelle la Cour a élaboré un test à plusieurs étapes pour concilier la liberté de religion d'une plaignante avec le droit d'un accusé à un procès équitable — une approche que certains critiques jugent insuffisamment protectrice pour les plaignantes portant le niqab. Considérant l'ensemble de la trajectoire, il soutient que Big M et Amselem, réunis, permettent aux tribunaux d'adopter une conception généreusement large de la pratique religieuse, ce qu'il estime sain pour une démocratie de plus en plus diversifiée.

Décisions marquantes mentionnées

  • R. c. Big M Drug Mart Ltd. (1985) — Première affaire relevant de l'article 2a) devant la Cour suprême; a invalidé la Loi fédérale sur le dimanche et défini le contenu de la liberté de religion sous la Charte
  • Syndicat Northcrest c. Amselem (2004) — A établi le test subjectif de la croyance sincère dans un litige privé portant sur des souccahs érigées sur des balcons de copropriété
  • R. c. Edwards Books and Art Ltd. (1986) — A statué que l'objet d'une loi ne peut changer avec le temps
  • Roncarelli c. Duplessis (1959) — Affaire pré-Charte où un premier ministre/procureur général du Québec a abusé de son autorité contre un Témoin de Jéhovah
  • Chaput c. Romain (1955) — Affaire pré-Charte portant sur le mauvais traitement des Témoins de Jéhovah par l'État
  • Robertson et Rosetanni c. La Reine (1963) — A maintenu la Loi sur le dimanche sous la Déclaration canadienne des droits, résultat opposé à celui de Big M
  • Alberta c. Hutterian Brethren of Wilson Colony (2009) — Objection à la photo du permis de conduire; illustre la tension entre liberté de religion individuelle et collective
  • Bothwell c. Ontario (Ministre des Transports) — Rare affaire où une demande fondée sur la liberté de religion a échoué faute de sincérité
  • L'affaire du niqab / du témoignage — Discutée mais non nommée dans l'épisode; le test à plusieurs étapes conciliant liberté de religion et droit à un procès équitable (presque certainement R. c. N.S., 2012 CSC 72)

Concepts juridiques expliqués

  • Article 2a) de la Charte — Garantit la liberté de conscience et de religion
  • Neutralité religieuse de l'État — Principe selon lequel l'État ne doit ni favoriser ni promouvoir une religion en particulier
  • Interprétation téléologique — Lire un droit garanti par la Charte à la lumière de son objet sous-jacent plutôt que dans un sens littéral étroit
  • Dignité humaine (« fil conducteur ») — Fondement de la Cour pour les droits fondamentaux de la Charte
  • Compétence en matière de droit criminel (par. 91(27), 1867) — Chef de compétence fédéral qui rendait la Loi sur le dimanche valide parce qu'elle imposait une moralité
  • Théorie de l'objet figé — L'objet constitutionnel d'une loi est fixé par son origine historique et ne peut être requalifié après coup
  • Test de la croyance sincère / test en trois volets (Amselem) — Une croyance sincère, un lien avec la religion, et une entrave plus que négligeable
  • Subjectivisation de la liberté de religion — Virage vers une définition de la religion fondée sur les convictions personnelles
  • Loi quasi constitutionnelle — Textes comme la Charte québécoise, dotés d'un statut rehaussé
  • Justification au titre de l'article premier — Étape à laquelle l'État peut justifier une limite à un droit

Ressources et références

  • R. c. Big M Drug Mart Ltd., [1985] 1 R.C.S. 295
  • Syndicat Northcrest c. Amselem, 2004 CSC 47, [2004] 2 R.C.S. 551
  • R. c. Edwards Books and Art Ltd., [1986] 2 R.C.S. 713
  • Roncarelli c. Duplessis, [1959] R.C.S. 121
  • Chaput c. Romain, [1955] R.C.S. 834
  • Robertson et Rosetanni c. La Reine, [1963] R.C.S. 651
  • Alberta c. Hutterian Brethren of Wilson Colony, 2009 CSC 37, [2009] 2 R.C.S. 567
  • Bothwell c. Ontario (Ministre des Transports) — citation à vérifier
  • R. c. N.S., 2012 CSC 72 — affaire du niqab; discutée mais non nommée à l'antenne
  • Charte canadienne des droits et libertés — art. 1, 2a), 15
  • Loi constitutionnelle de 1867 — préambule; par. 91(27) (compétence en matière de droit criminel)
  • Déclaration canadienne des droits (1960)
  • Loi sur le dimanche (fédérale)
  • Charte des droits et libertés de la personne (Québec) — article 9.1
  • Cour suprême du Canada : scc-csc.ca
  • Site de la série : faconnezlecanada.ca / shaping-canada.ca

Content

The First Freedom
Section 2(a) of the Charter — freedom of conscience and religion — appears first among the fundamental freedoms, and Kislowicz addresses the temptation to read significance into that placement. There is no record explaining why it sits "lexically prior" to the others, he notes, and while advocates sometimes call it "the first freedom" to spotlight it, the law resists any ranking: there is no hierarchy of Charter rights, they are all of equal force.

Asked what freedom of religion actually protects, Kislowicz explains that its scope varies from one country to another, but its heart is constant. It sets a limit on legislative authority — on laws that would compel people to act against their beliefs or forbid practices tied to them — and usually implies a guarantee of state religious neutrality.

Before the Charter
Long before 1982, Canadian courts confronted religious freedom without any entrenched guarantee to rely on. Kislowicz points to a line of 1950s cases, mostly out of Quebec, arising from the province's harsh treatment of Jehovah's Witnesses — including Chaput v. Romain and Roncarelli v. Duplessis, where Premier Maurice Duplessis, also serving as Attorney General, revoked a man's liquor licence to punish him for posting bail for other Witnesses. With no Charter to invoke, the Court reasoned from the 1867 Constitution's preamble — a constitution "similar in principle to that of the United Kingdom" — to imply that a functioning democracy required certain fundamental freedoms.

Those decisions also reflected the mores of their time. Justice Rand observed that Christianity was of first rank in Canada, and the 1867 Act's religious protections extended only to Catholics and Protestants. The 1960 Canadian Bill of Rights offered an early, weaker template: it applied only to federal law and was not constitutionally entrenched, so courts proved reluctant to use it to strike down legislation. Kislowicz notes the sharpest illustration — the Lord's Day Act itself was upheld under the Bill of Rights in Robertson and Rosetanni, yet struck down years later under the Charter. Same law, same guarantee, "different strength of statute, different social time, different confidence of the judiciary," and opposite results.

Big M Drug Mart: The First Word on Section 2(a)
Big M Drug Mart was prosecuted for opening on a Sunday in violation of the Lord's Day Act, federal legislation requiring most businesses to close on the Christian Sabbath. The narrow question — was the Act constitutional? — produced a clear answer of no. But the case became, in Kislowicz's words, a "monumental precedent" cited in every subsequent 2(a) case, because it was the first to reach the Supreme Court and the Court knew it was "setting the table" for all Charter jurisprudence to come.

Having already committed to interpreting the Charter purposively, the Court needed to articulate what Section 2(a) was for. Kislowicz highlights a now-forgotten wrinkle: Section 15's equality guarantee was deliberately delayed three years, coming into force only in 1985, to give governments time to review existing legislation. That delay shaped how the Court framed the Sunday-closing problem.

Religion, Equality, and Human Dignity
A persistent critique of Big M is that Sunday-closing laws are really an equality problem, not a religious one — nobody is forced to attend church; they are merely required to shut their shops, arguably a secular consequence. Justice Dickson's majority met the objection head-on by grounding religious freedom in human dignity. Kislowicz frames this as the Court's enduring theory of the Charter: "if there is a golden thread underlying at least the fundamental rights, but perhaps the whole of the Charter, it is human dignity."

Because dignity is shared equally, he explains, so too is religious freedom — meaning an idea of equality lives inside the guarantee itself. The Court ultimately characterized the wrong not merely as religious coercion but as a violation of state religious neutrality: the state promoting one particular faith or family of faiths.

A Religious Purpose Cannot Be Saved
Kislowicz draws out an elegant paradox linking the 1867 Act and the 1982 Charter. What made the Lord's Day Act valid federal legislation was the criminal law power under s. 91(27) — the Act sought to enforce a particular morality. But that same feature doomed it under the Charter, because the morality it enforced was religious. It failed Section 2(a), and it could not be rescued under Section 1 because a religious purpose is not, as he puts it, "on the menu of valid purposes" for legislation in Canada since the Charter.

A later case, Edwards Books, tested whether a government could relabel such a law. There, a provincial statute justified Sunday closing as a secular "common pause day." The Court rejected the idea that a law's purpose can shift over time — "You are stuck with the historical record of what the purpose was." Kislowicz distills the principle bluntly: "it is impossible to justify a law with a religious purpose." The practical upshot, he adds, is that any government drafting legislation today will develop a non-religious account of it and "almost certainly will not put the name of a God in the title."

Defining the Right
Beyond striking down one statute, Big M gave the right its content. Kislowicz reads from paragraph 94, where the Court held that "the essence of the concept of freedom of religion is the right to entertain such beliefs as a person chooses, the right to declare religious beliefs openly and without fear of hindrance or reprisal, and the right to manifest religious belief by worship and practice or by teaching and dissemination." Four components, he explains: to believe, to declare without punishment, to worship or practise, and to teach or disseminate.

He also draws attention to the origin story the Court tells around paragraph 120 — religious freedom as the hard-won answer to post-Reformation Europe's wars of religion. Kislowicz observes that this narrative, itself carrying religious undertones in the decision's language, is not the only one available; a more "jurisdictional" account, emphasizing the independence of religious organizations from the state, would tell a different story about what the right is for.

Amselem and the Succah
Fast-forward to 2004 and Syndicat Northcrest v. Amselem, a dispute in an Outremont condominium complex. Several observant Jewish co-owners built a succah — a temporary hut used during an annual holiday — on their balconies, contrary to bylaws prohibiting anything on the balconies. When negotiation over a communal succah failed, the syndicate sought an injunction. What made the case distinctive, Kislowicz explains, was the "dueling rabbis": each side called an expert to testify on whether Jewish law required an individual succah, and the trial judge simply preferred one rabbi's account over the other.

That, Kislowicz suggests, is precisely the discomfort that drove Justice Iacobucci's majority toward a subjective definition of religion. Putting himself in the judge's shoes, Kislowicz captures the institutional worry: "It's not my job to tell members of any faith community how to practice their faith. It's my job to determine whether a law has interfered with the practice of their faith." The Court's answer was to define religion around the individual — "personally held beliefs and convictions rather than dictates of a particular recognized body of principles" — a move some scholars call the "subjectivization" of religious freedom.

The Sincerity Test and Its Reach
From Amselem comes the durable three-part test, cited ever since. A claimant must show a sincere belief in a practice (obligatory or voluntary), a nexus with religion, and interference by the law that is more than trivial or insubstantial. Kislowicz anticipates the obvious worry — isn't a right that turns on sincerity impossibly broad? — and answers with evidence. He has seen only one case, Bothwell, where a claim failed for insincerity, yet the courts have not been flooded with litigation. The counterbalance, he notes, is that "the broader the right is cast, the easier it seems to be for governments to justify those infringements" under Section 1.

A crucial technicality: Amselem was not, on its face, a Canadian Charter case at all. It rested on Quebec's Charter of Human Rights and Freedoms — quasi-constitutional legislation that, unusually, protects religious freedom even between private parties. The Court used Article 9.1 (Quebec's analogue to Section 1) to weigh the co-owners' religious interest against the syndicate's property concerns, finding for the residents. Critically, the Court declared that everything it said about religious freedom applied equally under the Canadian Charter — which is why Amselem now anchors Charter cases nationwide.

Dissents, Collective Religion, and Competing Rights
The 5–4 result carried two notable dissents. Justice Binnie emphasized freedom of contract — with many condominiums available in Montreal, who better than a purchaser to choose one suited to their religious needs? Justice Bastarache went deeper, arguing that religious freedom concerns religion as a communally experienced phenomenon governed by shared precepts, so a claimant should be able to establish a genuine religious obligation without much difficulty. Academics have since criticized the majority's individualism for obscuring the communal side of faith — visible in Alberta v. Hutterian Brethren, where the Court treated a community's collective religious life largely under Section 1 rather than Section 2(a). Kislowicz notes a recent re-engagement with collective religious freedom, citing Justice LeBel's observation that religion is also about relationships.

Finally, Kislowicz turns to competing rights, describing the niqab case in which the Court built a multi-step test to reconcile a claimant's religious freedom with an accused's right to a fair trial — an approach some critics find leaves niqab-wearing complainants inadequately protected. Looking at the whole arc, he argues that Big M and Amselem together let courts take a generously broad view of religious practice, which he considers healthy for an increasingly diverse democracy.

