Entretien exclusif avec l'honorable Suzanne Côté

Première femme nommée directement de la pratique privée à la Cour suprême du Canada. Après 34 ans comme avocate plaidante, elle partage sa transition inattendue vers la magistrature suprême — un appel reçu une semaine seulement avant sa nomination. Elle explique pourquoi la possibilité de dissidence était une condition essentielle à son acceptation et comment ses opinions dissidentes en droit administratif ont mené à l’arrêt Vavilov. Un témoignage authentique sur l’indépendance judiciaire et la diversité des perspectives comme garantes d’une meilleure justice.

CONTENU

Une nomination surprise
« Je pensais que c’était une blague », confie la juge Côté en se remémorant le premier appel l’informant qu’elle était sur une courte liste pour la Cour suprême. En 2014, avant le processus formel actuel, elle n’avait qu’une semaine pour décider. « J’ai compris que ce serait ma façon de faire mon service public, de rendre à la société ce que j’étais très chanceuse d’avoir. »

Des tranchées à la Cour suprême
Pendant 34 ans, Suzanne Côté a plaidé dans tous les palais de justice du Québec — commençant même par du droit criminel en Gaspésie. Cette expérience de terrain influence toujours son approche : « Quelles vont être les conséquences de cette décision? Oui, ça va régler le problème entre les parties, mais est-ce que ça va le régler aussi pour d’autres Canadiens? » Certains collègues lui ont dit qu’elle n’avait « jamais cessé d’être une avocate de litige » — un commentaire qu’elle prend comme un compliment.

La transition du plaideur au juge
Le plus grand ajustement? La retenue. « Avant, j’étais une personne qui avait la liberté de s’exprimer sans contrainte. Maintenant, j’ai des contraintes dans ma liberté d’expression — pas dans mes jugements, mais dans la vie de tous les jours. » Elle explique aussi que regarder « les deux côtés de la clôture » était moins difficile qu’on pourrait penser : tout bon avocat prépare déjà les arguments de la partie adverse.

L’arrêt Bombardier : clarifier la discrimination
Sa première opinion majoritaire, co-écrite avec le futur juge en chef Wagner en 2015, a simplifié les exigences pour établir une plainte de discrimination à sa phase initiale. « Ces décisions où on explique le processus, on essaie de simplifier le processus, ça avantage tous les citoyens — que ce soit la personne qui pense être victime de discrimination ou la personne à l’encontre de laquelle la plainte est portée. »

La dissidence comme condition à l’acceptation
« J’aurais probablement dit non » si le système ne permettait pas les opinions dissidentes, affirme-t-elle. Pour elle, l’indépendance judiciaire signifie être « à l’abri de pression extérieure, mais aussi à l’abri de pression au sein de sa propre Cour ». Elle souligne que neuf juges unanimes sur toutes les questions serait « inutile » et même « un gaspillage d’argent » : « Trois pourraient suffire. »

Des dissidences qui transforment le droit
L’exemple le plus éloquent : l’aide médicale à mourir. En 1993, dans Rodriguez, une majorité maintenait l’interdiction malgré la dissidence de la juge McLachlin. Vingt-deux ans plus tard, dans Carter, les neuf juges renversaient unanimement cette position. « La société avait évolué, les valeurs avaient changé. »

L’arrêt Vavilov : fruit de dissidences persistantes
La juge Côté a « plaisir à penser » que ses nombreuses dissidences en droit administratif — souvent écrites avec les juges Brown et Rowe — ont contribué à ce que la Cour accepte de reconsidérer l’arrêt Dunsmuir. Le résultat : la transformation majeure opérée par Vavilov. Plus récemment, c’est elle qui a rédigé les opinions unanimes dans Howard et TransAlta, « complétant le travail commencé dans Vavilov ».

Face aux défis technologiques
La Cour est « bien équipée » grâce au leadership du juge en chef Wagner, comme l’a démontré l’adaptation rapide pendant la pandémie. Mais de nouveaux défis arrivent : l’intelligence artificielle, la confidentialité des adresses IP… Dans une récente décision à 5 contre 4, la juge Côté a écrit pour les quatre dissidents sur la protection constitutionnelle des adresses IP. « Comment ça va évoluer dans le futur? Les paris sont ouverts. »

Décisions marquantes mentionnées

  • Commission des droits de la personne c. Bombardier (2015) — Clarification du processus de preuve en matière de discrimination
  • Vavilov (2019) — Transformation majeure du droit administratif
  • Dunsmuir (2008) — Précédent en droit administratif reconsidéré par Vavilov
  • Howard c. Howard (2024) — Norme de contrôle pour la législation subordonnée
  • TransAlta c. Alberta (2024) — Complément à Vavilov sur les règlements
  • Rodriguez c. Colombie-Britannique (1993) — Aide médicale à mourir (dissidence devenue majoritaire)
  • Carter c. Canada (2015) — Renversement de Rodriguez, unanimité 9-0
  • Bykovets (2024) — Confidentialité des adresses IP (décision 5-4)

Ressources

  • Loi sur la Cour suprême du Canada — Composition et nomination des juges
  • Charte canadienne des droits et libertés — Article 8 (protection contre les fouilles abusives)
  • Charte des droits et libertés de la personne du Québec — Discrimination
  • Site officiel de la Cour suprêmewww.scc-csc.ca
L’honorable Suzanne Côté | The Honourable Suzanne Côté
Crédit : Collection de la CSC

L’honorable Suzanne Côté, juge à la Cour suprême du Canada

Suzanne Côté a été nommée juge à la Cour suprême du Canada le 1er décembre 2014, devenant la première femme à accéder directement de la pratique privée à la plus haute cour du pays.

 

Avant sa nomination, elle a exercé pendant 34 ans comme avocate plaidante, d’abord en région (près de huit ans en Gaspésie, incluant du droit criminel) puis au sein de grands cabinets nationaux à Montréal. Sa pratique couvrait le litige civil et commercial, la représentation de clients de toutes les classes sociales, en demande comme en défense, devant tous les paliers de tribunaux au Québec et en Cour fédérale.

 

À la Cour suprême, la juge Côté est reconnue pour la clarté de ses analyses et la rigueur de ses opinions dissidentes, particulièrement en droit administratif. Ses dissidences persistantes dans ce domaine ont contribué à la reconsidération de l’arrêt Dunsmuir et à la transformation opérée par l’arrêt Vavilov. Elle a ensuite rédigé les opinions unanimes dans Howard et TransAlta, complétant ce travail de clarification.

 

La juge Côté considère que la possibilité d’exprimer une dissidence est au cœur de l’indépendance judiciaire et que la diversité des perspectives parmi les neuf juges est essentielle au développement du droit canadien.

Quiz — Testez vos connaissances

1. Quelle distinction historique la juge Suzanne Côté détient-elle?

  • A) Première femme juge en chef du Canada

  • B) Première femme nommée directement de la pratique privée à la Cour suprême

  • C) Première femme à siéger à la Cour suprême

  • D) Plus longue dissidence de l’histoire de la Cour

Réponse : B) Première femme nommée directement de la pratique privée à la Cour suprême

2. Pendant combien d’années la juge Côté a-t-elle exercé comme avocate plaidante avant sa nomination?

  • A) 25 ans

  • B) 30 ans

  • C) 34 ans

  • D) 40 ans

Réponse : C) 34 ans

3. Quel arrêt de 1993 sur l’aide médicale à mourir illustre comment une dissidence peut devenir majoritaire des décennies plus tard?

  • A) Carter

  • B) Rodriguez

  • C) Bombardier

  • D) Vavilov

Réponse : B) Rodriguez (la dissidence de la juge McLachlin est devenue la position unanime dans Carter en 2015)

4. Selon la juge Côté, pourquoi serait-il « inutile » d’avoir neuf juges toujours unanimes?

  • A) Parce que les délibérations seraient trop longues

  • B) Parce que trois juges pourraient suffire si tous pensaient pareil

  • C) Parce que les avocats n’auraient plus d’arguments à faire valoir

  • D) Parce que les décisions seraient rendues trop rapidement

Réponse : B) Parce que trois juges pourraient suffire si tous pensaient pareil

5. Quelle était la première opinion majoritaire de la juge Côté, co-écrite avec le futur juge en chef Wagner?

  • A) Vavilov

  • B) Rodriguez

  • C) Commission des droits de la personne c. Bombardier

  • D) Carter

Réponse : C) Commission des droits de la personne c. Bombardier (2015)

Invité: L’honorable Suzanne Côté, juge à la Cour suprême du Canada

Animation : Me Hugo Martin

Réalisation : Me Hugo Martin

Recherche : Sandrine Raymond

Édition et révisions : Laurence Laperriere, Laurence Thériault

Production : Rivercast Média s.a.

Finance par le gouvernement du Canada_Funded by the Government of Canada

An exclusive interview with the Honourable Suzanne Côté

First woman appointed directly from private practice to the Supreme Court of Canada. After 34 years as a litigator, she shares her unexpected transition to the highest bench — receiving a call just one week before her appointment. She explains why the possibility of dissent was an essential condition for her acceptance and how her dissenting opinions in administrative law led to the Vavilov decision. An authentic testimony on judicial independence and the diversity of perspectives as guarantors of better justice.

CONTENT

A Surprise Appointment

“I thought it was a joke,” Justice Côté confides, recalling the initial call informing her that she was on a short list for the Supreme Court. In 2014, before the current formal process, she had only one week to decide. “I understood that this would be my way of doing my public service, of giving back to society what I was very lucky to have.”

From the Trenches to the Supreme Court

For 34 years, Suzanne Côté pleaded in all of Quebec’s courthouses — even starting out with criminal law in the Gaspé peninsula. This field experience still influences her approach: “What are going to be the consequences of this decision? Yes, it will settle the dispute between the parties, but will it also settle it for other Canadians?” Some colleagues told her that she “never stopped being a litigator” — a comment she takes as a compliment.

The Transition from Litigator to Judge

The biggest adjustment? Restraint. “Before, I was a person who had the freedom to express myself without constraint. Now, I have constraints on my freedom of expression — not in my judgments, but in everyday life.” She also explains that looking at “both sides of the fence” was less difficult than one might think: any good lawyer already prepares the opposing party’s arguments.

The Bombardier Ruling: Clarifying Discrimination

Her first majority opinion, co-written with future Chief Justice Wagner in 2015, simplified the requirements for establishing a discrimination complaint at its initial stage. “These decisions where we explain the process, we try to simplify the process, benefit all citizens — whether it is the person who believes they are a victim of discrimination or the person against whom the complaint is brought.”

Dissent as a Condition of Acceptance

“I probably would have said no” if the system did not allow for dissenting opinions, she states. For her, judicial independence means being “shielded from external pressure, but also shielded from pressure within one’s own Court.” She points out that nine judges unanimous on all issues would be “useless” and even “a waste of money”: “Three could suffice.”

Dissents That Transform the Law

The most eloquent example: medical assistance in dying. In 1993, in Rodriguez, a majority upheld the ban despite Justice McLachlin’s dissent. Twenty-two years later, in Carter, all nine judges unanimously overturned that position. “Society had evolved, values had changed.”

The Vavilov Decision: The Fruit of Persistent Dissents

Justice Côté “pleases herself to think” that her numerous dissents in administrative law — often written with Justices Brown and Rowe — contributed to the Court agreeing to reconsider the Dunsmuir decision. The result: the major transformation brought about by Vavilov. More recently, she authored the unanimous opinions in Howard and TransAlta, “completing the work started in Vavilov.”

Facing Technological Challenges

The Court is “well equipped” thanks to Chief Justice Wagner’s leadership, as demonstrated by the rapid adaptation during the pandemic. But new challenges are coming: artificial intelligence, the privacy of IP addresses… In a recent 5-to-4 decision, Justice Côté wrote for the four dissenters on the constitutional protection of IP addresses. “How is this going to evolve in the future? All bets are off.”

Landmark Decisions Mentioned

  • Commission des droits de la personne v. Bombardier (2015) — Clarification of the burden of proof process in matters of discrimination

  • Vavilov (2019) — Major transformation of administrative law

  • Dunsmuir (2008) — Administrative law precedent reconsidered by Vavilov

  • Howard v. Howard (2024) — Standard of review for subordinate legislation

  • TransAlta v. Alberta (2024) — Complement to Vavilov regarding regulations

  • Rodriguez v. British Columbia (1993) — Medical assistance in dying (dissent that later became the majority)

  • Carter v. Canada (2015) — Reversal of Rodriguez, 9–0 unanimity

  • Bykovets (2024) — Privacy of IP addresses (5–4 decision)

Ressources

  • Supreme Court Act — Composition and appointment of judges
    Canadian Charter of Rights and Freedoms
  • Section 8 (protection against unreasonable search and seizure)
  • Quebec Charter of Human Rights and Freedoms Discrimination
  • Official Website of the Supreme Court — www.scc-csc.ca
L’honorable Suzanne Côté | The Honourable Suzanne Côté
Crédit : Collection de la CSC

The honourable Suzanne Côté, Justice of the Supreme Court of Canada

Suzanne Côté was appointed to the Supreme Court of Canada on December 1, 2014, becoming the first woman to be appointed directly from private practice to the country’s highest court.