Landmark Decisions Discussed

  • R. v. Big M Drug Mart Ltd. (1985) — The first Section 2(a) case at the Supreme Court; struck down the federal Lord's Day Act and defined the content of freedom of religion under the Charter
  • Syndicat Northcrest v. Amselem (2004) — Established the subjective, sincere-belief test for religious freedom in a private dispute over succahs on condominium balconies
  • R. v. Edwards Books and Art Ltd. (1986) — Held that a law's purpose cannot shift over time
  • Roncarelli v. Duplessis (1959) — Pre-Charter case in which a Quebec Premier/Attorney General abused his authority against a Jehovah's Witness
  • Chaput v. Romain (1955) — Pre-Charter case addressing state mistreatment of Jehovah's Witnesses
  • Robertson and Rosetanni v. The Queen (1963) — Upheld the Lord's Day Act under the Canadian Bill of Rights, the opposite result to Big M
  • Alberta v. Hutterian Brethren of Wilson Colony (2009) — Driver's-licence photo objection; illustrates the tension between individual and collective religious freedom
  • Bothwell v. Ontario (Minister of Transportation) — Rare case in which a religious-freedom claim failed for lack of sincerity
  • The niqab / testimony case — Discussed but not named in the episode; the multi-step test reconciling religious freedom with fair-trial rights (almost certainly R. v. N.S., 2012 SCC 72)

Key Legal Concepts Explained

  • Section 2(a) of the Charter — Guarantees freedom of conscience and religion
  • State religious neutrality — The principle that the state must not favour or promote a particular religion
  • Purposive interpretation — Reading a Charter right in light of its underlying purpose rather than a narrow literal meaning
  • Human dignity ("golden thread") — The Court's foundational rationale for the Charter's fundamental rights
  • Criminal law power (s. 91(27), 1867) — The federal head of power that made the Lord's Day Act valid federal legislation because it enforced a morality
  • Shifting-purpose doctrine — A law's constitutional purpose is fixed by its historical origin and cannot be re-characterized later
  • Sincere-belief / three-part test (Amselem) — A sincere belief, a nexus with religion, and interference that is more than trivial
  • Subjectivization of religious freedom — The shift toward defining religion by an individual's personally held convictions
  • Quasi-constitutional legislation — Statutes like the Quebec Charter that carry heightened status
  • Section 1 justification — The stage at which the state may justify a limit on a right

Resources and References

  • R. v. Big M Drug Mart Ltd., [1985] 1 S.C.R. 295
  • Syndicat Northcrest v. Amselem, 2004 SCC 47, [2004] 2 S.C.R. 551
  • R. v. Edwards Books and Art Ltd., [1986] 2 S.C.R. 713
  • Roncarelli v. Duplessis, [1959] S.C.R. 121
  • Chaput v. Romain, [1955] S.C.R. 834
  • Robertson and Rosetanni v. The Queen, [1963] S.C.R. 651
  • Alberta v. Hutterian Brethren of Wilson Colony, 2009 SCC 37, [2009] 2 S.C.R. 567
  • Bothwell v. Ontario (Minister of Transportation) — citation to verify
  • R. v. N.S., 2012 SCC 72 — niqab case; discussed but not named on air
  • Canadian Charter of Rights and Freedoms — ss. 1, 2(a), 15
  • Constitution Act, 1867 — preamble; s. 91(27) (criminal law power)
  • Canadian Bill of Rights (1960)
  • Lord's Day Act (federal)
  • Charter of Human Rights and Freedoms (Quebec) — Article 9.1
  • Supreme Court of Canada: scc-csc.ca
  • Series website: shaping-canada.ca / faconnezlecanada.ca
Quiz — Testez vos connaissances

1. Quelle affaire fut la première en matière de liberté de religion (article 2a)) à atteindre la Cour suprême du Canada sous la Charte?
A) Syndicat Northcrest c. Amselem   B) R. c. Big M Drug Mart Ltd.   C) R. c. Edwards Books and Art Ltd.   D) Roncarelli c. Duplessis
Réponse : B) R. c. Big M Drug Mart Ltd. (1985) — la première affaire 2a) à la Cour, désormais citée dans toutes les suivantes

2. Quelle loi Big M Drug Mart contestait-elle?
A) La Déclaration canadienne des droits   B) La Loi sur les jours fériés dans le commerce de détail   C) La Loi sur le dimanche   D) La Charte des droits et libertés de la personne du Québec
Réponse : C) La Loi sur le dimanche — une loi fédérale imposant à la plupart des commerces de fermer le jour du sabbat chrétien

3. Selon l'épisode, pourquoi la Loi sur le dimanche était-elle considérée comme une loi fédérale valide sur le plan du partage des compétences?
A) Parce que la fermeture dominicale relève de la propriété et des droits civils   B) Parce qu'elle relevait de la compétence fédérale en droit criminel, puisqu'elle imposait une moralité   C) Parce qu'elle a été adoptée avant la Charte   D) Parce que les provinces y avaient consenti
Réponse : B) Elle était valide au titre de la compétence en droit criminel (par. 91(27)) parce qu'elle imposait une moralité particulière — la caractéristique même qui l'a rendue invalide sous la Charte

4. Selon le test en trois volets issu d'Amselem, que doit établir une personne qui invoque la liberté de religion?
A) Que sa croyance est partagée par une communauté religieuse établie   B) Que la pratique est obligatoire dans sa religion   C) Une croyance sincère ayant un lien avec la religion, plus une entrave qui soit plus que négligeable   D) Qu'un chef religieux a attesté la pratique
Réponse : C) Une croyance sincère en une pratique, un lien avec la religion, et une entrave étatique plus que négligeable ou insignifiante

5. Qu'est-ce qui rendait Amselem techniquement inhabituelle comme affaire de « liberté de religion »?
A) Elle a été tranchée sous la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, dans un litige entre parties privées   B) Elle fut la première à examiner les droits à l'égalité de l'article 15   C) Elle a été rendue sans aucune dissidence   D) Elle relevait de la compétence fédérale en droit criminel
Réponse : A) Elle reposait sur la Charte québécoise — une loi quasi constitutionnelle protégeant la liberté de religion même entre parties privées — et non sur la Charte canadienne, bien que la Cour ait jugé que son raisonnement s'applique également sous cette dernière

Quiz — Test Your Knowledge

1. Which case was the first Section 2(a) freedom-of-religion case to reach the Supreme Court of Canada under the Charter?
A) Syndicat Northcrest v. Amselem   B) R. v. Big M Drug Mart Ltd.   C) R. v. Edwards Books and Art Ltd.   D) Roncarelli v. Duplessis
Answer: B) R. v. Big M Drug Mart Ltd. (1985) — the first 2(a) case at the Court, now cited in every subsequent one

2. What law did Big M Drug Mart challenge?
A) The Canadian Bill of Rights   B) The Retail Business Holidays Act   C) The Lord's Day Act   D) The Quebec Charter of Human Rights and Freedoms
Answer: C) The Lord's Day Act — federal legislation requiring most businesses to close on the Christian Sabbath

3. According to the episode, why was the Lord's Day Act considered valid federal legislation from a federalism standpoint?
A) Because Sunday closing falls under property and civil rights   B) Because it fell under the federal criminal law power, as it enforced a morality   C) Because it was passed before the Charter   D) Because provinces consented to it
Answer: B) It was valid under the criminal law power (s. 91(27)) because it enforced a particular morality — the very feature that made it invalid under the Charter

4. Under the three-part test from Amselem, what must a religious-freedom claimant establish?
A) That their belief is shared by an established religious community   B) That the practice is mandatory in their religion   C) A sincere belief with a nexus to religion, plus interference that is more than trivial   D) That a religious leader has certified the practice
Answer: C) A sincere belief in a practice, a nexus with religion, and state interference that is more than trivial or insubstantial

5. What made Amselem technically unusual as a "religious freedom" case?
A) It was decided under the Quebec Charter of Human Rights and Freedoms, in a dispute between private parties   B) It was the first case to consider Section 15 equality rights   C) It was heard without any dissent   D) It arose under the federal criminal law power
Answer: A) It rested on the Quebec Charter — quasi-constitutional legislation that protects religious freedom even between private parties — not the Canadian Charter, though the Court held its reasoning applies equally under the Canadian Charter

Transcription complète

Transcription – Façonner le Canada
150 ans de décisions marquantes
Épisode 13 – La liberté de religion avec le professeur Howard Kislowicz
Durée : 00:45:33

Intro STD EN (00:02) Bienvenue à Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes. Le Canada que nous connaissons aujourd'hui ne s'est pas construit par hasard. Argument par argument, jugement par jugement, il a été façonné par le droit au sein d'un système de justice unique, né de la union de la civil law et de la common law et de plus en plus des traditions juridiques autochtones. Dans cette série, nous marquons le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada en décodant certaines décisions qui ont défini nos droits, nos libertés et notre identité collective. Du droit criminel aux droits autochtones et au partage des compétences, les décisions que nous avons choisies de partager avec vous ne relèvent pas seulement de l'histoire ancienne. Elles façonnent encore notre réalité aujourd'hui. Je suis votre animateur, Hugo Martin. Et je vous invite à me rejoindre pour des conversations exclusives avec les neuf juges de la Cour suprême et de grands experts constitutionnels alors que nous découvrons le contexte, l'impact et l'héritage durable de ces jugements.

Laurence Thériault (01:11) Le gouvernement peut-il forcer une nation à se reposer le dimanche? Dans cet épisode de Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes, nous discutons de la liberté de religion avec le professeur Howard Kislowitz. Howard Kislowitz est professeur agrégé à la Faculté de droit de l'Université de Calgary, spécialisé en droit constitutionnel et en liberté religieuse. Notre sujet du jour est l'arrêt de principe R. c. Big M Drug Mart de 1985, une décision qui a façonné la liberté religieuse… En 1982, une pharmacie de Calgary a été accusée d'avoir vendu des marchandises un dimanche, violant ainsi la Loi sur le dimanche, une loi ancrée dans l'observance chrétienne. Big M, une pharmacie de type supermarché, a contesté la loi, arguant qu'elle violait la nouvelle Charte canadienne des droits. Mais une entreprise à but lucratif pouvait-elle revendiquer la liberté religieuse? Et une loi à finalité religieuse pouvait-elle survivre dans une société laïque et multiculturelle? La décision de la Cour a jeté les bases de notre compréhension de la liberté de conscience aujourd'hui. Je suis Laurence Thériault et j'espère que vous apprécierez cet épisode.

Hugo Martin (02:26) Professeur Kislowitz, merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui et bienvenue à Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes.

Howie Kislowicz (02:35) C'est un plaisir d'être ici avec vous et merci pour cette aimable invitation.

Hugo Martin (02:38) Nous parlons de liberté religieuse. Nous allons faire une analyse de décisions marquantes parce que je pense que nous ne pouvons pas nous en tenir à une seule. Dans la Charte canadienne, la première liberté individuelle est la liberté de conscience et la liberté de religion. Y a-t-il une raison pour laquelle elle est placée si tôt dans la Charte?

Howie Kislowicz (02:57) C'est une très bonne question. Et nous n'avons pas d'explication sur la raison pour laquelle elle est placée, pour ainsi dire, de façon lexicale avant toutes les autres libertés de la Charte. Parfois, on l'appelle la première liberté lorsque les gens veulent mettre un coup de projecteur dessus. Mais bien sûr, nous savons par la Cour suprême du Canada qu'il n'y a pas de hiérarchie des droits garantis par la Charte. L'un n'est pas plus important que l'autre. Ils ont tous une force égale. Donc, à certains égards, sur le plan juridique, peu importe ce qui vient en premier… Bien que, si vous êtes un défenseur de la liberté religieuse, vous souligniez peut-être que ce n'est pas une simple réflexion après coup.

Hugo Martin (03:32) De manière générale, qu'est-ce que la liberté de religion?

Howie Kislowicz (03:35) Il existe une variation significative d'un régime politique à un autre quant à sa signification et à son étendue. Mais généralement, lorsqu'un pays ou un accord international adopte la liberté de religion, cela implique une certaine limite à l'autorité législative. Une limite aux lois qui peuvent être adoptées ou appliquées dans la mesure où elles obligent les individus à faire quoi que ce soit contraires à leurs croyances religieuses, ou interdisent aux individus et aux communautés de faire quoi que ce soit requis ou lié à leurs croyances religieuses. Habituellement, cela est également interprété comme exigeant une certaine garantie de neutralité religieuse de l'État. Le principe de neutralité religieuse de l'État peut varier d'un pays à l'autre. Mais l'essentiel réside dans les lois qui exigent que quelqu'un agisse contrairement à ses croyances ou lui interdisent d'agir conformément à ses croyances.

Hugo Martin (04:33) Avant cet article 2 a) de notre Charte, la situation était-elle plus religieuse ou plus laïque?