Prior to her appointment, she practiced for 34 years as a litigator, first in regional practice (nearly eight years in the Gaspé Peninsula, including criminal law) and then with major national law firms in Montreal. Her practice covered civil and commercial litigation, representing clients from all walks of life, both as plaintiffs and defendants, before all levels of courts in Quebec and the Federal Court.


At the Supreme Court, Justice Côté is recognized for the clarity of her analyses and the rigor of her dissenting opinions, particularly in administrative law. Her persistent dissents in this area contributed to the reconsideration of the Dunsmuir decision and the transformation brought about by the Vavilov decision. She subsequently authored the unanimous opinions in Howard and TransAlta, completing this clarification work.


Justice Côté considers that the ability to express a dissent is at the heart of judicial independence and that the diversity of perspectives among the nine judges is essential to the development of Canadian law.

Quiz — Test Your Knowledge

  1. What historical distinction does Justice Suzanne Côté hold?

  • A) First female Chief Justice of Canada

  • B) First woman appointed directly from private practice to the Supreme Court

  • C) First woman to sit on the Supreme Court

  • D) Longest dissent in the history of the Court Answer: B) First woman appointed directly from private practice to the Supreme Court

  1. For how many years did Justice Côté practice as a litigator before her appointment?

  • A) 25 years

  • B) 30 years

  • C) 34 years

  • D) 40 years Answer: C) 34 years

  1. Which 1993 ruling on medical assistance in dying illustrates how a dissent can become the majority decades later?

  • A) Carter

  • B) Rodriguez

  • C) Bombardier

  • D) Vavilov Answer: B) Rodriguez (Justice McLachlin’s dissent became the unanimous position in Carter in 2015)

  1. According to Justice Côté, why would it be “useless” to have nine judges always be unanimous?

  • A) Because deliberations would take too long

  • B) Because three judges could suffice if they all thought alike

  • C) Because lawyers would no longer have arguments to present

  • D) Because decisions would be rendered too quickly Answer: B) Because three judges could suffice if they all thought alike

  1. What was Justice Côté’s first majority opinion, co-written with future Chief Justice Wagner?

  • A) Vavilov

  • B) Rodriguez

  • C) Commission des droits de la personne v. Bombardier

  • D) Carter Answer: C) Commission des droits de la personne v. Bombardier (2015)

Guest: The Honourable Suzanne Côté, Justice of the Supreme Court of Canada
Hosting: Me Hugo Martin
Direction: Me Hugo Martin
Research: Sandrine Raymond
Editing and Revisions: Laurence Laperriere, Laurence Thériault
Production: Rivercast Média s.a.

Finance par le gouvernement du Canada_Funded by the Government of Canada
Transcription

Transcription – Façonner le Canada

150 ans de décisions marquantes

Episode 03  – 150 ans de décisions marquantes avec l’honorable Suzanne Côté

Durée: 00:20:12  min

Intro STD FR (00:13) Bienvenue à Façonner le Canada, 150 ans de décisions marquantes. Le Canada que nous connaissons aujourd’hui ne s’est pas construit par hasard. Argument par argument, jugement par jugement, il a été façonné par le droit au sein d’un système de justice unique, né de la rencontre des systèmes britanniques et français et qui intègre désormais de plus en plus les traditions autochtones. Dans cette série, nous soulignons le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada en décodant les grandes décisions qui ont défini nos droits, nos libertés et notre identité collective. Droits criminels, droits autochtones, partage des compétences, des arrêts qui ne sont pas que de l’histoire ancienne. Ils façonnent encore notre quotidien. Je suis votre animateur, Hugo Martin, et à travers des rencontres exclusives avec les neuf juges de la Cour suprême et des experts constitutionnels, nous explorerons le contexte de ces jugements, leur impact et leur résonance.

 

Hugo (01:14) Madame la juge Côté, bonjour et bienvenue. Merci de nous accueillir chez vous à Ottawa dans le magnifique édifice de la Cour suprême du Canada. Votre parcours jusqu’à la Cour suprême, Madame la juge, est singulier et, je dirais, inspirant. Avant votre nomination, en décembre 2014, vous avez brillé comme avocate plaidante pendant plus de trois décennies au sein de grands cabinets nationaux.

 

Juge Côté (01:22) Ça me fait grand plaisir.

 

Hugo (01:37) La représentation rigoureuse des intérêts de vos clients a marqué votre carrière jusqu’à vous mener à siéger à la plus haute Cour du pays. Vous êtes la première femme à avoir été nommée directement de la pratique privée à la Cour. Comment votre expérience unique d’être passée directement de la pratique active à la magistrature suprême influence-t-elle votre approche des dossiers et votre perspective sur le rôle de la Cour dans l’interprétation et le développement du droit pour la société canadienne ?

 

Juge Côté (02:08) Je dirais que cela l’influence sur un plan pratique. Alors évidemment, quand je suis arrivée ici à la fin de l’année 2014, de façon tout à fait inattendue et à l’époque où on ne demandait pas d’être nommée à la Cour suprême en remplissant un formulaire comme le système en place aujourd’hui. Alors pour moi, c’était un peu une surprise puisqu’une semaine avant, je n’avais aucune idée que la semaine suivante je serais juge à la Cour suprême du Canada. Alors quand je suis arrivée ici, sans avoir été juge, comme tous mes autres collègues à l’époque, parce que mes huit collègues de l’époque avaient tous été juges à des cours, soit à une Cour d’appel provinciale ou à la Cour supérieure, j’arrive et je viens directement de la pratique privée. J’étais très préoccupée par l’aspect pratique, non seulement les conséquences sur les parties, mais aussi les conséquences sur les autres Canadiens et Canadiennes qui seraient touchés par la décision qui nous était soumise par les parties. Ma formation m’amenait à penser quelles vont être les conséquences de cette décision qu’on va rendre. Oui, ça va régler le problème entre les parties, mais est-ce que ça va le régler aussi pour d’autres Canadiens et d’autres Canadiennes ? Ça m’influence toujours, même si ça fait presque 11 ans maintenant que j’ai quitté les tranchées pour venir siéger à la Cour. C’est quelque chose dont je suis toujours soucieuse. Et parfois, certains de mes collègues, peut-être un peu moins aujourd’hui, mais dans les premières années me disaient, « Suzanne, mais tu n’as jamais cessé d’être une avocate de litige. » Et j’ai dit : merci beaucoup, je prends ça comme un compliment et j’espère que je ne cesserai jamais. Parce que, même si je n’argumente plus devant un ou une juge, j’argumente avec mes collègues parce que, évidemment, quand on entend une affaire, on est préparés. Je me prépare comme si j’allais plaider l’affaire, mais évidemment, je ne la plaide pas. Je me prépare pour les deux parties, et évidemment que j’argumente avec mes collègues. Alors, vous pouvez constater, selon mes décisions d’opinion majoritaire ou dissidentes, que je ne gagne pas toujours.

 

Hugo (04:01) Lorsqu’on reçoit l’appel, est-ce c’est un oui automatique, Madame la juge ?

 

Juge Côté (04:05) Pas du tout. Maintenant, à cause du processus qui a été mis en place en 2015, c’est un processus que je dirais beaucoup plus formaliste. Il y a des formulaires à remplir. Il y a un comité de sélection qui reçoit en entrevue les candidats et candidates et qui ensuite fait des recommandations au premier ministre. À mon époque, en 2014, il n’y avait pas de processus formel. Donc, la personne qui nous appelle la première fois pour nous demander si on est au courant qu’on est sur une courte liste… Au début, je pensais que c’était une blague. Je pensais que c’était une erreur. Vous savez, ces émissions, les insolences d’un téléphone où on appelle quelqu’un et puis on se fait passer pour quelqu’un d’autre ? Alors je pensais que c’était ça, mais finalement, c’était pas une blague et je n’avais pas demandé d’être juge à la Cour. Quand on m’a informée du fait que j’étais considérée, j’ai dit que j’aimerais y réfléchir. Évidemment, la personne a dit : bien sûr, vous pouvez y penser, est-ce que vous pouvez me rappeler demain ? Donc le délai est assez court. Six jours plus tard, la même personne me rappelait pour me demander si j’accepterais l’appel du premier ministre le lendemain. J’avais pas eu le temps d’y réfléchir beaucoup, mais quand on nous dit qu’on est pressentis pour la Cour suprême, surtout quand on est une avocate en pratique privée, alors qu’il y a peu de nominations de gens qui viennent de la pratique privée. Et, à l’époque, il n’y avait pas de juge venant directement de la pratique privée. À ce moment-là, j’ai compris que c’était la façon dont je ferais mon service public. J’avais toujours travaillé dans le secteur privé depuis ma sortie de l’École du Barreau, et que ce serait ma façon de contribuer au développement du droit au Canada, de rendre à la société ce que j’étais très chanceuse d’avoir, d’avoir eu la chance d’aller à l’université, de poursuivre des études en droit, d’avoir la carrière très mouvementée que j’ai eue, mais inspirante. Et j’ai dit oui. Le premier appel, j’ai pensé dire non. Parce que c’est un bouleversement incroyable et j’étais une avocate de litige très heureuse, très occupée avec des clients fantastiques, des clients de toutes les sphères, en demande, en défense. J’ai fait du droit criminel au début de ma pratique en Gaspésie parce qu’avant d’être en grand cabinet, j’ai travaillé presque huit ans en région pour un cabinet et me voilà presque 11 ans plus tard.

 

Hugo (06:18) En litige on représente une partie. Comment avez-vous fait la transition pour évaluer la position de chacune des parties sachant qu’il y a un impact qui est sociétal ?

 

Juge Côté (06:29) Je devais maintenant regarder les deux côtés de la clôture quand je suis devenue juge parce que là, ce n’est pas seulement la position de mon client ou de ma cliente, c’est aussi la position de l’autre côté. Mais c’est moins compliqué que vous pouvez penser parce que quand on prépare notre dossier, on ne prépare pas notre position en se fermant les yeux sur la position de notre adversaire. J’ai toujours préparé mes dossiers en essayant de voir qu’est-ce que mon confrère ou ma consœur de l’autre côté va plaider. Passer de la pratique privée directement à la Cour suprême, c’est une autre vie. C’est complètement différent. Ce que j’ai trouvé plus difficile, c’était qu’avant, j’étais une personne qui avait la liberté de s’exprimer sans contrainte. Maintenant, j’ai des contraintes de réserve. C’est ça. Je parle de la retenue, puis évidemment, dans la vie de tous les jours, dans la vie publique c’est un élément qui a un impact quand on est juge par rapport au moment où on est simplement avocat ou avocate.

 

Hugo (07:13) De la retenue.

 

Juge Côté (07:26) Donc ça, c’était le plus gros changement. Et aussi, j’étais une avocate qui était très près de ses clients, qui faisait beaucoup d’activités avec mes clients, qui visitait leur entreprise. Alors, tout ça, ça disparaît. Alors, on est à la Cour suprême. On est aussi présents sur le plan public avec monsieur le juge en chef Wagner. La Cour est très ouverte, très transparente. On fait des conférences, on rencontre les étudiants dans les universités, dans les écoles secondaires et primaires. Mais il y a quand même une réserve qui est associée à notre fonction de juge ici.

 

Hugo (08:00) Parlons maintenant de l’impact sur la société, Mme la juge. J’aimerais qu’on parle de la Commission des droits de la personne. La Cour a simplifié les exigences pour établir une plainte de discrimination à sa phase initiale. Quel est, selon vous, l’impact le plus direct et bénéfique de ces clarifications ?

 

Juge Côté (08:20) Ça évite de devoir composer avec des plaintes qui, à leur face même, ne respectent pas les critères requis pour que la plainte soit jugée bien fondée. C’est toujours des dossiers très complexes. On a aussi clarifié le processus dans d’autres dossiers. Je pense que ces décisions-là où on explique le processus, on essaie de simplifier les choses, ça avantage tous les citoyens. Que ce soit la personne qui pense être victime de discrimination ou la personne à l’encontre de laquelle la plainte de discrimination est portée. Alors, ce qu’on a voulu faire dans ce dossier-là, c’était vraiment clarifier pour dire oui, il y a des droits qui sont protégés par les Chartes des droits et libertés, mais il y a un certain processus à suivre avant qu’une plainte soit considérée fondée.