Howie Kislowicz (04:40) Au Canada, il y a eu un certain nombre d'affaires importantes qui ont touché aux questions de liberté de religion. Il y a eu une série d'affaires, provenant principalement du Québec, liées aux politiques rigoureuses des provinces envers les Témoins de Jéhovah. Les arrêts de principe en la matière sont Chaput c. Romain et Roncarelli c. Duplessis. Dans toutes ces affaires, nous voyons l'État utiliser son autorité pour traiter les Témoins de Jéhovah assez sévèrement, soit par des lois prétendument neutres qui ne sont appliquées que contre les Témoins de Jéhovah, soit par l'utilisation par le Premier ministre, qui était également procureur général, de son autorité pour révoquer le permis d'alcool d'un individu à titre de punition pour avoir versé un cautionnement pour d'autres Témoins de Jéhovah. Lorsque ces affaires sont arrivées devant la Cour suprême, bien sûr, il n'y avait pas de Charte, n'est-ce pas? C'était dans les années 1950. Et la réflexion dans ces affaires était la suivante : La Loi constitutionnelle de 1867 stipule dans son préambule que le Canada aura une constitution similaire dans ses principes à celle du Royaume-Uni. Et de ces mots très lues a été extrapolée l'idée que, eh bien, la constitution du Royaume-Uni exige la démocratie. Elle possède un principe constitutionnel de démocratie. Et on ne peut pas avoir une démocratie fonctionnelle sans la protection de certaines libertés fondamentales. La liberté d'expression était d'une importance primordiale dans ces affaires, mais la liberté de religion a également été soulignée comme une liberté essentielle à la démocratie constitutionnelle. Si vous lisez ces décisions attentivement, vous pouvez y voir les mœurs sociales de l'époque. Il y a donc une remarque du juge Rand notant que le christianisme est d'un premier rang et d'une importance primordiale au Canada. C'était le cas à cette époque. Et dans la mesure où la Loi de 1867 offrait une certaine protection aux minorités religieuses, celle-ci était réservée aux catholiques et aux protestants. Seules les formes de christianisme étaient spécifiquement protégées par la Loi de 1867. En 1960, nous voyons le Parlement fédéral adopter ce qu'on appelle la Déclaration canadienne des droits. On la considère souvent comme un précurseur ou un antécédent de la Charte. Elle est plus limitée que la Charte à plusieurs égards. Tout d'abord, à première vue, elle s'applique uniquement à la législation fédérale. Elle n'affecte donc aucune loi provinciale, ne peut affecter aucune loi provinciale. Et deuxièmement, même si elle stipule que toute loi au Canada incompatible avec la Déclaration canadienne des droits est sans force ni effet, elle n'est pas elle-même enchâssée constitutionnellement de la même manière que la Charte des droits. Ainsi, théoriquement, par un vote majoritaire du Parlement dès demain, la Déclaration canadienne des droits pourrait être abrogée sans procédure spéciale ni majorité. Alors que la Charte exigerait une sorte de procédure de modification, ce qui est très difficile à réaliser. En partie à cause de ce statut et peut-être en raison du climat social de l'époque, la protection de la liberté de religion par la Déclaration canadienne des droits n'était pas tout à fait aussi robuste. Les tribunaux semblaient moins confiants de s'appuyer sur elle pour invalider des lois qu'ils ne le sont devenus depuis 1982 avec l'adoption de la Charte. Ainsi, une affaire dont je sais que nous parlerons un peu plus en détail aujourd'hui est l'affaire Big M, qui portait sur une contestation constitutionnelle de la Loi sur le dimanche. Cette même loi avait été contestée en vertu de la Déclaration canadienne des droits dans une affaire intitulée Robertson et Rosetanni, et cette contestation avait échoué. Donc, même loi, même garantie de liberté de religion, force de loi différente, époque sociale différente, confiance différente du pouvoir judiciaire pour s'y fier. Résultats opposés donc.

Hugo Martin (08:00) Merci

Howie Kislowicz (08:16) Big M Drug Mart, une pharmacie, a été poursuivie pour avoir ouvert son magasin le dimanche, contrairement à la Loi sur le dimanche. C'est donc une ancienne législation. Essentiellement, sans entrer dans les détails, elle oblige les entreprises à fermer le dimanche, sous réserve de certaines exceptions, mais de manière générale, il s'agissait d'une loi sur la fermeture dominicale. Big M Drug Mart voulait rester ouvert le dimanche. Ils voulaient faire des affaires le dimanche. Ils ont donc écopé d'une infraction en vertu de la Loi sur le dimanche. Et comme c'est le droit de toute personne accusée d'une infraction, ils ont soulevé l'argument selon lequel elle était inconstitutionnelle au regard de la garantie de la liberté de religion.

Hugo Martin (08:56) Le juge de première instance a jugé qu'elle était inconstitutionnelle. Big M Drug Mart a donc gagné la première fois qu'ils ont porté l'affaire devant les tribunaux. Il a été décidé qu'ils pouvaient ouvrir le dimanche. L'affaire a été portée en appel et est finalement arrivée devant la Cour suprême du Canada. Alors, quelle était la ou les questions devant la Cour suprême? Nous comprenons que Big M soutient que la Loi sur le dimanche est inconstitutionnelle parce qu'elle viole la liberté de conscience et de religion garantie par l'article 2 a) de la Charte canadienne des droits et libertés.

Howie Kislowicz (09:30) C'est la question, n'est-ce pas? La Loi sur le dimanche est-elle constitutionnelle ou non? Et la réponse est non. Mais en réalité, cette affaire est devenue ce précédent monumental qui est cité dans toutes les affaires ultérieures relevant de l'article 2 a), car il s'agit de la première affaire relevant de l'article 2 a) à atteindre la Cour suprême du Canada. Et à l'époque, vous savez, toutes les affaires contemporaines, la Cour sait qu'elle prépare le terrain pour toute la jurisprudence ultérieure de la Charte. Elle a déjà décidé qu'elle allait interpréter la Charte de manière téléologique (fondée sur l'objet). Elle doit donc donner une explication quant aux objectifs de l'article 2 a) afin de poser les bases de la jurisprudence. Une subtilité importante dans cette affaire est—ce qu'on oublie souvent aujourd'hui, je crois—que l'article 15 de la Charte, qui garantit l'égalité, a vu son application retardée par rapport au reste de la Charte. Ainsi, alors que la majeure partie de la Charte entre en vigueur en 1982, il y a eu un délai de trois ans pour l'article 15, présumément parce que les concepteurs de la Charte comprenaient que ce serait la question la plus difficile pour la législation existante. Donc, pour donner aux gouvernements du pays quelques années de délai pour se mettre en règle, pour analyser la législation existante et apporter les modifications qu'ils jugeaient nécessaires pour juguler en quelque sorte le flot de litiges.

Hugo Martin (10:57) Pensez-vous, d'après ce que vous me dites, que l'article 15 aurait dû s'appliquer?

Howie Kislowicz (11:02) Eh bien, il n'aurait certainement pas dû s'appliquer au sens technique, n'est-ce pas? Il n'était décidément pas en vigueur au moment où Big M Drug Mart a été accusée d'une infraction. Mais l'affaire Big M a fait l'objet de certaines critiques. Certains affirment que, correctement analysée, la législation sur la fermeture dominicale n'est pas un problème de liberté religieuse. C'est un problème d'égalité, car les lois sur la fermeture dominicale n'obligent personne à aller à l'église. Elles n'obligent personne à affirmer quoi que ce soit de contraire à ses croyances. Tout ce qu'elles exigent, c'est que les gens ferment leurs magasins, ce qui peut être perçu comme n'ayant qu'une conséquence laïque. La Cour suprême, dans l'opinion majoritaire du juge Dickson abordant cette question, dit spécifiquement qu'il n'a pas besoin de s'appuyer sur l'égalité. La raison pour laquelle on protège la liberté de religion est liée à la dignité humaine. C'est la théorie de la Charte de la Cour suprême depuis fort longtemps : s'il y a un fil conducteur sous-tendant au moins les droits fondamentaux, mais peut-être l'ensemble de la Charte, c'est la dignité humaine. Et si la raison pour laquelle vous et moi avons droit à la liberté de religion est notre dignité humaine intrinsèque, aucun de nous n'en a plus que l'autre, n'est-ce pas? Nous avons tous les deux une égale dignité humaine. Par conséquent, la liberté de religion doit s'appliquer de manière égale à tous, ce qui signifie qu'il y a un thème d'égalité ou une idée d'égalité inhérente à l'idée de la liberté religieuse, déclare la Cour suprême dans l'affaire Big M Drug Mart. C'était donc la seconde question qu'ils devaient analyser. Cela est-il vraiment mieux compris comme une question d'égalité?

Hugo Martin (12:37) Merci. La Cour affirme bel et bien que la Loi sur le dimanche force les Canadiens à observer le sabbat chrétien, le jour de la semaine réservé aux chrétiens, et qu'elle a utilisé son pouvoir pour promouvoir une religion en particulier. C'est donc la question de l'égalité dont vous parlez, nous faisons la promotion du christianisme et nous n'encourageons aucune autre religion.

Howie Kislowicz (13:05) C'est tout à fait exact. Nous voyons la Cour suprême utiliser le langage de la coercition lorsqu'elle pose les bases de ce qu'exige l'article 2 a). Mais comme je l'ai dit, les critiques diront : eh bien, personne n'est réellement contraint d'observer le sabbat. C'est vrai, les gens sont contraints de ne pas ouvrir leurs magasins, mais cela ne constitue peut-être pas un acte intrinsèquement religieux. Alors que ce que la Cour finit par dire, c'est qu'il s'agit d'une forme de coercition, ou du moins d'une violation de ce que l'on appellera plus tard dans la jurisprudence de la Cour le principe de la neutralité religieuse de l'État. Nous pouvons donc réinterpréter avec le recul le tort causé par la Loi sur le dimanche, non pas comme une coercition religieuse spécifique, mais comme une violation de la neutralité religieuse de l'État, car comme vous le dites, c'est l'État qui promeut une foi particulière ou une famille de fois.

Hugo Martin (14:01) Le but de la loi était religieux et c'est pourquoi elle relevait de l'article 2 a).

Howie Kislowicz (14:07) Exactement. L'une des choses que j'apprécie, c'est que l'on peut considérer que cela démontre les liens entre la Loi de 1867 et la Charte de 1982. Pourquoi est-ce que je dis cela? Qu'est-ce qui rend la Loi sur le dimanche valide en tant que loi fédérale du point de vue du fédéralisme? Ordinairement, nous penserions que les provinces ont compétence sur les règles relatives aux affaires, en raison de leurs pouvoirs sur la propriété et les droits civils. Quel est donc le rôle du Parlement fédéral si un magasin local de Calgary ouvre ses portes le dimanche? Et la raison pour laquelle la Cour déclare cela valide d'un point de vue fédéraliste est que c'est valide en vertu du pouvoir en matière de droit criminel, car cela a un fondement moral. C'est une tentative de faire respecter un certain type de moralité. En vertu du paragraphe 91(27) de la Loi constitutionnelle de 1867, le Parlement fédéral a compétence pour créer du droit criminel. Ordinairement, nous voyons cela exprimé dans le Code criminel, mais ce pouvoir sous-tend également une foule d'autres lois fédérales par le biais de critères élaborés sur ce qui compte comme droit criminel. Et la Loi sur le dimanche répondait à ce critère. Mais ce qui la rend valide d'une perspective fédérale la rend invalide d'une perspective de la Charte. Parce qu'elle essaie de faire respecter un type particulier de moralité et que cette moralité est religieuse. Elle échoue au regard de l'article 2 a) de deux manières. Elle échoue parce qu'elle constitue une violation de l'article 2 a) en adoptant une perspective religieuse particulière et elle ne peut pas être justifiée au titre de l'article 1 car elle n'a pas d'objectif valide, urgent et réel qui la sous-tende. Spécifiquement parce qu'elle est motivée par un objectif religieux qui ne figure pas sur le menu des objectifs valides pouvant sous-tendre une loi constitutionnelle, pouvant sous-tendre une loi au Canada depuis l'adoption de la Charte.

Hugo Martin (16:06) Merci.

Howie Kislowicz (16:11) L'une des affaires subséquentes s'intitule Edwards Books. Elle traitait d'une loi provinciale—qui ne s'appelait pas la Loi sur le dimanche, mais la Loi sur les jours de fermeture des entreprises de détail ou quelque chose du genre—où la preuve démontrait que son adoption visait précisément à instituer un jour de repos commun plutôt qu'à avoir une origine religieuse. Et la Cour rejette spécifiquement l'idée selon laquelle l'objet d'une loi peut changer au fil du temps. On ne peut pas dire que l'objet d'aujourd'hui est différent de celui d'hier. On est coincé avec le dossier historique de ce qu'était l'objet. Ce n'est pas un argument qui a fonctionné, ni sur le plan historique ni sur le plan de l'évolution de l'objet.

Hugo Martin (16:49) Comment pouvons-nous prendre cela et le réappliquer plus tard?

Howie Kislowicz (16:53) Je dirais qu'il y a deux ou trois principes vraiment importants qui découlent de l'affaire Big M. Le premier et le plus fondamental est qu'il définit le droit à la liberté religieuse… Il ne nous donne pas exactement une formule magique, mais il nous indique quel sera le contenu du droit à la liberté religieuse selon une optique axée sur la liberté. Voici une citation du paragraphe 94 de la décision où la Cour statue : que l'essence du concept de liberté de religion est le droit d'entretenir les croyances qu'une personne choisit, le droit d'afficher ses croyances religieuses ouvertement et sans crainte d'entrave ou de représailles, et le droit de manifester sa croyance religieuse par le culte et la pratique ou par l'enseignement et la diffusion. Il y a donc quatre composantes différentes que nous pouvons identifier dans ce court paragraphe. Vous pouvez croire ce que vous choisissez de croire. Vous pouvez déclarer ce que vous croyez et ne pas être puni pour cela. Vous pouvez observer des pratiques religieuses ou le culte, ou vous pouvez enseigner ou diffuser la religion, ce que certains appellent le prosélytisme. Toutes ces activités sont couvertes par le droit à la liberté religieuse. C'est donc la profonde conclusion de l'affaire Big M qui est citée dans toutes les affaires subséquentes. Parce que n'est-ce pas? Je pense qu'ils ont compris la gravité de la tâche qui leur incombait dans la période post-1982, alors qu'il allait s'agir de la première génération de décisions fondées sur la Charte qui allaient façonner le droit constitutionnel au Canada d'une manière encore inédite. Et cela allait avoir un impact significatif sur le fonctionnement de la démocratie.

Hugo Martin (18:17) Mm.

Howie Kislowicz (18:30) Je tiens à dire qu'il y a deux autres principes clés qui découlent de l'affaire Big M. L'un relève moins d'un principe et davantage d'une orientation. Le premier est le récit historique que la Cour donne de la liberté religieuse. Vers le paragraphe 120 de la décision, la Cour raconte l'origine de la liberté religieuse…

Hugo Martin (18:35) Dites-nous.

Howie Kislowicz (18:50) …comme étant apparue dans l'Europe post-Réforme, mettant fin aux guerres de religion. Elle présente le récit de la liberté religieuse comme la solution à un problème très grave où les pays européens se faisaient la guerre les uns aux autres et où les gens souffraient et mouraient à cause de différences religieuses. Et la liberté religieuse a été la porte de sortie. La Cour note que cette idée elle-même, peut-être ironiquement, avait des origines religieuses. Elle déclare au paragraphe 120 que les tentatives de contraindre la croyance ou la pratique niaient la réalité de la conscience individuelle et déshonoraient le Dieu qui l'avait plantée dans… [l'esprit humain]. Il y a une sorte de fondement religieux à cette origine de la liberté religieuse. C'est une chose intéressante à méditer, mais cela dresse également un récit particulier qui n'est pas le seul récit disponible de la liberté religieuse. Ainsi, certains universitaires situeront également les origines de l'idée de liberté religieuse en Europe, mais dans des événements comme la querelle des Investitures au sein de l'Église. La raison pour laquelle c'est important, je crois, c'est que lorsque nous racontons l'histoire de la manière dont le fait la Cour suprême du Canada, nous obtenons une version du droit. Et lorsque nous la racontons d'une autre manière, nous pouvons obtenir des versions du droit à la liberté religieuse qui ont une saveur plus juridictionnelle. C'est-à-dire, des organisations ecclésiastiques plus indépendantes vis-à-vis de l'État, ce que nous ne ressentons pas vraiment dans le récit dressé par la Cour suprême du Canada.

Hugo Martin (20:01) Merci.

Howie Kislowicz (20:22) Le dernier principe que je voulais souligner est qu'il est impossible de justifier une loi ayant un objet religieux. Et par conséquent, toute législation ultérieure au Canada, même si elle peut comporter des idées religieuses sous-jacentes, tout gouvernement qui ne veut pas que sa loi soit immédiatement contestée et rejetée élaborera une explication non religieuse de la loi et n'inscrira presque certainement pas le nom de Dieu dans le titre.

Hugo Martin (20:36) la prochaine fois.

Howie Kislowicz (20:47) Je pense donc que les lois sur la fermeture dominicale appartiennent au passé au Canada, pour le meilleur ou pour le pire.

Hugo Martin (20:53) Projetons-nous en 2004. Un moment où il a fallu statuer sur d'autres aspects liés à la religion, à la conscience, à la protection des expériences individuelles. Allons au Québec, dans l'affaire Syndicat Northcrest c. Amselem. Pouvez-vous nous parler un peu des faits de cette affaire?

Howie Kislowicz (21:17) Dans la communauté d'Outremont à Montréal, il y avait un complexe de copropriétés, ou ce qu'on appelle… constitué de plusieurs bâtiments abritant divers copropriétaires. Ainsi, M. Amselem donne son nom à l'affaire, mais il y avait en fait deux autres familles, les familles Klein et Fonfeder. Ils étaient copropriétaires de ce complexe de copropriétés. Chacun d'eux a décidé de construire ce qu'on appelle une souccah. Une souccah se décrit au mieux comme une hutte. Il existe toutes sortes de règles dans le droit juif sur l'apparence qu'elle doit avoir. Mais en gros, c'est une hutte rustique construite comme structure temporaire en commémoration du séjour des Israélites errant dans le désert. Cela se produit chaque année lors d'une fête de huit ou neuf jours. Et ces copropriétaires ont construit une souccah sur leurs balcons ou terrasses. Or, le problème était que les règlements de l'acte de copropriété interdisaient assez clairement… le placement de quoi que ce soit sur le balcon. Il n'y avait donc pas d'interdiction spécifique visant les souccahs, mais les souccahs constituaient manifestement une infraction.

Hugo Martin (22:20) Il est important de noter que M. Amselem lui-même était conscient de ces règlements.

Howie Kislowicz (22:28) Oui, ils ont certainement signé les règlements. Ils affirment les avoir lus, ils affirment donc ne pas avoir été conscients de ces restrictions particulières. Dans les faits menant au litige, il y a une tentative de négociation. Un organisme de la communauté juive s'implique comme une sorte d'intermédiaire entre les copropriétaires et le Syndicat. Le Syndicat propose la construction d'une souccah communautaire dans la cour intérieure du bâtiment afin qu'elle ne soit pas visible de la rue. Elle répondrait ainsi aux objectifs du Syndicat de préserver l'harmonie esthétique de l'extérieur du bâtiment. Mais le Syndicat pensait que cela répondrait également aux besoins des copropriétaires. Au départ, il semble y avoir une certaine acceptation, mais finalement, tous les copropriétaires décident que non, cela ne répond pas réellement à leurs besoins. Le Syndicat saisit les tribunaux pour obtenir une injonction…

Hugo Martin (22:53) Merci.

Howie Kislowicz (23:12) …interdisant la construction future. Mais l'un des aspects intéressants de cette affaire, en raison de certaines ambiguïtés laissées par l'arrêt Big M, est que chaque partie au litige, c'est-à-dire le Syndicat et les copropriétaires, présente un témoin expert pour témoigner du droit religieux relatif à la souccah. Ce qu'on obtient donc au procès, ce sont des témoignages d'experts contradictoires émanant de deux rabbins différents. Le rabbin du Syndicat déclare qu'il est vrai qu'il existe une obligation dans le judaïsme de résider dans une souccah, ce qui, dans des endroits au climat comme Montréal, est interprété comme le fait de prendre ses repas dans la souccah, tandis que dans des endroits au climat plus tempéré, les gens dorment dans leur souccah. Mais il a ajouté qu'il y a une obligation de résider dans la souccah, mais qu'il n'y a pas d'obligation d'avoir sa propre souccah. Par conséquent, les besoins religieux de ces copropriétaires, selon cet expert, pouvaient être satisfaits soit par une souccah communautaire, soit par une souccah construite par leur synagogue locale, par exemple. En revanche, le rabbin amené par les copropriétaires a déclaré que ce n'est pas ainsi qu'il comprenait l'obligation, car…

Hugo Martin (24:14) vous

Howie Kislowicz (24:24) non seulement il y a une obligation de résider dans la souccah, mais il y a une obligation de célébrer la fête dans la joie. Et si les circonstances font que la souccah que vous utilisez nuit à la joie de votre célébration, vous ne répondez alors pas réellement à vos exigences religieuses. Nous avons donc eu des témoignages contradictoires sur la teneur de l'obligation religieuse. Le juge de première instance préfère le témoignage de l'expert du Syndicat. Il déclare : vous savez, de la même manière que l'on préfère le témoignage d'expert d'une partie par rapport à une autre dans toutes sortes d'autres affaires, je trouve celui-ci plus convaincant. Il est plus cohérent. Je pense qu'il a plus de sens. C'est pourquoi en fin de compte…

Hugo Martin (25:04) …et il accorde l'injonction et interdit la construction de souccahs sur les balcons des résidents.

Howie Kislowicz (25:13) Ensuite, ils font appel. Les constructeurs de souccahs perdent à nouveau en Cour d'appel. Et enfin, ils se pourvoient en appel devant la Cour suprême du Canada. Un fait intéressant concernant cette affaire par les chiffres : il y a eu plus de juges qui ont pris parti pour le Syndicat que pour les copropriétaires, si l'on additionne tous les juges à toutes les étapes, n'est-ce pas? Un juge au procès, trois juges en Cour d'appel et quatre juges à la Cour suprême du Canada ont tous pris parti pour le Syndicat. Mais parce que cinq juges de la Cour suprême ont pris parti pour les copropriétaires, c'est cela qui détermine l'issue de l'affaire.

Hugo Martin (25:44) Les cinq… c'était une décision majoritaire de cinq contre quatre. La majorité a accueilli l'appel, a infirmé la décision de la cour inférieure et a déclaré que les résidents ont le droit d'installer des souccahs sur leurs balcons pendant la fête pourvu qu'ils respectent certains engagements en matière de sécurité et…

Howie Kislowicz (26:03) Et c'est une décision rédigée par le juge Iacobucci. Le juge Iacobucci commence par définir la religion, tout en admettant qu'il n'est peut-être pas possible de la définir. Il indique que la religion implique généralement un système particulier et global de foi et de culte, et qu'elle tend également à impliquer la croyance en un pouvoir divin, surhumain ou directeur. Ensuite, il essaie de résumer le tout en disant qu'en substance, la religion concerne des convictions ou croyances personnelles librement et profondément ancrées, reliées à la foi spirituelle d'un individu et intimement liées à sa définition de soi et à son épanouissement spirituel, dont les pratiques permettent aux individus d'entretenir un lien avec le Divin ou avec le sujet ou l'objet de cette foi spirituelle.

Hugo Martin (26:47) La liberté de religion doit être définie de manière large. Je me trompe?

Howie Kislowicz (26:52) C'est exact. Je pense que cela vient en partie en réponse aux duels de rabbins. Si j'essaie de me mettre dans la tête du juge Iacobucci, si j'essaie d'imaginer en tant que juge de la Cour suprême, ou de n'importe quel niveau de cour, voyant deux rabbins débattre de ce qu'exige le judaïsme, je pourrais devenir très mal à l'aise. Parce que je pourrais penser que ce n'est pas mon rôle institutionnel. Ce n'est pas mon travail de dire aux membres d'une communauté religieuse comment pratiquer leur foi. C'est mon travail de déterminer si une loi a entravé la pratique de leur foi. Et la solution à cette énigme consistant à choisir le témoignage d'un rabbin plutôt qu'un autre consiste à partir de ce passage du paragraphe 39 que nous venons de lire. Si vous lisez attentivement, le langage est hautement individualiste. Il s'agit de croyances et de convictions personnelles plutôt que des diktats d'un corps particulier et reconnu de principes, de croyances personnelles. Et cela nous mène sur la voie de ce que certains ont appelé la subjectivisation de la liberté religieuse au Canada. Ainsi, le critère issu de l'arrêt Amselem s'est révélé remarquable par sa durabilité. Tout comme l'arrêt Big M Drug Mart est cité dans chaque affaire subséquente relevant de l'article 2 a), l'arrêt Amselem est cité depuis 2004. Il est très fermement ancré dans notre jurisprudence. Il n'a guère changé au cours des vingt dernières années et plus. Et ce qu'il énonce, c'est qu'il faut en quelque sorte trois composantes pour établir une violation de l'article 2 a). Ainsi, si je saisis la cour, je dois identifier une loi, et ensuite, je dois d'abord démontrer que j'ai une croyance sincère dans une pratique, et cette pratique peut être soit obligatoire, soit volontaire. Mais le juge Iacobucci affirme que, pour la même raison que les tribunaux ne devraient pas se mêler de décider ce qu'exige le judaïsme, ils ne devraient pas non plus se mêler de décider ce qui est obligatoire et ce qui est volontaire dans une tradition religieuse. Ce qui importe, c'est que ce soit relié à la religion. C'est donc le deuxième aspect du test. Je dois donc démontrer : un, une croyance sincère en une pratique ; deux, qu'elle a un lien avec la religion. Elle doit être reliée d'une certaine manière à la religion. Et trois, je dois démontrer que…

Hugo Martin (28:59) Merci

Howie Kislowicz (29:10) …la loi dont je me plains entrave ma capacité de me livrer à cette pratique d'une manière qui n'est ni triviale ni insignifiante. Quand j'enseigne cette affaire ou quand j'en parle à d'autres personnes, au sujet de cette affaire et du test, la réaction est généralement : eh bien, n'est-ce pas un droit vaste et étendu si tout se résume à la sincérité? Et la vérité est que je n'ai vu qu'une seule affaire où la réclamation a échoué parce que le tribunal a jugé le requérant insincère. C'est une affaire intitulée Bothwell. Nous ne voyons donc pas cet obstacle de la sincérité comme un énorme mécanisme de filtrage. Mais en même temps, nous n'avons pas non plus assisté à un déluge de litiges en raison de la portée de ce droit. Nous ne voyons donc pas un grand nombre de personnes s'adresser aux tribunaux d'une manière qui engorgerait le système, comme certains le redoutaient. Ainsi, même s'il s'agit d'un droit très large, la contrepartie a également été, surtout avec le temps, que plus le droit est formulé de façon large, plus il semble facile pour les gouvernements de justifier ces atteintes.

Hugo Martin (30:20) La Cour établit certaines définitions. Que décident-ils dans l'affaire Amselem?

Howie Kislowicz (30:28) Dans l'affaire Amselem, la Cour statue que tous les requérants avaient satisfait au test d'une manière ou d'une autre, qu'ils croient sincèrement avoir besoin de leur propre souccah ou qu'ils aient démontré une croyance sincère selon laquelle ils devaient célébrer la fête dans la joie, et ils avaient adéquatement prouvé les problèmes posés par le complexe communautaire — il s'agissait d'un assez grand complexe et, pour les juifs observants, l'utilisation d'un ascenseur serait interdite plusieurs jours de la fête. Cela signifierait donc de descendre tous ses plats et couverts par les escaliers, de marcher jusqu'à la cour, d'y prendre son repas puis de remonter. Et la Cour était convaincue qu'il s'agissait d'une manière moins que pleinement joyeuse de célébrer la fête selon l'expérience de ces individus.

Hugo Martin (31:15) La Cour a jugé que ce n'était pas trivial.