 

Hugo (09:06) Vous vous êtes distinguée par la clarté de vos motifs, on comprend bien la réflexion derrière vos jugements. Vous avez aussi des opinions dissidentes qui sont robustes, tout aussi pertinentes. Vous avez souligné l’importance de la diversité des perspectives au sein de la Cour pour le développement du droit. En quoi la divergence d’opinion est-elle garante d’une meilleure justice ?

 

Juge Côté (09:29) Moi je pense que c’est définitivement garant d’une meilleure justice. Évidemment, il y a des dossiers où la Cour est unanime. Mais il y a beaucoup de dossiers où la Cour est divisée. Et quand je dis divisée, je ne dis pas ça de façon négative. Nous sommes neuf. La loi sur la Cour suprême prévoit qu’on doit être neuf. S’il fallait toujours être unanimes, ce serait inutile d’en nommer neuf. Alors pourquoi ? Donc, on est souvent requis de statuer, de trancher des questions qui souvent divisent la société canadienne. Alors, dans des grands enjeux de société où, comme je vous disais, la société canadienne est souvent divisée, il n’est pas étonnant que les neuf juges de la Cour suprême ne soyons pas unanimes. Nous sommes neuf personnes différentes. On vient de milieux différents. On a vécu des expériences différentes. Évidemment, quand on est saisis d’une question, on doit faire abstraction de nos opinions personnelles. Il est arrivé des dossiers où j’ai pu écrire une opinion majoritaire ou une opinion dissidente où la décision que j’ai décidé de prendre allait à l’encontre de mon opinion personnelle sur le même sujet. C’est notre devoir de décider à la lumière du droit, de la preuve qui est faite devant nous, des arguments qui nous sont présentés, et il arrive que je ne pense pas comme mes collègues. On a juste une façon différente de voir les choses.

 

Hugo (10:51) Vous nous disiez que si vous n’aviez pas l’option d’être dissidente ou d’avoir un système qui permet les dissidences, ça aurait été probablement un non de siéger à la Cour suprême ?

 

Juge Côté (11:01) J’aurais probablement dit non. Il y a d’autres cours suprêmes dans d’autres systèmes, entre autres dans certains pays d’Europe, où eux ont le droit d’exprimer leur désaccord entre eux, les juges, mais n’ont pas le droit lorsque la décision est rendue. Alors, le citoyen, le justiciable, qui reçoit la décision ne sait pas s’il y avait quelqu’un qui acceptait ses arguments. Pour moi, la définition de ce grand principe de notre système, qu’est l’indépendance judiciaire, signifie que le juge doit être non seulement à l’abri de pressions extérieures, mais à l’abri de pressions au sein de sa propre Cour et pouvoir rendre la décision que ce juge-là, à la lumière de son analyse du dossier, à la lumière de sa conscience, pense qu’il ou qu’elle doit rendre. Alors c’est la façon dont je vois mon rôle. Vous avez parlé tantôt du dossier Bombardier. C’était ma première opinion majoritaire, que j’ai écrite à ce moment-là avec celui qui est devenu notre juge en chef, le juge Wagner. Peu de temps après, j’ai commencé à écrire des opinions dissidentes. Alors évidemment, les gens qui me connaissaient ont commencé à faire un peu des blagues là-dessus, mais pour moi, il y a des années où j’ai écrit plus d’opinions dissidentes. Par contre, il y a d’autres années où j’ai écrit plus d’opinions majoritaires. Moi-même, je ne tiens pas les statistiques. C’est souvent les professeurs de droit qui écrivent des articles sur nous mais une chose est certaine, j’écris beaucoup. Donc, ça fait plus de travail.

 

Hugo (12:31) Réfléchissons maintenant à l’historique, les 150 ans de la Cour suprême, sur la manière dont les dissidences contribuent à l’évolution progressive du droit, de la transparence pour amener de la légitimité. On comprend qu’une opinion dissidente d’il y a une vingtaine d’années est peut-être devenue un courant majoritaire.

 

Juge Côté (12:52) Un très bel exemple qui est dans l’esprit de tous les gens, c’est l’aide médicale à mourir. En 1993, cette Cour a été saisie de la question dans l’affaire de Rodriguez. Une majorité de la cour, parce qu’il y avait des opinions dissidentes à ce moment-là, dont celle de madame la juge McLachlin, qui n’était pas encore juge en chef, et à ce moment-là, l’aide médicale à mourir était toujours considérée comme un crime au Code criminel. Une majorité de la Cour avait refusé de déclarer que cette disposition du Code criminel était inopérante en raison de l’article 7 de la Charte. 22 ans plus tard, en 2015, j’étais juge, mais je n’ai pas siégé sur cette affaire-là parce que l’audition avait eu lieu juste avant ma nomination, même si la décision a été rendue après. Mais en 2015, l’affaire de Carter a invalidé la même disposition du Code criminel eu égard au même article 7 de la Charte. Alors, ça démontre qu’en 2015, pour toutes sortes de raisons, la société avait évolué, les valeurs avaient changé, la Cour a pris carrément une position différente. Revenons maintenant après ma nomination puis mes premières opinions dissidentes en droit administratif. C’était une période pour moi très prolifique les premières années où j’étais à la Cour parce que pour moi la norme de contrôle en droit administratif et toutes ces causes qui opposent le citoyen ou le justiciable à l’État, c’était quelque chose de vraiment significatif. J’en avais fait beaucoup pendant ma pratique. J’ai commencé à écrire des dissidences dans plusieurs de ces dossiers. Parfois, je les écrivais seule et à d’autres moments, je les écrivais avec d’autres collègues, dont le juge Russell Brown et monsieur le juge Malcolm Rowe. J’ai plaisir à penser que ces opinions dissidentes-là en droit administratif, c’est ce qui a amené l’ensemble de la Cour à décider à un moment donné d’accorder la permission d’appeler dans l’affaire Vavilov pour voir si on devait reconsidérer tout ce que la Cour avait dit en droit administratif, incluant dans le fameux arrêt Dunsmuir. Alors j’exprimais mon point de vue et finalement, on a entendu Vavilov, et on a fait une transformation assez majeure au niveau du droit administratif. Je dis transformation majeure, parce qu’il y a quand même d’autres questions qui nous sont soumises en droit administratif, l’affaire de Howard c. Howard et TransAlta c. Alberta où il était encore question de la norme de contrôle, mais cette fois-ci pour contrôler la légalité de règlements. Et dans ces dossiers, c’est moi qui, à la demande du juge en chef, ai écrit les opinions unanimes dans les deux dossiers parce qu’on complétait le travail qu’on avait commencé dans Vavilov. Donc, en droit administratif, j’ai plaisir à penser que ces opinions ont amené la Cour à évoluer dans ce domaine-là. Et il y a d’autres dossiers où on avait une disposition à interpréter en matière de prescription dans les dossiers d’agression sexuelle au Québec quand la victime est morte ou quand l’agresseur est décédé. Alors on avait une disposition à interpréter puis je crois que c’est mon collègue, le juge Gascon qui avait écrit la majorité et moi j’avais écrit l’opinion dissidente. Pour moi la disposition était très claire et j’avais écrit que le législateur québécois aurait intérêt à la modifier parce que c’est le rôle du législateur. Ce n’est pas notre rôle à nous. Nous, on peut interpréter, mais on ne peut pas amender la loi. Et effectivement, l’amendement a été accordé au Code civil. Ça démontre qu’on peut aussi faire du chemin au niveau de l’évolution du droit par des opinions qui ne sont pas nécessairement parties de la majorité. Il est impossible que chacun des neuf juges écrive une opinion dans le même dossier. Il faut qu’on dise, voici ce qu’est le droit, et qu’on le dise de façon majoritaire et de façon claire. C’est la seule exigence.