Howie Kislowicz (31:17) Non, ce ne l'est pas. Dans le témoignage particulier de ces individus, sur lequel nous devrions nous concentrer, la célébration de cette fête était un moment religieusement significatif. Et il y a un certain fondement dans la pratique religieuse juive, n'est-ce pas? La souccah est l'une des trois grandes fêtes où, historiquement, on apportait des offrandes au Temple à l'époque où il se dressait à Jérusalem. C'était donc considéré comme une fête majeure du cycle de vie juif. Je pense que l'autre élément ayant influencé cette affaire, et nous le voyons dans certains propos du juge Iacobucci, c'est que le Syndicat n'avait tout simplement pas grand-chose à mettre dans la balance… Autant nous pouvons penser que ce n'est pas si grave pour ces gens d'avoir ou non leur souccah sur… le complexe…

Hugo Martin (32:02) Merci

Howie Kislowicz (32:04) …est-ce que cela importe vraiment pour le Syndicat que, pendant une semaine par an, il y ait quelques petites huttes isolées sur les balcons? Est-ce que cela nuit à l'esthétique du complexe au point de réduire la valeur des propriétés ou de diminuer la jouissance par les autres copropriétaires de leur propre propriété? Vous savez, le juge Iacobucci déclare au paragraphe 85 : en pratique, dans quelle mesure l'intimé serait-il lésé si les appelants étaient autorisés à ériger une souccah pendant une période de neuf jours sur 365 par an? Maintenant, je dois dire que les années juives ne comptent pas 365 jours, son calcul est donc un peu erroné, mais l'argument tient toujours, n'est-ce pas? Ce n'est pas une interférence très importante avec la jouissance par quiconque de sa propriété. Les tribunaux avaient jugé que les préoccupations en matière de sécurité et de sûreté du… Syndicat avaient déjà été adéquatement prises en compte par la façon dont la souccah serait construite et installée sur les balcons. Par conséquent, en fin de compte, face à ce conflit, nous constatons que cet individu a un lien religieux avec la construction de cette hutte, et cela ne dure que quelques jours par an ; pourquoi le Syndicat ne peut-il pas simplement vivre avec cela au lieu d'exclure les juifs observants de l'achat d'unités dans cet immeuble?

Hugo Martin (33:18) Il s'agit ici de droits concurrents. Nous avons le Syndicat, dont la Cour dit que la liberté religieuse est touchée. Comment… la Cour gère-t-elle la sensibilité de chacun? Et encore une fois, nous revenons un peu sur l'égalité.

Howie Kislowicz (33:36) C'est une très bonne question. Dans l'affaire Amselem, l'un des aspects intéressants est qu'à première vue, il ne s'agit pas d'une affaire de droit constitutionnel, car elle est fondée sur la Charte des droits et libertés de la personne. Il s'agit d'une législation provinciale québécoise qui s'applique uniquement au Québec — une législation quasi constitutionnelle, mais ce n'est pas la Charte canadienne des droits et libertés. La forme de cette affaire ne se reproduirait dans aucune autre province. Nous avons donc ici un litige entre des parties privées. Normalement, lorsque nous parlons de liberté religieuse, nous parlons d'un individu contre le gouvernement. Ainsi, la Charte des droits et libertés de la personne du Québec protège en quelque sorte la liberté religieuse d'une manière plus large que ne le font d'autres provinces. Toutes les provinces ont des lois qui interdisent la discrimination, mais seul le Québec protège la liberté religieuse dans le secteur privé. Or, la Cour déclare spécifiquement dans l'affaire Amselem que tout ce que nous disons dans l'abstrait au sujet de la liberté religieuse en vertu de la Charte québécoise s'applique également en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés. Ainsi, même si je ne pouvais pas compter en Alberta sur la Charte canadienne des droits et libertés pour lutter contre une association de copropriétaires — car la Charte n'a tout simplement aucune application dans ce type de litige —, je peux m'appuyer sur l'affaire Amselem lorsque je plaide une affaire de liberté religieuse en vertu de la Charte canadienne, parce que la Cour m'a dit que je le pouvais et s'est depuis lors appuyée sur l'affaire Amselem dans toutes sortes d'affaires de la Charte canadienne. Un point important concerne la mise en balance de droits concurrents, car en vertu de la Charte québécoise, ces droits de propriété sont également protégés. Et ce que fait la Cour dans l'affaire Amselem, c'est d'utiliser l'article 9.1 de la Charte québécoise, qui est l'équivalent québécois de l'article 1 de la Charte canadienne. Et elle effectue ce genre d'exercice de mise en balance, n'est-ce pas? Qu'elle le fasse implicitement ou explicitement, elle dit : d'accord, mettons ces préoccupations dans la balance et voyons laquelle pèse le plus lourd. Dans l'affaire Amselem, ils ont déterminé que c'étaient les préoccupations des copropriétaires… Mais il y a d'autres affaires, comme lorsque des droits protégés par la Charte canadienne entrent en apparente contradiction. Nous l'avons vu ces dernières années, par exemple, lorsque le droit à la liberté se heurte soit au droit à l'égalité, soit à des préoccupations liées à l'égalité. La Cour élabore un test en plusieurs étapes qui tente de concilier les droits d'un revendicateur de la liberté religieuse avec les droits d'un accusé à un procès équitable. Certaines personnes ont émis des critiques à l'égard de ce test. Il semble assez clair que dans une affaire d'agression sexuelle, une affaire d'agression sexuelle type où il n'y a pas d'autres témoins que le plaignant et l'accusé…

Hugo Martin (35:54) Merci

Howie Kislowicz (36:15) …si un plaignant souhaite aller de l'avant avec les poursuites et que le procureur souhaite utiliser le témoignage du plaignant, alors le plaignant devra retirer son niqab pour témoigner. Certains critiques ont affirmé que cela ne respectait pas vraiment les droits à la liberté religieuse des femmes en niqab, mais c'est un exemple de la Cour élaborant un test en plusieurs étapes qui parvient au moins à une réconciliation entre ces droits.

Hugo Martin (36:42) Revenons à l'affaire Amselem. Les juges Martin et Côté nous ont parlé de la dissidence, de l'importance d'une dissidence. Cette affaire, Amselem, comporte une dissidence assez forte. C'est une décision de cinq contre quatre. Sept des juges ayant entendu cette affaire… ont pris parti pour l'association de copropriétaires. Quelle est l'importance de cette dissidence? Quels sont vos points de vue à ce sujet?

Howie Kislowicz (37:12) Il y a deux opinions dissidentes différentes dans l'affaire Amselem, n'est-ce pas? L'une rédigée par le juge… l'autre rédigée par le juge Binnie. Et le juge Binnie est celui qui met l'accent sur l'angle de la liberté contractuelle. Il demande donc en quelque sorte : eh bien, il y a beaucoup de copropriétés différentes disponibles à Montréal. Toutes n'ont pas cette règle interdisant les objets sur les balcons. Qui mieux qu'un acheteur pour choisir la copropriété qui lui convient, en connaissant ses propres besoins religieux?

Hugo Martin (37:16) Le meilleur de…

Howie Kislowicz (37:37) …surtout étant donné que dans cette affaire, il n'y a aucune suggestion ni preuve que la règle a été adoptée au départ pour exclure les juifs. Si la règle ne contient aucune animosité envers un groupe religieux, ne devrions-nous pas tenir les gens responsables de leurs engagements? La dissidence du juge Bastarache est un peu plus fondamentale sur la nature de la liberté religieuse. Pour le juge Bastarache, la liberté de religion et peut-être la liberté de conscience sont des choses différentes. Et lorsque nous parlons de liberté de religion, nous parlons de la religion en tant que phénomène vécu de manière communautaire. Ainsi, l'appartenance à un groupe religieux implique l'existence du groupe et le groupe a ses propres règles. Et il est vrai qu'il peut y avoir une certaine variation interne entre les membres d'une communauté particulière, mais en fin de compte, nous sommes régis par les mêmes préceptes reconnus par la communauté. Pour le juge Bastarache, ce n'était donc pas un si grand problème qu'il y ait des témoignages d'experts contradictoires dans cette affaire, car il devrait incomber au plaignant en vertu de l'article 2 a) d'établir qu'il s'adresse aux tribunaux sur la base d'un précepte religieux légitime. Et cela ne devrait pas être trop difficile à établir pour eux, n'est-ce pas? S'ils sont membres d'une communauté religieuse, ils ont probablement un chef religieux qui pourrait témoigner de… la nature de ce précepte religieux. Il y a là quelque chose d'important : bien que la décision majoritaire dans l'affaire Amselem ait eu une longue portée, elle a été critiquée par les universitaires comme étant par trop individualiste, réduisant la religion à des choix individuels, ce qui peut…

Hugo Martin (39:08) Au revoir.

Howie Kislowicz (39:16) …empêcher les tribunaux de voir certains des aspects plus communautaires et collectifs de la liberté religieuse. Dans une affaire subséquente intitulée Hutterian Brethren, il y a eu une opposition de communautés huttérites à l'obligation de se faire photographier pour leur permis de conduire. On peut observer une division entre la majorité et la dissidence dans cette affaire. Tout le monde s'accordait…

Hugo Martin (39:20) Merci

Howie Kislowicz (39:38) …sur le fait que cette communauté particulière avait une interdiction religieuse de se faire photographier. C'était commun à la majorité et à la dissidence. Mais la dissidence a également vu au sein de la vie de la communauté huttérite que le fait d'être aussi autosuffisant que possible constituait en fait une obligation religieuse communautaire. Et la majorité dans cette décision a choisi de traiter ces éléments communautaires uniquement dans le cadre de l'analyse de l'article 1, et non de l'article 2 a). Certains ont donc affirmé que la décision majoritaire dans l'affaire Hutterian est influencée par l'approche hautement individualiste adoptée par la majorité dans l'affaire Amselem. Nous avons vu dans des affaires plus récentes un réengagement envers l'idée de liberté religieuse collective. Et certains de ces réengagements citent le point de vue dissident du juge Bastarache et les mots du juge LeBel dans d'autres affaires. Le juge LeBel a déclaré que, vous savez, la religion ne concerne pas seulement… elle concerne aussi les relations. Nous avons vu au cours des deux dernières années la Cour élargir davantage la définition du religieux pour inclure non seulement ces aspects individuels, mais aussi les aspects collectifs de la pratique religieuse.

Hugo Martin (40:52) Quel a été l'impact des affaires Big M et, manifestement, Amselem sur la société canadienne? Comment ont-elles perduré…

Howie Kislowicz (41:03) Oui, c'est une très bonne question. Je pense que les décisions dans les affaires Big M et Amselem, lorsqu'on les combine, permettent réellement aux tribunaux subséquents d'adopter une vision très large dee ce qui compte comme pratique religieuse et de ce qui peut être couvert par l'article 2 a). Et je pense que c'est une bonne chose pour le Canada en tant que démocratie à mesure que nous devenons de plus en plus diversifiés sur le plan religieux, n'est-ce pas? Comme nous en parlions au début de notre conversation, dans les années 1860, la diversité religieuse était conçue presque purement en termes chrétiens; aujourd'hui, lorsque nous voyons ces affaires, il s'agit inévitablement d'une communauté de minorité religieuse… Parce que le droit est formulé de la telle manière, et qu'il permet aux individus de se présenter devant les tribunal et de dire : c'est ce que je crois subjectivement, il ne… retire pas de manière inappropriée des affaires en se basant sur un certain biais inhérent découlant de l'expérience personnelle d'un juge, n'est-ce pas? Un juge peut être membre d'une communauté minoritaire religieuse, mais il est plus probable qu'il soit membre d'une communauté religieuse dominante ou qu'il n'ait aucune appartenance religieuse. Et en raison des limites de leur expérience, ils peuvent avoir du mal à identifier ce qu'est une pratique religieuse. Et ces tests ouvrent largement la porte pour permettre à un plaideur d'expliquer la situation au tribunal. Et les plaideurs ont pas mal de travail à faire pour traduire leurs propos dans des termes que le tribunal peut comprendre. Mais les tests leur accordent cette latitude.

Hugo Martin (42:30) Professeur Howard Kislowitz, merci beaucoup pour notre invitation, d'avoir partagé vos connaissances sur ces questions importantes, ces affaires importantes. Et merci d'avoir participé à Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes.

Howie Kislowicz (42:48) Merci beaucoup. Merci pour vos questions très perspicaces et incisives. Ce fut un plaisir de passer un moment avec vous.