 

Hugo (16:48) Pensez-vous que la Cour est bien équipée pour soutenir et contribuer à l’évolution de la société, notamment avec tous les changements technologiques qui s’en viennent ?

 

Juge Côté (16:56) Je pense qu’on est bien équipés ici avec Monsieur le Juge en chef Wagner. Il a mis en place plusieurs choses. Puis je dois dire qu’au plan technologique à la Cour suprême ça va extrêmement bien. Regardez quand on a eu la pandémie, nos auditions ont été suspendues pendant quelques mois, ça n’a pas pris beaucoup de temps avant qu’on s’organise et qu’on puisse faire les audiences virtuelles et on a retenu certaines des choses qu’on a mises en place au cours de la pandémie au niveau du développement. Mais c’est sûr qu’il y a beaucoup de questions qu’on aura à trancher dans l’avenir qui sont dues justement à l’évolution technologique très rapide, à l’intelligence artificielle, comment on va composer avec tout ce que l’intelligence artificielle apporte comme avantage, mais aussi comme problèmes possibles dans des dossiers futurs. Je pense par exemple à une décision puisqu’on parlait de dissidence. On a rendu une décision en matière de Charte, en matière de droit criminel et la confidentialité d’une adresse IP, on est arrivés à cinq contre quatre là-dessus. J’ai écrit pour les dissidents, c’est une avancée pour tous ceux qui contestent les saisies, perquisitions, en disant que ça contrevient à l’article 8 de la Charte, que c’est abusif. On voit qu’il y a deux courants de pensées à la Cour lorsqu’on lit cette décision-là. Et comment ça va évoluer dans le futur, je ne sais pas.

 

Hugo (18:15) Madame la Juge Côté, merci beaucoup. Merci d’avoir participé à l’épisode.

 

Juge Côté (18:19) Ça me fait grand plaisir.

 

Outro STD FR (18:23) Merci d’avoir été des nôtres pour cet épisode de Façonner le Canada : 150 ans de décisions marquantes. Comme nous l’avons vu aujourd’hui, le droit n’est pas statique, il est vivant. Chaque décision de la Cour suprême ajoute une pierre à l’édifice de notre société. Pour consulter les arrêts discutés et en savoir plus sur nos invités, rendez-vous sur faconnerlecanada.ca et parcourez les notes de l’épisode. Abonnez-vous sur votre plateforme de balado préférée pour ne rien manquer de cette série soulignant le 150e anniversaire de la Cour suprême du Canada. Merci à tous ceux et celles qui ont contribué à ce projet, notamment la Cour suprême du Canada, le Très Honorable Richard Wagner, juge en chef du Canada, les Honorables Nicholas Kasirer, Suzanne Côté, Andromache Karakatsanis, Sheilah Martin, Malcolm Rowe. Merci aussi à Michel Lebrun, Mesdames Sandrine Raymond, Laurence Laperrière, Laurence Thériault, Monsieur Peter Warren et la productrice Mme Constance St-Pierre. Ce projet a été rendu possible grâce au gouvernement du Canada. Ici Hugo Martin et je vous dis à la prochaine.

Transcription

Transcription – Façonner le Canada

150 ans de décisions marquantes

Episode 03  – 150 ans de décisions marquantes avec l’honorable Suzanne Côté

Durée: 00:20:12  min

Intro STD FR (00:13): Welcome to Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions. The Canada we know today was not built by chance. Argument by argument, judgment by judgment, it has been shaped by law within a unique justice system born from the encounter of British and French systems, and which now increasingly integrates Indigenous traditions. In this series, we mark the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada by decoding the major decisions that have defined our rights, freedoms, and collective identity. Criminal law, Indigenous rights, division of powers—rulings that are not just ancient history. They still shape our daily lives. I am your host, Hugo Martin, and through exclusive meetings with the nine Supreme Court judges and constitutional experts, we will explore the context of these judgments, their impact, and their resonance.

Hugo Martin (01:14): Justice Côté, hello and welcome. Thank you for welcoming us to your home in Ottawa in the magnificent building of the Supreme Court of Canada. Your journey to the Supreme Court, Justice Côté, is unique and, I would say, inspiring. Before your appointment in December 2014, you shone as a litigator for more than three decades within major national law firms.

Hon. Suzanne Côté (01:22): It is a great pleasure for us.

Hugo Martin (01:37): The rigorous representation of your clients’ interests marked your career until it led you to sit on the country’s highest court. You are the first woman to have been appointed directly from private practice to the Court.

How does your unique experience of transitioning directly from active practice to the supreme judiciary influence your approach to cases and your perspective on the Court’s role in interpreting and developing the law for Canadian society?