Outro STD EN (42:56) Merci de nous avoir rejoints pour cet épisode de Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes. Comme nous l'avons exploré aujourd'hui, le droit n'est pas statique, il est vivant. Chaque décision de la Cour suprême ajoute une pierre à la fondation de notre société. Pour des liens vers les décisions discutées et plus d'informations sur nos invités, visitez shaping-canada.ca et assurez-vous de lire les notes d'émission. Abonnez-vous sur votre plateforme de balado préférée pour ne rien manquer de cette série marquant le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada. Merci à tous ceux et celles qui ont contribué à ce projet. La Cour suprême du Canada, le très honorable Richard Wagner, juge en chef du Canada, les honorables Nicolas Kasirer, Suzanne Côté, Andromache Karakatsanis, Sheila Martin, Malcolm Rowe, Mahmoud Jamal, Michelle O'Bonsawin et Marie-Josée Hogue. Les professeurs Louise Langevin, Jocelyn Downie, Kerry Froc, Naomi Metallic, Karen Drake, Denis Nadeau, Félix Mathieu, Érik Labelle Eastaugh, Marcus Moore, Joel Bakan, Howard Kislowitz, Richard Moon et François Tanguay-Renault. Merci à maître Michel Lebrun, Mmes Sandrine Raymond, Laurence Lapérière et Laurence Thériault, M. Peter Warren, et notre productrice, Constance Saint-Pierre. Ce projet a été rendu possible grâce au gouvernement du Canada. Je suis Hugo Martin. À la prochaine. Fr

Full Transcript

Transcript – Shaping Canada
150 years of landmark decisions
Episode 13 – Freedom of Religion with Prof. Howard Kislowicz
Duration: 00:45:33 min

Intro STD EN (00:02) Welcome to Shaping Canada, 150 years of landmark decisions. The Canada we know today wasn't built by chance. Argument by argument, judgment by judgment, it was forged by law within a unique justice system born from the union of the civil law and common law and increasingly Indigenous legal traditions. In this series, we mark the Supreme Court of Canada's 150th anniversary by decoding some rulings that defined our rights, our freedoms, and our collective identity. From criminal law to Indigenous rights and the division of powers, the decisions we chose to share with you are not just ancient history. They still shape our reality today. I am your host, Hugo Martin. And I ask you to join me for exclusive conversations with the nine justices of the Supreme Court and leading constitutional experts as we uncover the context, the impact, and the lasting legacy of these judgments. Laurence Thériault (01:11) Can the government force a nation to rest on Sunday? In this episode of Shaping Canada, 150 years of landmark decisions, we discuss freedom of religion with Professor Howard Kislowitz. Howard Kislowitz is an associate professor at the University of Calgary's Faculty of Law, specializing in constitutional law and religious freedom. Our focus today is the landmark decision of R.V. Big Drug Mart from 1985, a ruling that shaped religious freedom in In 1982, a drug store in Calgary was charged for selling goods on a Sunday, violating the Lord's Day Act, a law rooted in Christian observance. Big ⁓ a supermarket-style drug store, challenged the law, arguing it violated the then-new Canadian Charter of Rights. But could a for-profit corporation claim religious freedom? And could a law with a religious purpose survive in a secular, multicultural society? The court's ruling set the stage for how we understand freedom of conscience today. I am Laurence Thériault and I hope you'll enjoy this episode.

Hugo Martin (02:26) Professor Kislawicz, thank you very much for being with us today and welcome to Shaping Canada, 150 years of landmark decisions.

Howie Kislowicz (02:35) It's a pleasure to be here with you and thank you for the kind invitation.

Hugo Martin (02:38) We are talking religious freedom. going to do an analysis of landmark decisions because I think we cannot just use one. In the Canadian Charter, the first individual freedom is the freedom of conscience and the freedom of religion. Is there a reason why it's so early in the Charter?

Howie Kislowicz (02:57) a really good question. And we don't have an account of why it's placed sort of lexically prior to all of the other freedoms in the Charter. Sometimes it's called the first freedom when folks want to shine a spotlight on it. But of course we know from the Supreme Court of Canada that there is no hierarchy of Charter rights. One is not more important than the other. They're all of equal force. So in some senses on the legal side, it doesn't really matter what comes Although, if you are an advocate for religious freedom, you might emphasize, you know, this is not some afterthought.

Hugo Martin (03:32) Broadly speaking, what is freedom of religion?

Howie Kislowicz (03:35) There's significant variation from one polity to another as to what it means and how far it extends. But usually a or an international agreement adopts freedom of religion, it implies some limit on legislative authority. So a limit on what laws can be passed or enforced and so far as they compel individuals to do anything contrary to their religious beliefs, or they prohibit individuals communities from anything required or connected to their religious beliefs. Usually, it also is interpreted as requiring some guarantee of state religious neutrality. The principle of state religious neutrality can vary from one country to another. But the core is laws that require somebody to act contrary to their beliefs or prohibit them from acting with their beliefs.

Hugo Martin (04:33) Prior to this article 2 a) of our Charter, the was it more religious or more secular?

Howie Kislowicz (04:40) In Canada, there were number of important cases that touched on questions of freedom of religion. There was a series of cases, mostly originating in Quebec, having to do with provinces harsh policies towards Jehovah's Witnesses. The landmark cases here are Chaput and Romain and Roncarelli and Duplessis. In all those cases, we see the state using its authority to ⁓ treat Jehovah's Witnesses quite harshly, either facially neutral laws that are only enforced against Jehovah's Witnesses, or having Premier, who was also the Attorney General, use his authority to revoke a liquor license of one individual as a kind of punishment for that individual posting bail for other Jehovah's Witnesses. When those cases reached the Supreme court, of course, there was no Charter, right? This was the 1950s. And The thinking in those cases was, the 1867 Constitution Act says, in its preamble, that Canada will have a constitution similar in principle to that of the United Kingdom. And from those very bare words was extrapolated the that, well, the United Kingdom's constitution requires democracy. It has a constitutional principle of democracy. And one cannot have a functioning democracy without certain fundamental freedoms being protected. of expression was of primary importance in those cases, but freedom of religion was also highlighted as an essential freedom to constitutional democracy. If you read those decisions carefully, you can see the social mores of the time reflected. So there is a line, by Justice Rand who notes that Christianity is of first rank and importance. in Canada. And that the case in those days. And to the extent that the 1867 Act had some protection for religious minorities, these were reserved for Catholics and Protestants. it was only forms of Christianity that were protected by 1867 Act specifically. In 1960, see the federal parliament adopt what's called the Canadian Bill of Rights. of thought as a precursor or an antecedent to the Charter. It is more limited than the Charter in a couple of ways. First of all, on its face, it only applies to federal legislation. So it doesn't affect any provincial law, cannot affect any provincial law. And second of all, even though it says that any statute in Canada inconsistent with the Canadian Bill of Rights is of no force and effect, it itself is not constitutionally entrenched in the same way that the Charter of Rights is. So theoretically, by a majority vote of Parliament tomorrow, the Canadian Bill of Rights could be repealed without any special procedure or majority. Whereas the Charter would require some kind of amending procedure, which is very hard to accomplish. In part because of this status and maybe because social of the time, the Canadian Bill of Rights protection of freedom of religion was not quite as robust. Courts seemed less confident relying on it to invalidate legislation than they have become since 1982 with the adoption of the Charter. So one case I know we'll be talking about a little bit more in detail later today is a case called Big M, which dealt with a constitutional challenge to the Lords Day Act, That same act was challenged under the Canadian Bill of Rights in a case called Robertson and Rosetanni and that challenge failed. So same law, same guarantee of freedom of religion, different strength of statute, different social time, different confidence of the judiciary in relying on it. So opposite results.

Hugo Martin (08:00) Thank

Howie Kislowicz (08:16) Big M Drug Mart, drug store, was prosecuted for opening its store on Sunday, contrary to the Lord's Day Act. So this is old legislation. It essentially, without getting into too many details, it requires businesses to close on Sundays, subject to certain exceptions, but in general, was Sunday closing legislation. Big M Drug Mart wanted to stay open on Sundays. They wanted to transact business on Sundays. And so they got cited for an infraction under the Lord's Day Act. And as is the right of any person charged with an offense, they raised the argument that it was unconstitutional of the guarantee of freedom of religion.

Hugo Martin (08:56) trial judge decided that it was unconstitutional. So Big ⁓ Drug Mart won the first time they brought the case to court. It was decided that they could open on Sunday. case was appealed and eventually reaching the Supreme Court of Canada. Now, what was the question or questions before the Supreme Court? We understand that Big M says the Lord's Day Act is unconstitutional because it violates the freedom of conscience and religion guaranteed by Section 2 a) of the Canadian Charter of Rights and Freedom.

Howie Kislowicz (09:30) that's the question. right? the Lord's Day Act constitutional or not? And the answer is no. But really, the case has become this monumental precedent that is cited in every subsequent 2 a) case, because this is the first 2 a) case to reach the Supreme Court of Canada. And at the time, you know, all of the contemporaneous cases, the Supreme knows that it is setting the table for all subsequent Charter jurisprudence. It has already decided that it's going to interpret the Charter purposefully. And so it needs to provide some account about what the purposes of Section 2 a) are in order to lay down the bedrocks of jurisprudence. One important wrinkle in the case is, you it's often forgotten now, I think, but Section 15 of the Charter, which guarantees equality, was delayed in application compared to the rest of the Charter. So while most of the Charter comes into force in 1982, there was a three-year delay on Section 15, presumably because the framers of the Charter understood that this would be the most challenging issue for existing legislation. So to give governments across the country a few years lead time to get their of justice, to analyze the existing legislation, make what changes needed to be made in their view in order to stem the of litigation somewhat.

Hugo Martin (10:57) Do you think, from what you're telling me, that maybe section 15 should have applied?

Howie Kislowicz (11:02) Well, it certainly shouldn't have applied in a technical sense, right? It was definitely not enforced at the time that Big M drug mart was charged with an offense. But there has been some criticism of the Big M case. Some say that properly analyzed Sunday closing legislation is not a religious freedom problem. It is an equality problem because Sunday closing laws do not require anybody to go to church. They don't require anybody to affirm anything contrary to their belief. All they require is for people to close their shops, which may be thought of as having only a secular consequence. The Supreme court, Justice Dickson's majority opinion addressing that issue, And he says specifically, he doesn't need to rely on equality. The reason for protecting freedom of religion relates to human dignity. Now that has been the Supreme Court's theory of the Charter going back a long ways, that if there is a golden thread underlying at least the fundamental rights, but perhaps the whole of the Charter, it is human dignity. And if the reason that I and you are owed freedom of religion is because of our inherent human dignity, neither one of us has more than the other, right? We both have equal human dignity. And so freedom of religion has to apply equally to all, meaning that there is theme of equality or an idea of an equality inherent in the idea of of religious freedom, says the Supreme in Big M Drug Mart. So that was the second issue that they had to analyze. Is this really better understood as an equality issue?

Hugo Martin (12:37) Thank The court does say that the Lord's Day Act is forcing Canadians to observe the Christian Sabbath, the weekly day that is reserved for Christian, and it's used its power to promote one particular religion. So this is the equality issue that you're talking about, we're promoting Christianity and we're not encouraging any other religion.

Howie Kislowicz (13:05) That's exactly right. We see the Supreme court use the language of coercion when it's setting the basics of what section 2 a) requires. But as I said, critics will say, well, nobody is actually coerced to observe the Sabbath. Right. People are coerced not to open their stores, but that it might not be an inherently religious act. Whereas what the court ends up saying is it is a kind of coercion, or at least it is a violation of what will later be called in the court's jurisprudence, the principle of state religious neutrality. So we may reinterpret with hindsight, the wrong brought by the Lord's day act, not as a specific religious coercion, but as a violation of state religious neutrality, because as you say, it's the state promoting a particular faith or family of faiths.

Hugo Martin (14:01) The purpose of the law was religious and this is why it fell under 2 a).

Howie Kislowicz (14:07) Exactly. one of the things that I like is that you can think about it as demonstrating the links between the 1867 act and the 1982 Charter. Now, why do I say that? What makes the Lord's Day Act valid federal legislation from a federalism standpoint? Ordinarily, we would think that provinces have jurisdiction over rules relating to businesses, because of their powers of property and civil rights. So what business is it of the federal parliament, whether some local store in Calgary, opens its doors on Sunday. And the reason that the court says this is valid from a federalism perspective is because it's valid under the criminal law power, because it has a moral foundation. It's an attempt to enforce a particular kind subsection 91 (27) of the 1867 Constitutional Act, the federal parliament has jurisdiction create criminal law. Ordinarily, we see that expressed in the criminal code, but that power also underlies a host of other federal legislation through tests that have been developed on what counts as a criminal law. And the Lord's Day Act met that test. But the very thing that makes it valid from a federal perspective makes it invalid from a Charter perspective. Because it's trying to enforce a particular kind of morality and that morality is religious. It fails under section 2 a) in two ways. It fails because it's an infringement of section 2 a) it adopts a particular religious perspective and it cannot be justified under section one because it does not have a valid pressing and substantial objective underlying it. Specifically because it is motivated by a religious purpose that is not on the menu of valid purposes that can underlie constitutional legislation, can underlie legislation in Canada since the adoption of the Charter.

Hugo Martin (16:06) Thank you.

Howie Kislowicz (16:11) One of the subsequent cases called, Edwards Books. And that dealt with a provincial law, Not called the Lord's Day Act, called the retail business and holiday closures act or something like that, where the evidence was that the adoption was exactly for a common pause day rather than, religious in origin. And the court specifically rejects the idea that a law's purpose can shift over time. You can't say, the purpose today is different than it was yesterday. You are stuck with the historical record of what the purpose was. It was not an argument that was successful, either on the historical account or on the shifting account.

Hugo Martin (16:49) How can we take this and reapply it later?

Howie Kislowicz (16:53) I would say that there's two or three really important principles that go forward from Big ⁓ The first and most basic one is that it defines the right of religious It doesn't exactly give us a but it does tell us what the content of the right of religious freedom will be on the liberty oriented account. quote here from paragraph 94 of the decision the court holds, that the essence of the concept of freedom of religion is the right to entertain such beliefs as a person chooses, the right to declare religious beliefs openly and without fear of hindrance or reprisal, and the right to manifest religious belief by worship and practice or by teaching and dissemination. So there are four different components that we can identify in this short paragraph. You can believe what you choose to believe. You can declare what you believe and not be punished for it. You can observe religious practices or worship in or you can teach or disseminate religion, what some people might call proselytization. All of those activities are covered in the right of freedom of religion. So That is deep holding of Big M that gets cited in every subsequent case. because right? I think they understood the gravity of the task that was on them in the post 1982 moment when this was going to be the first generation of decisions based on the Charter that were going to shape constitutional law in Canada in a way that hadn't yet been seen. And it was going to a significant impact on the democracy functions.

Hugo Martin (18:17) Mm.

Howie Kislowicz (18:30) I wanna say that there's two other key principles I think that from the big case. One is less of a principle and more of an orientation. So the first is historical account that the court gives to religious freedom. Around paragraph 120 of the decision, the court tells a story of the reason for religious freedom.