Hon. Suzanne Côté (02:08): I would say that it influences it on a practical level. So obviously, when I arrived here at the end of 2014, quite unexpectedly and at a time when you didn’t apply to be appointed to the Supreme Court by filling out a form like the system in place today. So for me it was a bit of a surprise since a week earlier, I had no idea that the following week I would be a judge at the Supreme Court of Canada. So when I arrived here, without having been a judge, unlike all my other colleagues at the time—because my eight colleagues at the time had all been judges on courts, either a provincial court of appeal or the Federal Court—I arrive and I come directly from private practice.

I was very concerned with the practical aspect, not only the consequences for the parties, but also the consequences for other Canadians who would be affected by the ruling submitted to us by the parties.

My training led me to think about what the consequences of this decision we are going to render will be. Yes, it will settle the problem between the parties, but will it also settle it for other Canadians and other litigants?

That still influences me, even though it’s been almost 11 years now since I left the trenches to come here. It’s something I am always mindful of. And sometimes, some of my colleagues—maybe a little less today, but in the early years—would say to me, “Suzanne, but you have never stopped being a litigation lawyer.” And I said thank you very much, I take that as a compliment and I hope I never stop. Because even if I am not arguing before a judge, I am arguing with my colleagues because, obviously, when we hear a case, we are prepared. I prepare as if I were going to argue the case, but obviously, I am not arguing it. I prepare for both sides. So obviously I argue with my colleagues. So, you can see from my majority or dissenting opinions that I do not always win.

Hugo Martin (04:01): When you receive the call, is it an automatic yes, Justice Côté?

Hon. Suzanne Côté (04:05): Not at all. Now, because of the process put in place in 2015, it is a process I would say is much more formalist. Forms to fill out. There is a selection committee that interviews candidates and then makes recommendations to the Prime Minister.

In my day, in 2014, there was no formal process. So, the person who calls us the first time to ask if we are aware that we are on a short list… At first, I thought it was a joke. I thought it was a mistake. You know those shows, *Les insolences d’une téléphone*, where someone calls and pretends to be someone else?

So I thought it was that, but finally, it wasn’t a joke.

Since I hadn’t asked to be a judge on the Supreme Court, when I was informed that I was being considered, I said I would like to think about it. Obviously, the person said of course, you can think about it, can you call me back tomorrow? So the deadline was quite short: six days later, the same person called me back to ask if I would accept the Prime Minister’s call the next day.

I hadn’t had time to think about it much. When we are tapped for the Supreme Court, especially when we are a lawyer in private practice, since there are few appointments from private practice… At the time, there was no one coming directly from private practice. At that moment, I understood that this was how I would do my public service. I had always worked in the private sector since graduating from law school. This would be my way of contributing to the development of law in Canada, of giving back to society what I was very lucky to have: the chance to go to university, pursue legal studies, and have the very eventful but inspiring career I had. And I said yes.

Yet on the first call, I thought about saying no. Because it’s an incredible upheaval and I was a litigation lawyer who was very happy, very fulfilled, with fantastic clients—clients of all sizes, in demand, in defense.

I did criminal law at the beginning of my practice in Gaspésie because before joining a large firm, I worked for almost eight years in the regions for my clients. And here I am, almost 11 years later.

Hugo Martin (06:18): In litigation, you represent one party. How did you make the transition to evaluating each party’s position knowing there is a societal impact?

Hon. Suzanne Côté (06:29): I now had to look at both sides of the fence when I became a judge because now, it’s not just my client’s position, it’s also the other side’s position. But it’s less complicated than you might think because when we prepare our file, we don’t prepare our position by closing our eyes to the other side’s position.

I always prepared my files trying to see what my colleague on the other side would argue.

Moving from private practice directly to the Supreme Court is another life. It’s completely different. What I found most difficult was that before, I was a person who had the freedom to express myself without constraint.

Now, I have constraints. That’s it. I’m talking about restraint, and obviously, in everyday life, in life in general, it’s an element that has an impact when you are a judge compared to when you are simply a lawyer or a citizen.

Hugo Martin (07:13): You speak of restraint.

Hon. Suzanne Côté (07:26): So that was the biggest challenge. And also, I was a lawyer who was very close to her clients, who did a lot of activities with my clients, who visited their offices. So all of that disappears. So we are at the Supreme Court, we are also present on a public level with Chief Justice Wagner. The Court is very open, very transparent.

We give lectures, we meet students in universities, high schools, and everywhere. But there is still a reserve associated with our function as a judge here.

Hugo Martin (08:00): Let’s talk now about the impact on society, Justice Côté. I’d like us to discuss human rights commissions. The Court simplified the requirements for establishing a discrimination complaint at its initial stage.

In your view, what is the most direct and beneficial impact of these clarifications?

Hon. Suzanne Côté (08:20): It spares us from having to deal with complaints that, on their face, do not meet the criteria required for the complaint to be considered well-founded. Those are always very difficult files. We also clarified the process in other files.

I think those decisions where we explain the process, where we try to simplify it, benefit all citizens. Whether it is the person who believes they are a victim of discrimination or the person against whom the discrimination complaint is brought. So, what we wanted to do in that case was really clarify to say yes, there are rights protected by the Charters of Rights and Freedoms, but there is a certain process to follow before a complaint is considered well-founded.

Hugo Martin (09:06): You have distinguished yourself by the clarity of your majority opinions, and we clearly understand the reasoning behind your positions. You also have robust dissenting opinions, equally well-argued.

You have emphasized the importance of a diversity of perspectives within the Court for the development of law. In what way does a divergence of opinion guarantee better justice?

Hon. Suzanne Côté (09:29): I think it is definitely a guarantee of better justice. Obviously, there are cases where the Court is unanimous. But there are many cases where the Court is divided. And when I say divided, I don’t mean that in a negative way. There are nine of us. The Supreme Court Act provides that there must be nine of us. If we always had to be unanimous, it would be pointless to appoint nine judges. So we are often required to rule on, to decide questions that often divide society.

So, in major societal issues where, as I was telling you, Canadian society is often divided, it is not surprising that the nine judges of the Supreme Court are not unanimous. We are nine different persons. We come from different backgrounds. We have lived different experiences. Obviously, when we are seized of a question, we must set aside our personal opinions.

It has happened in cases where I was able to write a majority opinion or an opinion where the decision I chose to make went against my personal opinion on the same issue. It is our duty to decide in light of the law, the evidence presented before us, the arguments presented to us, and it happens that I do not think like my colleagues. We just have a different way of seeing things.

Hugo Martin (10:51): You were telling us earlier that if you didn’t have the option of being a dissenter or having a system that allows dissents, you probably would have said no to sitting on the Supreme Court?

Hon. Suzanne Côté (11:01): I probably would have said no. There are other supreme courts in other systems, among others in certain European countries, where they have the right to express their disagreement among themselves, the judges, but do not have the right to do so when the decision is rendered. So the citizen, the litigant who receives the decision does not know if someone accepted the arguments. For me, the definition of this great principle of our system, which is judicial independence, means that a judge must be free not only from external pressures, but from pressures within their own Court and be able to render the decision that this judge—in light of their analysis of the file, in light of their conscience—thinks he or she should render. So that’s how I see my role.

You spoke earlier about the *Bombardier* case. It was my first majority opinion, which I wrote at the time with the one who became our Chief Justice, Justice Wagner. Shortly after, I started writing dissenting opinions. So obviously, the people who knew me started making jokes about it, but for me, there are years when I wrote more dissenting opinions. On the other hand, there are other years where I wrote more majority opinions. I myself do not keep statistics. It’s often law professors who write articles about us. But one thing is certain, I write a lot. So, it makes for more work.

Hugo Martin (12:31): Let’s reflect now on history, the 150 years of the Court on how dissents contribute to the progressive evolution of law, transparency to bring legitimacy.

We understand that a dissenting opinion from twenty years ago may have become a majority trend.

Hon. Suzanne Côté (12:52): A very good example that is in everyone’s mind is medical assistance in dying. In 1993, this Court was seized of the question in the *Rodriguez* case. A majority of the court—because there were dissenting opinions at that time, including that of Madam Justice McLachlin, who was not yet Chief Justice—at that time, medical assistance in dying was still considered a crime in the Criminal Code. A majority of the Court had refused to declare that this provision of the Criminal Code was inoperative due to Section 7 of the Charter.

Twenty-two years later, in 2015, I was a judge, but I did not sit on that case because the hearing had taken place just before my appointment, even though the decision was rendered after.

But in 2015, the *Carter* case dealt with the exact same provision of the Criminal Code with regard to the exact same Section 7 of the Charter. So that shows that in 2015, for all sorts of reasons, society had evolved, values had changed, and the Court took a completely different position.

Let’s come back now after my appointment and my first dissenting opinions in administrative law. It was a very prolific period for me in the early years when I was appointed because for me, the standard of review in administrative law and all those cases opposing the citizen or litigant to the State, that was something truly significant. I had done a lot of that during my practice.

I started writing dissents in several of those files. Sometimes I wrote them alone and at other times I wrote them with other colleagues, including Justice Russell Brown and Justice Malcolm Rowe. I am pleased to think that those dissenting opinions in administrative law are what led the full Court at a certain point to grant leave to appeal in the *Vavilov* case to see if we should reconsider everything the Court had said in administrative law, including in the famous *Dunsmuir* ruling.

So I expressed them, and finally, we heard *Vavilov*, and we made a fairly major transformation at the administrative law level. I say major transformation because there are still other questions submitted to us in administrative law, the case of *Howard v. Howard* and *TransAlta v. [Alberta]*, where the standard of review was questioned again, this time to control the legality of regulations.

And in those cases, it was me who, at the Chief Justice’s request, wrote the unanimous opinions in both files because we were completing the work we had started in *Vavilov*. So, in administrative law, I am pleased to think that my opinions led the Court to evolve in that area.

And there are other areas. We had a provision regarding limitation periods in sexual assault files in Quebec when the victim is deceased or when the perpetrator is unknown.

So we had a provision to interpret and I believe it was my colleague Justice Gascon who wrote the majority and I wrote the dissenting opinion. For me the provision was very clear and I wrote: the Quebec legislature would do well to amend it because that is the legislature’s role. It is not our role. We can interpret, but we cannot amend the law. And indeed, the amendment was made to the Civil Code. That shows that we can also make headway regarding the evolution of the law from opinions that are not necessarily part of the majority.

It is impossible for each of the nine judges to write an opinion in the same file. We must say, this is what the law is, and we must say it majoritarily and clearly. That is the only requirement.

Hugo Martin (16:48): Do you think the Court is well-equipped to support and contribute to society’s evolution, notably with all the technological changes that…

Hon. Suzanne Côté (16:56): I think we are well-equipped here with Chief Justice Wagner. He has put several things in place. And I must say that technologically at the Supreme Court, things are going extremely well. Look at when we had the pandemic—our hearings were suspended for a few months, it didn’t take long before the Court organized itself and we were able to hold hearings remotely, and we retained some of the things we put in place during the pandemic in terms of development.

But of course, there are many questions we will have to decide in the future that are precisely due to very rapid technological evolution, artificial intelligence, how we will deal with everything that artificial intelligence brings as advantages, but also as potential problems in files.

I think for example of a decision—since we were talking about dissents. We rendered a decision in a Charter matter, in criminal law, regarding the confidentiality of an IP address. We arrived 5-4 on that. I wrote for the minority. It’s a breakthrough for all those who challenge searches and seizures, saying it contravenes Section 8 of the Charter, that it is unconstitutional.

We see that there are two currents of thought at the Court when we read that decision. And how it will evolve in the future, I don’t know.

Hugo Martin (18:15): Justice Côté, thank you very much. Thank you for participating in the episode.

Hon. Suzanne Côté (18:19): It is a great pleasure.

Outro STD FR (18:23): Thank you for joining us for this episode of Shaping Canada: 150 Years of Landmark Decisions. As we saw today, law is not static; it is alive. Every Supreme Court decision adds a stone to the building of our society. To consult the discussed rulings and learn more about our guests, visit faconnelecanada.ca and browse the episode notes.

Subscribe on your favorite podcast platform so you don’t miss anything from this series highlighting the 150th anniversary of the Supreme Court of Canada. Thank you to everyone who contributed to this project, notably the Supreme Court of Canada, the Right Honourable Richard Wagner, Chief Justice of Canada, the Honourables Nicholas Kasirer, Suzanne Côté, Andromache Karakatsanis, Sheila Martin, Malcolm Rowe…

Thank you also to Michel Lebrun, Mmes Sandrine Raymond, Laurence Lapérière, Laurence Thériault, Peter Warren, and producer Ms. Constance Saint-Pierre. This project was made possible thanks to the Government of Canada. This is Hugo Martin, and I’ll see you next time.