Hugo Martin (18:35) Tell

Howie Kislowicz (18:50) as coming in post-Reformation Europe, ending the wars of religion. It casts a narrative of religious freedom as a solution to a very deep problem where European countries were going to war one with the other and people were suffering and dying because of religious differences. And religious freedom was the way out. the court notes that this idea also itself, maybe ironically, had religious origins. say in paragraph 120, attempts to compel belief or practice denied the reality of individual conscience and dishonored the God that had planted it in his There is a sort of religious foundation to this origin of religious freedom. That's an interesting thing to think about, but also it casts a particular narrative and it is not the only available narrative of religious freedom. So some scholars will locate the origins of the idea of religious freedom also in Europe, but in events like the investiture crisis in the church. reason this is important, I think, is when we tell the story the way the Supreme Court of Canada does it, we get one version of the right. And when we tell it in this other way, we may get versions of the religious freedom right that are more jurisdictional in flavor. That is to say, more hands off church organizations vis-a-vis the state, where we don't really get that sense from the narrative cast by the Supreme Court of Canada.

Hugo Martin (20:01) Thank you.

Howie Kislowicz (20:22) final principle I wanted to point out which is that it is impossible to justify a law with a religious purpose. And so all subsequent legislation in Canada, even if there may be some religious ideas underpinning it, any government that doesn't legislation to be immediately challenged and lose will develop a non-religious account of the law and almost certainly will not put the name of a God in the title.

Hugo Martin (20:36) next time.

Howie Kislowicz (20:47) So I think it seems to me like Sunday closing laws are a thing of the past in Canada, better or for worse.

Hugo Martin (20:53) Let's project ourselves to 2004. one point we needed to decide on other things on religion, on conscience, on protecting individual experiences. Let's go to Quebec, Syndicat Northcrest And Can you tell us a little bit about the facts of that case?

Howie Kislowicz (21:17) the community of Outremont in Montreal, was condominium development. or what they call in a number of buildings, and there were a number of different co-owners. So Mr. Amselem title of the case, but there were actually two other families along with the Klein's and the Fonfeder's. They were co-owners this condominium complex. Each of them decided that they wanted to build something called a succah. So A succah is best described as a hut. There's all kinds of rules in it in Jewish law about what it must look like. But basically it's a rustic hut that is built as a temporary structure in remembrance of the time of the Israelites wandering in the desert. This happens annually for an eight or nine day holiday. And These co-owners built on their balconies or terraces a succah. Now the problem was that the bylaws in the declaration of the co-ownership fairly clearly prohibited putting anything on the balcony. So wasn't a specific prohibition on succot, but the succot were clearly in violation.

Hugo Martin (22:20) important to note that Mr. Amselem himself, was aware of those bylaws

Howie Kislowicz (22:28) Yes, they certainly signed the bylaws. They claim have read So they claim not to have been aware of those particular restrictions. In the facts leading up to the litigation, there is an attempt at negotiation. A Jewish community organization gets involved as a kind of intermediary between co-owners and the The syndicat proposes building a communal souccah in the internal courtyard of the building so it wouldn't be visible from the street. So it would meet the goals of the Syndicat of maintaining the aesthetic harmony of the outside of the building. But Syndicat thought it would also meet the needs of the co-owners. Initially, there seems to be some acceptance, but then ultimately, all of the co-owners decide, no, that doesn't actually meet our needs. The Syndicat comes to court seeking an injunction

Hugo Martin (22:53) Thank you.

Howie Kislowicz (23:12) against the from building in the future. but One of the interesting things about the case is because of some of the ambiguities left by Big ⁓ each side of the litigation, so the Syndicat and the co-owners, brings an expert witness to testify as to the religious law relating to the succah. And So what you end up with at trial, is competing expert testimony from two different rabbis. The rabbi for the Syndicat says, it is true that there is requirement in Judaism to dwell in a succah, usually in places with weather like Montreal that is interpreted as taking one's meals in the succah, in places where the weather is more temperate, people sleep in their succot. But he said, there's a requirement to dwell in the succah but there isn't a requirement to have one's own succah. So the religious needs, said this expert witness, of these co-owners could be met through either a communal succah or through a succah built by their local synagogue, for example. Whereas the rabbi brought by the co-owner said, that's not the way I understand the obligation because

Hugo Martin (24:14) you

Howie Kislowicz (24:24) not only is there an obligation to dwell in the succah, there is an obligation to celebrate the holiday joyously. And if the circumstances are such that the succah you're using is interfering with the joy of your celebration, then you're actually not meeting your religious requirements. And So we had competing testimony about the content of the religious obligation. The trial judge prefers the testimony of the Syndicat's expert witness. He says, you know, in the same way that prefer expert testimony of one side over another in all kinds of other cases, I find this more compelling. It's more coherent. I think it makes more sense. so ultimately this...

Hugo Martin (25:04) and He grants the injunction and he prohibits the construction of succah on the people's balcony.

Howie Kislowicz (25:13) then they appeal, The succah builders lose again at the court of appeal. And then finally further appeal to the Supreme court of Canada. And one interesting thing about this case by the numbers, there were more judges who sided with the Syndicat than sided with the co-owners, you add up all the judges at all the stages, right? So one judge at trial, three judges at the court of appeal and four judges at the Supreme Court of Canada all sided with the Syndicat. But because five judges at the Supreme Court of Appeal, sided with the co-owners, that ends up being the result of the case.

Hugo Martin (25:44) the five It was a majority decision five to four. majority allowed the appeal, overturned the lower court's decision, and they declared that the residents have a right to set up succot on their balconies during the festival as long as they follow certain undertakings regarding safety and

Howie Kislowicz (26:03) And This is a decision written by Justice Iacobucci, And Justice Iacobucci starts by defining religion he admits that it might not be possible to define religion He does that religion typically involves a particular and comprehensive system of faith and worship, and religion also tends to involve the belief in a divine superhuman or controlling power, And then he tries to distill it all and he says, in essence, religion is about freely and deeply held personal convictions or beliefs, connected to an individual's spiritual faith integrally linked to one's self-definition and spiritual fulfillment, the practices of which allow individuals to foster a connection with the Divine or with the subject or object of that spiritual faith.

Hugo Martin (26:47) freedom of religion should be defined broadly. Am I wrong?

Howie Kislowicz (26:52) right. I think part of this comes in response the dueling rabbis. If I'm trying to get in the head Justice Iacobucci, I'm trying to imagine myself as a judge of the Supreme judge of any level of court, seeing two rabbis debating about what Judaism requires, I may become very uncomfortable. Because I might think this is not my institutional role. It's not my job to tell members of any faith community how to practice their faith. It's my job to determine whether a law has interfered with the practice of their faith. And the way out of this conundrum of choosing one rabbi's testimony over another is by starting from this place at paragraph 39 that we just read. If you look at it carefully, language is highly individualistic. It's about personally held beliefs and convictions rather than dictates of a particular recognized body of principles, personal beliefs. And that leads us down a path to what some have called the subjectivization of religious freedom in Canada. So now the test that we have coming out of Amselem which has been remarkably durable. So just as Big M Drug Mart is cited in every subsequent 2 a) case, now since 2004, Amselem is cited. It is very firmly entrenched in our jurisprudence. It hasn't changed much in the past 20 plus years. And what it says is need sort of three components of establishing an infringement of Section 2 a). So if I'm coming to the court, I have to identify a law. And then first I have to show that I have a sincere belief in a practice and that practice can be either obligatory or voluntary. But Justice Iacobucci says, for the same reason that courts shouldn't be in the business of deciding what Judaism requires, they also shouldn't be in the business of deciding what's obligatory and what's voluntary in a religious tradition. What's important is that it's connected to religion. So that's the second aspect of the test. So I have to show one, a sincere belief in a practice, two, that has a nexus with religion. It must be connected in some way to religion. And three, I have to show that

Hugo Martin (28:59) Thank

Howie Kislowicz (29:10) the law that I'm complaining about is interfering with my ability to engage in that practice in a way that is more than trivial or insubstantial. I teach about this case or when I talk to other folks about this, case and the test, usually the response is, well, isn't that a huge and sweeping right, if it's all down to sincerity? And the truth is I only have seen one case, where the claim failed because the court found the claimant to be insincere. It's a case called Bothwell. So we don't see this sincerity hurdle as a huge filtering mechanism. But at the same time, we have not also seen a flood of litigation because of the breadth of this right. So we don't see large numbers of people addressing themselves to courts in a way that ties up the system some have feared. So even though it's a very broad right, the counterbalance has also been, especially over time, that the broader the right is cast, the easier it seems to be for governments to justify those infringements.

Hugo Martin (30:20) The court is establishing some definitions. What do they decide in Amselem?

Howie Kislowicz (30:28) In the Amselem case, the court holds that all of the claimants had met the test in one way or another, whether they sincerely believed that they needed to have their own succah or whether they showed a sincere belief that they needed to celebrate the holiday joyfully and they had adequately proven the problems posed by the communal complex was a fairly large complex and for observant Jews, on several days of the holiday, using an elevator would be prohibited. So it would mean taking all of their plates and cutlery down flights of stairs, walking to the courtyard, having their meal there and then walking back up. And the court was satisfied that that was a less than fully joyful way of celebrating the holiday according to the experience of these individuals.

Hugo Martin (31:15) The court decided it is not trivial.

Howie Kislowicz (31:17) No, it's In the particular accounts of these individuals, which is what we should be focusing on, the celebration of this holiday was a ⁓ religiously significant moment. And there's some basis for Jewish religious practice, right? So succah is one of three major holidays where historically would bring offerings to the temple in the time that it stood in Jerusalem. So it was seen as a major holiday in the Jewish life cycle. I think one of the other things influencing this case, and we see it in some of the language of Justice Iacobucci, was that the Syndicat just didn't have very much to put on the scales, As much as we might think it's not that big a deal for these people, whether they have their succah on their the complex,

Hugo Martin (32:02) Thank

Howie Kislowicz (32:04) Does it really matter to the Syndicat that for one week a year, there's a few isolated little huts on the balconies. Does that harm the aesthetic of the complex in such a way that it might do something like decrease property value or decrease other co-owners enjoyment of their own property? You know, Justice Iacobucci he says at paragraph 85: practice, to what degree would the respondent be harmed were the appellants allowed to set up a succah for a period of nine out of 365 days a year? Now, I should say Jewish years are not 365 days. So his math is a little bit wrong, but the point still stands, right? It's not a very big interference with anybody else's of their property. courts had held that the safety and security concerns of the

Hugo Martin (32:39) Cool.

Howie Kislowicz (32:51) Syndicat had been adequately addressed already by the how the succah would be built and installed on the balconies. So ultimately, when at this fight and we see, okay, well, here's this individual who has this religious connection to building this hut, and days a year, why can't the Syndicat just live with this in a way that exclude observant Jews from buying units in this building.

Hugo Martin (33:18) These would competing rights. So we have the Syndicat, the who the court saying that their religious freedom affected. How does the court manages everybody's sensibilities And again, we're going back a little bit on equality again.

Howie Kislowicz (33:36) a really good question. the Amselem case, one of the interesting things about this case this actually on its face isn't a constitutional law case because it's based in the Charter of Human Rights and Freedoms. That's Quebec provincial legislation that applies only in Quebec. quasi constitutional legislation, but It's not the Canadian Charter of Rights and Freedoms. The form of this case would not be reproduced in any other province. So what we have here is a dispute between private parties. Normally when we're talking about religious freedom, we're talking about an individual against the government. So the Quebec Charter of Human Rights and Freedoms in some ways protects religious freedom in a wider way than do other provinces. All provinces have legislation that prohibits discrimination, but only Quebec in the private sector protects religious freedom. Now the court specifically says in Amselem, everything we're saying in the abstract about religious freedom under the Quebec Charter applies as well under the Canadian Charter of Rights and Freedoms. So even though I couldn't rely in Alberta on the Canadian Charter of Rights and Freedoms, to fight against a condo association because the Charter simply has no application in that kind of dispute. I can rely on the Amselem case when I'm arguing a religious freedom case under the Canadian Charter because the court told me I could and has since subsequently relied on Amselem in all kinds of Canadian Charter cases. one thing terms of balancing competing rights because under the Quebec Charter, those property rights are equally And what the court does in Amselem is it uses Article 9.1 of the Quebec Charter, which is the sort of Quebec equivalent to Section 1 of the Canadian Charter. And it does that kind of balancing exercise, right? Whether implicitly or explicitly, it's saying, okay, well, let's put these concerns on the scales and see which one weighs heavier. In Amselem, they determined that it was the co-owners concerns But there are other cases, as where even rights protected under the Canadian Charter come into seeming conflict. we have seen in recent years, for example, right of freedom brushing up either against the right of equality or against equality-related concerns. the court develops a multi-step test that attempts to reconcile the rights of religious freedom claimant with the rights of an accused to a fair trial. Some folks have been critical of this test. seems pretty clear that in a sexual assault case, a standard sexual assault case where there's no witnesses, other than the complainant and the accused.

Hugo Martin (35:54) Thank

Howie Kislowicz (36:15) that if a complainant wants to go ahead with the prosecution and the prosecutor wants to use the complainant's testimony, then the complainant will have to remove their niqab in order to testify. Some critics have said is not really respecting the religious freedom rights of niqabi women, but that is one instance of the court sort of developing a multi-step test that at least reaches at reconciliation between those rights.

Hugo Martin (36:42) Let's go back to Amselem. Justices Martin and Coté talked to us about dissent, the importance of a dissent. This case, Amselem, has a fairly strong dissent. It's a 5-4 decision. Seven of the judges that heard that case sided with the condo association. important is that dissent? are your views on this?

Howie Kislowicz (37:12) two different dissenting opinions in Amselem. right? So one written by Justice one written by Justice Binnie And Justice is the one that emphasizes the sort of freedom of contract angle. So sort of asked, well, there's lots of different condos available in Montreal. Not all of them have this rule against things on balconies. Who better than a purchaser to decide on the appropriate condominium for themselves, knowing their own religious needs?

Hugo Martin (37:16) Best of

Howie Kislowicz (37:37) especially given that in this case, there's no suggestion, no evidence that the rule was adopted in the first place to exclude Jews. if the rule doesn't have any animus towards a religious group, shouldn't we hold people to their bargains? Justice Bastarache's dissent is a little bit more foundational on the nature of religious freedom. For Justice Bastarache, freedom of religion and maybe freedom of conscience are different things. And when we talk about freedom of religion, we're talking about religion as a communally experienced phenomenon. So, membership in a religious group implies the existence of the group and the group has its own rules. And it's true, there may be some internal variation within members of a particular community, but ultimately we're governed by the same communally recognized precepts. So for Justice Bastarache it wasn't that much of a problem that there were competing testimonies expert witnesses in this case, because it should be the job of complainant under section 2 a to establish that they are coming to court based on a legitimate religious precept. And that shouldn't actually be too hard for them to establish, right? If they're a member of a religious community, they probably have a religious leader who could testify to... the nature of this religious precept. Now there's something important in there, in that much as the majority decision in Amselem has been lasting, it has been criticized by academics as being too highly individualistic. Reducing religion to individual choices, which may,

Hugo Martin (39:08) Bye.

Howie Kislowicz (39:16) prevent courts from seeing some of the more communal aspects and collective aspects of religious freedom. In a subsequent case called Hutterian Brethren, there was an objection by Hutterite communities to having their photos taken for driver's licenses. you can see a division between the majority and dissent in that case. Everybody was agreed

Hugo Martin (39:20) ⁓ Thank

Howie Kislowicz (39:38) that this particular community had a religious prohibition on having their photos taken. That was common amongst the majority in the dissent. But the dissent also saw within the life of the Hatterian community that being as self-sufficient as possible was actually a communal religious obligation. And the majority in that decision decides to treat those communal elements only under the Section 1 analysis, not under Section 2 a). So some have said that the majority decision in Heterian is influenced by the highly individualistic approach taken by the majority in Amselem. We have seen in more recent cases a re-engagement with the idea of collective religious freedom. And some of those re-engagements cite the dissenting view of Justice Bastarache and words of Justice Lebel in other Justice Labelle said that, know, religion is not only about it's also about relationships. have seen in the last couple of years, the court, further broadening the definition of religious to include not only those individual but also the collective aspects of religious practice.

Hugo Martin (40:52) How did Big M, obviously Amselem, impact Canadian society? How did they endure in

Howie Kislowicz (41:03) Yeah, really good question. I think that the decisions in Big ⁓ and Amselem, when you put them together, they really allow subsequent courts to take a very broad view of what counts as religious practice and what might be covered under section 2 a). And I think this is a healthy thing for Canada as a democracy as we become more more religiously diverse, right? As we were talking about at the beginning of our conversation, in the 1860s, religious diversity was thought of almost purely in Christian terms, now when we see these cases, inevitably it's some religious minority community, Because right is framed in the way that it is, and it allows individuals to come to court and say, this is what I subjectively believe, it doesn't... inappropriately filter out any cases based on some inherent bias from a judge's personal experience, right? A judge may be a member of a religious minority community, but more likely, they're a member of a religiously dominant community or no religious community at all. And because of the limits of their experience, they may have trouble identifying what is a religious practice. And these tests, they cast the gate wide to allow a litigant to explain to the court. And there's quite a bit of work that litigants have to do to translate their the terms that a court can understand. But the tests allow them that latitude.

Hugo Martin (42:30) Professor Howard Kislowitz, thank you very much our invitation, for sharing your knowledge on these important issues, important cases. And thank you for taking Shaping Canada, 150 years of landmark decisions.

Howie Kislowicz (42:48) Thank you very much. you for your very insightful and incisive questions. It was a pleasure to spend some time with you.

Outro STD EN (42:56) Thank you for joining us for this episode of Shaping Canada, 150 years of landmark decisions. As we've explored today, the law is not static, it is living. Every Supreme Court ruling adds another stone to the foundation of our society. For links to the decisions discussed and more information about our guests, visit shaping-canada.ca and make sure to read the show notes. Subscribe on your favorite podcatcher so you don't miss any part of this series marking the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada. Thank you to everyone who contributed to this project. The Supreme Court of Canada, the Right Honorable Richard Wagner, Chief Justice of Canada, the Honourables Nicolas Kasirer, Suzanne Côté, Andromache Karakatsanis Sheila Martin, Malcolm Rowe, Mahmoud Jamal, Michelle Obanzawin and Mary Moreau Professors Louise Langevin, Jocelyn Downie, Kerry Froc, Naomi Metallic, Karen Drake, Denis Nadeau, Félix Mathieu, Éric Labelle-Eastaugh Marcus Moore, Joel Bakan Howie Kislowicz, Richard Moon, and François Tanguay-Renault. Thank you to Maître Michel Lebrun, Miss Sandrine Raymond, Laurence Leperrière, and Laurence Thériault, Mr. Peter Warren, and our producer, Constance Saint-Pierre. This project has been made possible by the Government of Canada. I am Hugo Martin. Until next time.

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Big M Drug Mart (1985) and Amselem (2004): Building Freedom of Religion in Canada

From Sunday-closing laws to a succah on a balcony — how the Supreme Court gave content to the Charter's "first freedom," with Professor Howie Kislowicz

Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions — with Professor Howie Kislowicz

Can the state compel a whole country to rest on Sundays? That question opened Canada's first great chapter on freedom of religion. Section 2(a) of the Charter guarantees freedom of conscience and religion — the very first of the fundamental freedoms it lists, sometimes called the "first freedom." To trace how the Supreme Court gave that promise meaning, we spoke with Professor Howie Kislowicz of the University of Calgary, a specialist in constitutional law and religious freedom, about two landmark rulings: R. v. Big M Drug Mart (1985) and Syndicat Northcrest v. Amselem (2004).

The State of the Law: Before the Charter

Freedom of religion, Professor Kislowicz explains, generally means two things: a limit on what laws may compel or forbid where religious belief is engaged, and a guarantee of state religious neutrality. But before 1982, Canada's protections were thin. In a series of cases arising from Quebec's harsh treatment of Jehovah's Witnesses — among them Chaput v. Romain and Roncarelli v. Duplessis — the Court had no Charter to rely on. Instead it reasoned from the 1867 Constitution's preamble, which promised "a Constitution similar in principle to that of the United Kingdom," and inferred that a working democracy requires certain fundamental freedoms, including religion. Yet the social assumptions of the era show through: Justice Rand could observe that Christianity held "first rank" in Canada, and the only religious protections written into the 1867 Act were for Catholic and Protestant denominational schools.

The 1960 Canadian Bill of Rights, a federal statute, was a step toward the Charter but a limited one — it reached only federal law and, lacking constitutional entrenchment, could be repealed by an ordinary majority. Its weakness is captured in a striking coincidence: the Lord's Day Act, the very Sunday-closing law later struck down in Big M, had already been challenged under the Bill of Rights in Robertson and Rosetanni — and that challenge failed. Same law, same guarantee of religious freedom, but a weaker instrument, an earlier era, and a more hesitant judiciary produced the opposite result.

The Case: Big M Drug Mart and the Lord's Day Act

In 1982, a Calgary drugstore, Big M Drug Mart, was charged with selling goods on a Sunday in breach of the federal Lord's Day Act. It fought back, arguing the law violated the brand-new Charter's guarantee of freedom of conscience and religion. It won at trial and the case climbed to the Supreme Court — the first section 2(a) case ever to reach it. The Court knew, Kislowicz stresses, that it was setting the table for all the Charter jurisprudence to come. (One quirk: section 15's equality guarantee had been deliberately delayed three years to give governments time to fix their laws, so the equality angle some thought most natural here was not yet available.)

The Decision: Purpose, Coercion, and State Neutrality

Writing for the Court, Chief Justice Dickson held that the Lord's Day Act was unconstitutional — and did so through a purposive lens that would shape everything after. Because the Act's very purpose was to compel observance of the Christian Sabbath, it violated section 2(a) regardless of its effects; a law, the Court held, can breach the Charter by its purpose or by its effect. Kislowicz points to an elegant twist of federalism: the Lord's Day Act counted as valid federal legislation only because it fell under the criminal-law power — that is, because it enforced a particular religious morality. The very thing that made it valid federally is what doomed it under the Charter, and it could not be saved under section 1, since a religious purpose is simply not on the menu of objectives that may justify a law in a post-Charter Canada.

Dickson grounded the reasoning in human dignity rather than equality (though critics then and since argued a Sunday-closing law is really an equality problem, since it coerces no one to worship). His answer: freedom of religion flows from the equal dignity of every person, so a notion of equality is already built into it — and the state promoting one faith over others offends the principle later called state religious neutrality. Along the way, the Court gave freedom of religion its enduring content, identifying four strands: the right to hold the beliefs one chooses, to declare them openly without reprisal, to manifest them through worship and practice, and to teach and spread them. A later case, Edwards Books (1986), added that a law's purpose cannot "shift" over time to rescue it. The practical upshot, Kislowicz notes wryly: Sunday-closing laws rooted in religion are a thing of the past, and no sensible government now writes a religious purpose — or a deity's name — into a statute.

The Second Pillar: Amselem and the Subjective Turn

If Big M set the framework, Syndicat Northcrest v. Amselem (2004) defined the right from the individual's side. In an Outremont condominium, several Jewish co-owners built a succah — a temporary hut for the annual festival of Sukkot — on their balconies, contrary to bylaws forbidding structures there. At trial, each side called a rabbi, and the experts disagreed about whether Jewish law truly required each family to have its own succah. The trial judge simply preferred one rabbi's testimony — and that, Kislowicz suggests, is the discomfort Justice Iacobucci sought to escape at the Supreme Court. It is not a court's role, Iacobucci reasoned, to arbitrate religious doctrine or to decide what a faith makes obligatory.

His way out was to make the test subjective. Religion, he offered, is about freely and deeply held personal convictions tied to one's spiritual self-definition. To establish an infringement of section 2(a), a claimant must show a sincere belief in a practice with a nexus to religion, and that the law interferes with it in a more-than-trivial way — whether or not the practice is officially "required." This "subjectivization" of religious freedom, decided 5-4, has proven remarkably durable: like Big M, Amselem is now cited in virtually every religious-freedom case. And the fears it provoked have not materialized. Sincerity, Kislowicz notes, has almost never filtered out a claim (he can point to only one, Bothwell), yet neither has the broad right produced a flood of litigation — in part because the more sweepingly the right is defined, the easier it becomes for governments to justify limiting it. In Amselem itself the co-owners prevailed: set against a religious observance of deep significance, the Syndicat had little to place on the scales for a few huts, nine days a year.

Where It Leads

Freedom of religion increasingly meets other rights head-on. In R. v. N.S., the Court devised a multi-step framework to reconcile a religious claimant's rights with an accused's right to a fair trial — with the practical result, criticized by some, that a niqab-wearing complainant in a sexual-assault prosecution may have to remove it to testify. The tension runs deeper still in the two dissents in Amselem: Justice Binnie emphasized freedom of contract, asking why purchasers who signed the bylaws should not be held to their bargain absent any anti-religious animus, while Justice Bastarache offered a more foundational objection — that religion is a communal phenomenon, with its own shared rules, not merely a matter of individual conviction. That debate, between an individual and a communal conception of the right, remains unresolved.

About Our Guest

Howie Kislowicz is an associate professor at the University of Calgary's Faculty of Law, where he specializes in constitutional law and religious freedom. His scholarship examines how courts understand and adjudicate freedom of religion in a diverse, secular society — the very questions at the heart of this conversation.

Conclusion

From Big M's insistence that the state may not legislate for a religious purpose, to Amselem's protection of sincere personal belief, the Supreme Court built a distinctly Canadian freedom of religion: broad, individual-centred, and anchored in human dignity and state neutrality. It is a right still being tested at its edges — where it brushes against equality, fair-trial rights, and the claims of religious communities themselves. But the foundations laid in these two decisions continue, unmistakably, to shape how Canadians of every faith and none live together.

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Want to hear Professor Kislowicz unpack both rulings in full — from the Lord's Day Act to the dueling rabbis of Amselem? Listen to this episode of Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions, available on your favourite podcast platform. Subscribe to catch every episode of our 150th anniversary series, share it with your colleagues and friends, and tell us in the comments which Supreme Court decision you believe has most shaped Canada.

Invité : Howard (Howie) Kislowicz, professeur agrégé à la Faculté de droit de l'Université de Calgary
Animation : Me Hugo Martin  ·  Réalisation : Me Hugo Martin
Recherche : Sandrine Raymond
Édition et révision : Laurence Laperriere, Laurence Thériault
Production : Rivercast Média s.a.

Financé par le gouvernement du Canada

Guest: Howard Kislowicz, Associate Professor at the University of Calgary's Faculty of Law
Hosting: Me Hugo Martin  ·  Direction: Me Hugo Martin
Research: Sandrine Raymond
Editing and revision: Laurence Laperriere, Laurence Thériault
Production: Rivercast Média s.a.

Funded by the Government of Canada